Au coeur de “The Normal Heart”

C’est le projet qui me tient le plus à cœur. Celui dont mes amis les plus proches n’ont pas arrêté d’entendre parler depuis plusieurs mois. Après avoir acheté les droits avec Frédéric Borriello, nous avons très vite été rejoints par l’auteur Virginie de Clausade dont l’engagement nous a permis de présenter aux théâtres parisiens une adaptation avec un casting de qualité et hyper mobilisé.

On est en 1984 lorsque Larry Kramer écrit “The Normal Heart”. Il a 50 ans et une carrière de dialoguiste, scénariste, adaptateur, producteur et écrivain déjà solide derrière lui. Il n’a pas encore lancé “Act Up” mais est déjà devenu un activiste presque malgré lui : il a créé “The Gay Men’s Health Crisis” en 1982 après avoir vu le nombre de ses amis décimé par une étrange maladie, dans une indifférence qui lui a été immédiatement insupportable. Son tempérament aussi entier que combatif le rend peu diplomate et compliquera sa capacité à convaincre jusque dans sa propre communauté. Il saura pourtant tirer parti de ses talents.

Ecrire une pièce très largement autobiographique s’est inscrit dans une démarche activiste, pour se se faire entendre de tous, jusqu’au pouvoir public qu’il a largement défiés. “The Normal Heart” couvre les années 1981 à 1984, son combat constituant plus qu’une toile fond à une série de personnages “fictifs”. S’il est difficile de ne pas reconnaître l’auteur derrière Ned Weeks, chacun des autres acteurs principaux de la pièce est inspiré de personnages qui ont réellement entouré Larry Kramer. Aussi admirable qu’insupportable, le “héros” ne semble dissimuler aucun des travers de celui qui voulait se faire entendre sans compromis.

Le 21 avril 1985, “The Normal Heart” voit le jour au “Public Theater” de Broadway pour 294 représentations. Ned Weeks y est interprété par Brad Davis, acteur de premier plan grâce à “Midnight Express” et “Querelle”. Il découvrira cette même année sa séropositivité qui ne sera révélée qu’à sa mort 6 ans plus tard. La pièce voyagera ensuite à Londres et Sydney avant de revenir à Broadway en 2004 puis en 2011. Chacun des personnages bénéficie d’au moins d’une scène emblématique particulièrement forte, ce qui rend la pièce irrésistible pour de nombreux acteurs. Ainsi, Martin Sheen, Richard Dreyfuss, Kevin Bacon, John Turturro, Joe Mantello, Ellen Barkin ou encore Jim Parsons ont interprété l’un des rôles de “The Normal Heart”.

L’histoire de la pièce a également été marquée par la lutte menée par Barbra Streisand pour adapter la pièce à l’écran pendant plus de 25 ans, n’ayant jamais trouvé d’accord avec l’auteur sur l’équilibre entre le respect du texte original et les adaptations nécessaires pour passer les barrières de l’époque. C’est seulement le 25 mai 2014 que “The Normal Heart” sera porté au petit écran par Ryan Murphy sur la chaîne câblée américaine HBO.

Au-delà de ses qualités narratives et de la force de l’émotion qu’elle dégage, la pièce “The Normal Heart” fait bénéficier à ses spectateurs de l’incroyable richesse d’une écriture dans l’Histoire. Activisme, amour, colère, amitiés, obstination, sexualité,  politiques, fatalisme mais aussi espoir s’y côtoient, exacerbés par l’urgence du moment. Devenue une oeuvre théâtrale largement saluée et récompensée de multiples Tony Awards, elle s’inscrit aussi dans un devoir de mémoire qu’une création plus contemporaine pourrait difficilement retransmettre 35 ans plus tard.

Le texte nous immerge dans un monde percuté par une maladie sans nom, impossible à détecter avant qu’elle ne se déclare, au mode de transmission inconnu. Un monde dans lequel un petit groupe d’individus se bat pour se faire entendre par un maire de New-York -Ed Koch- et un Président -Ronald Reagan- qui les ignorent. Pour tous ceux qui auraient la tentation de penser que le sens de l’exagération Hollywoodien est passé par là, Larry Kramer a tenu à rappeler en 2011 que “Tout ce qui est décrit dans “The Normal Heart” est réellement arrivé”.

L’envie de faire exister “The Normal Heart” en France se fonde sur la nécessité d’éclairer une période qui semble à la fois très loin et très proche pour tous ceux de ma génération. La pièce relate un combat qui a été très peu traité et ne peut pas être oublié, très différent de celui des années 90 qui a été plus souvent abordé. Avec une conviction : le sujet a la capacité de toucher tous les publics. En traitant une situation de déni qui résonne tristement aujourd’hui sur d’autres sujets.

Mais au-delà, “The Normal Heart” est tout simplement une excellente pièce, je suis fier du travail qui a été réalisé et mon voeux le plus cher aujourd’hui est qu’elle existe dans un théâtre parisien.

Update

Le 14 février, une lecture de la pièce s’est tenue au Théâtre de la Pépinière devant un public de professionnel. Les retours ont été positifs, plusieurs mains se sont levées pour faire vivre cette pièce en France.

Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas

La bulle d’influence spéculative des médias sociaux

En janvier 2016, j’écrivais sur le miroir aux alouettes que représentaient parfois les réseaux sociaux en général et Instagram en particulier. Depuis, rien ne s’est arrangé puisque la puissance d’Instagram a continué à gonfler en même temps que l’achat d’abonnés et de followers, l’organisation de réseaux communautaires pour des commentaires et likes croisés.

En participant à un (excellent) événement du Monde la semaine dernière sur les médias sociaux, j’ai bien réalisé que qualifier les médias sociaux de bulle d’influence spéculative allait nécessiter un peu plus qu’une mention rapide à l’occasion d’une table ronde.

L’histoire qui se répète sans fin

Quand on a connu voire participé à l’avènement des forums, des blogs, de YouTube, de Facebook, de Twitter, de Snapchat et d’Instagram, on a vu la même histoire se répéter inlassablement. Un réseau devient tendance, on ne parle plus que de lui, quelques acteurs y prennent le pouvoir (les influenceurs), le lieu devient l’eldorado de l’authenticité qui fait vendre, les marques se jettent dessus sans réel rationnel, avant que les marques se demandent si le retour sur investissement en vaut la peine, puis un nouveau réseau explose, laissant le précédent pour mort.

Or, en 2017, les forums sont toujours capables de désosser un sujet (autour de la santé ou de l’alimentation par exemple), les blogs (de parents entre autres) sont toujours très puissants, Facebook continue de croître, Twitter reste le lieu de l’info live par excellence…

Mesure et équilibre

Au final, le système met sur un piédestal puis au pilori, de façon toujours exagérée, ce qui réclamerait beaucoup plus de mesure.

Ainsi, l’exemple actuel d’ Instagram est symptomatique. Que toutes les marques misent sur l’influence enfermé dans ce réseau social très peu viral n’a pas de sens. Et que toutes les marques le désertent demain quand un autre prendra la place du réseau trendy n’aura pas plus de sens. Certes, un Instagrammeur avec un million d’abonnés engagés (ils sont très peu en France) a construit la puissance d’un média. Sa force d’influence sur son sujet de prédilection est souvent vérifiable. Mais il reste toujours surprenant que les marques s’intéressent aussi peu à la réalité de la communauté, sa typologie, sa géographie… Comme si un annonceur investissait dans un média en ne s’intéressant qu’à la marque média et pas au lectorat.

Une bulle d’influence spéculative aux effets multiples

A l’arrivée, les influenceurs professionnels ont bien compris qu’ils devaient tirer le meilleur du système Instagram actuel (qui a par ailleurs cette année gagné la bataille des stories) mais assurer aussi une forte présence sur les autres réseaux sociaux (souvent Snapchat mais aussi Twitter) et surtout se prémunir d’une tombée en disgrâce avec un espace propriétaire qui leur appartient. Le retour en force des blogs se profile.

Du côté des marques, on a pu ponctuellement cette année donner du sens à des stratégies d’influence qui assurent le meilleur mix entre tous les réseaux pour attendre de façon pertinentes les cibles. Une nouvelle pensée de l’écosystème d’influence des marques émerge, avec elle le retour à des sphères plus traditionnelles, qui redonnent aux journalistes, experts et leaders d’opinions une place prépondérante même si leur présence digitale n’est pas centrale.

Une très bonne occasion pour moi de reprendre les clés de ce blog (parce que Medium, c’est bien mais pas vraiment chez moi).

Les cartes de l’influence se rebattent, vivement 2018 !

Maurane ouvre les coulisses de son dernier album

Je ne suis pas près d’oublier le 11 juillet 2014. Une ambiance Bruxelloise automnale en plein été, quelques jours entre amis mais surtout, un privilège dont je n’aurais jamais osé ne serait-ce que rêver. Rentrer dans les coulisses de l’enregistrement d’un disque en studio. Et pas n’importe quel studio, le mythique ICP.  Et pas n’importe quel disque, celui de l’une de mes voix préférées : Maurane.

En arrivant, totalement ignorant, j’imaginais une ambiance coulisse du cinéma : beaucoup d’attente pour assez peu de travail, dans un environnement probablement industrialisé pour rentabiliser. D’emblée, j’ai compris que je me trompais.

Si comme moi on est assez peu sensible à la force d’un lieu et aux “esprits qui l’habitent”, le Studio ICP est un remède puissant. Les disques d’or et de diamant accrochés aux murs de brique rouge, affichant les plus grandes stars françaises et internationales passées par là, n’y sont sans doute pour rien.

En faisant le tour des trophées qui défilent quelques-uns des plus grands succès des dernières décennies, je m’arrête forcément sur l’album de l’artiste du jour et de l’album qui m’a fait aimer ses chansons autant que sa voix.

En haut des escaliers s’échappent déjà des notes de musique : Louis, Philippe et Jean-Christophe sont au travail. Pas pour répéter comme on l’imaginerait mais plutôt pour créer, inventer, chercher des nouveaux accords, des harmonies pour des choeurs. On se sent accueillis de la meilleure façon possible : avec bienveillance…. avant d’oublier totalement notre présence.

On est donc vraiment dans les coulisses lorsque Maurane arrive, accélérant encore – par un sourire, un bon mot et son franc-parler légendaire – cette atmosphère familiale qui se dégageait déjà. Un déjeuner tous ensemble plus tard, il est temps d’assister aux prises de voix pour les choeurs de l’un des titres de l’album. Le titre du jour est “A part être” qui apparaîtra en duo avec Yseult de Nouvelle Star sur l’album. Entendre chanter Maurane en prise de voix dans son bocal, faire partie des quelques privilégiés qui peuvent profiter de la magie de l’instant : j’en ai d’ailleurs tellement profité que je n’ai plus pris de photo. Plus une seule.

L’un des meilleurs moments de la journée a été celui de l’écoute du disque dans son intégralité, dans une version quasi-finale (alors que l’équipe continuait à travailler). Je ne savais rien des titres : ni leurs auteurs/compositeurs, ni leur place dans l’album. J’ai tout de suite eu le plaisir de découvrir des morceaux efficaces au potentiel de tubes dont manquait son dernier album, alternés avec des titres plus jazzy comme elle seule sait les rendre accessibles au plus grand nombre. Une première impression en écoute quasi religieuse que je n’oublierai pas de sitôt.

“Ouvre” est maintenant sorti depuis une semaine, j’ai pu voyager avec l’album en boucle dans mes oreilles tout ce temps, sans rien savoir de plus sur ces titres, mais confirmant ma première impression. Ce n’est qu’aujourd’hui, pour écrire ce billet, que je me plonge dans le livret pour lire les paroles, découvrir les auteurs et compositeurs.

Le premier titre efficace et engagé est celui qui a été choisi en lead pour porter la sortie de l’album : “Trop forte” a été composé par Daran à l’origine des quelques-unes de mes plus belles émotions dans la catégorie chanson française (“Dernier voyage” avec -déjà- Maurane ou “L’eau” avec Florent Pagny en particulier). Il est à l’origine du titre éponyme et surtout d’une très belle chanson en hommage à Annie Girardot, sublimé par la voix grave de Bernard Lavilliers.

En découvrant les auteurs/compositeurs de mes titres préférés, pas de surprise : Miossec et Stanislas pour “Où  vont les hommes”, Peter Lorne pour “Ensemble” (depuis “Ca casse”, je vénère Peter Lorne) et surtout les historiques Lebert et Verhees qui reviennent pour un titre qui ferait un très bon second extrait de l’album (si on me demande…) : “Sous ces yeux-là”.

Enfin, un peu à part dans l’album mais voué à un très beau parcours en troisième single (mais on on me demandera toujours pas), le titre “Toi c’est différent” profite de toute l’efficacité du duo Lionel Florence et Pascal Obispo.

La chanson très touchante qu’elle adresse à sa fille figure parmi les 5 titres composés par Maurane qui nous rappelle au passage qu’elle n’est pas qu’une interprète.

Pour ce voyage unique, je remercie chaleureusement Pauline, Ludovic et William, ça va devenir compliqué de me faire de plus beaux cadeaux que ça. Et je remercie Maurane que je suspecte d’être aussi, en plus de l’interprète que j’aime tant, une belle personne.

Vu cette semaine

Entre les journées de travail bien dynamiques et les nuits à courir sur un tapis, j’ai eu la chance cette semaine de caler quelques rendez-vous suffisamment sympas pour les partager ici.

Disco 

La salle des Folies Bergères a revêtu sa plus belle boule à facette géante pour accueillir à partir du 10 octobre la comédie musicale Disco. Si cette présentation à la presse ne montrait que 20 mn des 2 heures du spectacle, le ton est donné. Une histoire sert de prétexte pour servir les plus grands titres des années disco dans des tableaux tout en paillettes, la fête est sur la scène mais aussi dans la salle, les voix sont en place, les chorégraphies encore un peu hésitantes mais l’envie de l’équipe (la même que Salut les copains) est très communicative. Et réussir à faire se lever une salle de journaliste est un challenge que le casting a relevé. On ira tous danser au Folies Bergères avant la fin de l’année, c’est sûr !

En solitaire en Dolby Atmos

Le film séduira sans doute les passionnés de voile et de mer. Mais si j’ai passé un aussi bon moment au Pathé Wepler cette semaine, c’est clairement grâce au son Dolby Atmos qui offre une immersion auditive telle qu’on sort avec l’impression d’avoir réellement vécu un tour du monde par l’Océan.

Damart

Le thermolactyl a 60 ans. L’équipe qui s’en occupe est jeune et dynamique, j’avais envie de mettre un visage sur leur profil de twittos. Je ne suis pas déçu : Damart a rajeuni et en plus d’avoir une équipe sympa, les nouvelles gammes peuvent s’assumer ailleurs que planquées sous un pull.

Hostages sur myTF1 VOD

Ca fait longtemps que je remercie TF1 d’innover pour que les séries US soient disponibles légalement en temps quasi réel en France. Parmi les nouveautés qui seront bientôt disponibles sur l’une des chaînes du groupe, la très attendues Hostages dont la chaîne a eu la bonne idée de projeter en avant-première mondiale le premier épisode.

Avec un casting haut de gamme, la production toujours efficace de Jerry Bruckheimer, beaucoup de mystère autour du pitch, l’impatience était grande. A l’arrivée, un pilote dense (trop peut-être), un potentiel évident de très grande série “à la 24”, un Dylan McDermott surprenant et une Toni Colette un peu sous-exploitée, mais une très forte envie de découvrir la suite savamment spoilée à la fin de la projection. On saura dans 4 ou 5 épisodes si la série tient toutes ses promesses, pas avant.

Jay Brannan

Ca fait longtemps que j’écoute sur Spotify celui qui donne envie de sortir la guitare au coin du feu et de chanter. J’avais raté toutes ses visites annuelles à Paris, pas cette fois. Je suis donc allé voir Jay Brannan au Sentier des Halles et j’ai pu découvrir un type un peu barré qui ne vieillit pas, vous transporte avec sa voix, convoque ses talents de comédiens pour de petites impros entre chaque titre.

Le Royal Monceau

A part le Park Hyatt Paris Vendôme que j’aime bien, je n’ai pas une passion particulière pour les Palaces. J’ai vraiment découvert le Royal Monceau cette semaine et j’ai été assez scotché. Le bar et son équipe souriante, le coin fumeur rouge où on passerait la soirée, les suites design avec les détails qui comptent (smarties, tagada et dragibus dans le mini-bar…) et le SPA blanc et traversé par la plus grande piscine existante dans un Palace parisien. Je vais débuter une campagne de lobbying pour me faire offrir une journée dans ce SPA en rappelant ma date d’anniversaire aussi souvent que possible !

J’en ai profité aussi pour continuer à profiter de Paris aussi souvent que possible, chaque départ parmi mes amis me rappelant que moi aussi, un jour, je quitterai sûrement cette ville que j’aime tant pour découvrir d’autres cultures.

Le mystère Breaking Bad

Après plus de 300 articles réalisés sur les séries télé depuis 4 ans pour ce blog d’abord, puis Le (Huffington) Post puis Lefigaro.fr puis Le Plus du Nouvel Obs, je n’ai jamais écrit sur ma série préférée. Jamais, à part pour illustrer toute l’admiration que je voue à la chaîne AMC qui la produit. Cet acte manqué est un mystère absolu. Dont je n’ai pris conscience qu’en découvrant l’article de Rolling Stone publié il y a quelques jours et en profitant de vacances pour regarder de nouveau et en Blu Ray la saison 1.

Lorsque la série est arrivée début 2008, j’avoue avoir fait l’effort de la regarder pour comprendre ce que la chaîne qui avait lancé Mad Men l’année précédente pouvait nous proposer de différent. Parce que le pitch ne m’inspirait pas vraiment : un prof de chimie au coeur du nouveau Mexique, atteint d’un cancer, se lance dans la production de Crystal Meth pour gagner l’argent nécessaire à son traitement et subvenir aux besoins de sa famille. Et le casting qui laissait semblait jouer avec des clichés mal à propos, avec un quinqua au physique de loser et un jeune associé junkie beau gosse yeux bleus-dents blanches, n’ajoutait rien à l’envie.

Breaking Bad a immédiatement confirmé une réalité qui n’a cessé de se confirmer depuis : AMC a mieux compris que HBO ou Showtime que son statut de “chaîne cablée” lui permettait mieux que le politiquement incorrect de façade associant avec un systématisme stupide sexe et violence (Spartacus, Games of thrones, Rome…). Breaking Bad est amoral parce qu’il nous fait adhérer aux mauvais choix d’un personnage sans rien cacher des désastres qu’ils entrainent et en éteignant une à une toutes les circonstances atténuantes qui pouvaient les légitimer.

Mais surtout, Breaking Bad propose mieux que de découvrir les dessous du monde de la drogue, pourtant détaillé par le menu dans toute son horreur. La série a d’ailleurs été accusée de montrer de façon un peu trop explicite comment produire et consommer de la métamphétamine. La véritable promesse est de nous faire croire en l’improbable transformation d’un homme, par petite touche, chaque saison, au travers de scènes anodines ou de liaisons qui font monter un palier au personnage. Entouré d’une poignée de caractères jamais sous-traités, il nous impose de plonger avec lui et malgré eux dans une spirale infernale et irréversible.

Le numéro d’acteur exceptionnel que nous sert Bryan Cranston a déjà été mutli récompensé. Mais son acolyte mérite autant de louange, Aaron Paul nous offrant notamment l’une des scènes les plus émotionnelles de la série à la fin de la saison 2. Anna Gunn qui interprète la femme du “héros” est rayonnante de force et lumineuse même dans le désespoir, leur fils est interprété par RJ Mitte qui souffre tout comme son personnage d’infirmité motrice cérébrale et improvise des scènes de façon absolument incroyable. Dean Morris suit une autre spirale en tant qu’agent de la Drug Enforcement Administration avec une sensibilité inversement proportionnelle à son physique de cow boy mal dégrossi, pendant que sa femme dans la série, interprétée par Betsy Brandt, vacille de hauts en bas entre cleptomanie et gestion de son entourage qui s’effondre.

L’homme à vénérer pour ce bijou télévisuel est Vince Gilligan, créateur, producteur et ponctuellement scénariste de Breaking Bad. Principalement connu pour son rôle majeur de scénariste pour X Files, il y a puisé une inspiration qu’on retrouve dans certains épisodes, l’homme à la cigarette ayant même inspiré quelques scènes. Il avoue lui-même qu’AMC lui a permis de développer exactement la série qu’il avait en tête. Cet homme là est un génie.

Si vous avez la chance de ne pas avoir encore découvert Breaking Bad (diffusé en France sur Arte et disponible en DVD et Blu Ray surAmazon), vous arrivez au moment où la première partie de la 5ème et dernière saison est en cours de diffusion, la deuxième partie étant promise pour l’été prochain. Sachez que le véritable miracle de Breaking Bad est de proposer chaque année une saison meilleure que la précédente. Et à en croire Metacritique, la saison 5 est proche de la perfection en atteignant la note exceptionnelle de 98 sur 100 pour les critiques américains, juste devant… la saison 4. En ce qui me concerne, comme chaque année, j’attends la diffusion de tous les épisodes pour pouvoir en profiter d’un bloc, en un week-end, à la fin de l’été. Et ce fameux week-end, je ne serai là pour personne.

Je n’avais jamais écrit sur Breaking Bad parce que c’est une pépite à laquelle il est de toute évidence difficile de s’attaquer. Je savais que je ne ferais pas mieux que les autres mais j’espère participer à créer l’envie de ceux qui hésitent encore à plonger.

A votre écoute, coûte que coûte

A la radio, j’aime la tranche d’info du matin et les émissions qui jouent avec l’absurde. Les années précédentes, Laurent Baffie remplissait un rôle décontractant le dimanche en fin de matinée sur Europe 1. Il aura fallu attendre quelques mois après l’arrêt de son émission pour lui trouver un successeur digne de ce nom, sur l’antenne de France Inter depuis le 16 janvier.

La force de A votre écoute coûte que coûte, c’est de jouer la carte du sérieux jusqu’au bout. Le site annonce “un nouveau rendez-vous sur France Inter Présenté par le docteur Philippe de Beaulieu et la psychothérapeute Margarete de Beaulieu du lundi au vendredi à 12h20“, le titre évoque un programme de libre antenne comme la radio les aime tant, en écoutant quelques minutes du programme, on peut vraiment penser que les 2 animateurs souffre d’un léger problème de condescendance dont ils n’ont finalement pas l’exclusivité.

Evidemment, en prêtant une oreille un peu plus attentive, on remarque le décalage du générique et le ridicule des propos tenus. Pourtant, bon nombre d’auditeurs continuent à se faire piéger et déplorent bon nombre de contre-vérités médicales, de manque de respect vis à vis des auditeurs et de propos xenophobes, homophobes.

Si le nom des comédiens est tenu officiellement secret, j’ai immédiatement reconnu l’une de mes actrices – réalisatrices préférée dans le rôle de Marga. Pour le Docteur, il s’agirait d’un humoriste qui m’avait bluffé à la présentation des Molières mais son timbre de voix est moins reconnaissable. C’est en tout cas d’abord pour leur prestation que je me suis habitué à écouter les podcasts de l’émission chaque samedi matin. Puis très vite, c’est l’absurde des situations et les horreurs distillées avec un sérieux absolu qui m’ont rendu totalement addict. Mon moment préféré est toujours celui de ce silence gêné et cette absence de réponse face à l’intelligence de la remarque d’un auditeur.

Cette semaine, ce sont deux vieux routiers de l’émission médicale qui se sont prêtés au jeu, avec la mauvaise idée de montrer en vidéo la prestation qui expose à quel point tout est écrit. Ca tue un peu la magie du programme mais participera sans doute à mieux la faire connaître et à rassurer les quelques auditeurs qui, au regard de leurs commentaires, continuent à s’inquiéter pour tous les malheureux qui le prennent au premier degré avec les risques médicaux collatéraux qui vont avec.

Profitez plutôt de la belle mise en abyme réalisée en mars dernier.

 

Sidaction : pour les dons, c’est maintenant

En ce week-end de Sidaction (pour vos dons, c’est ici ou en appelant le 110), j’ai entendu plusieurs fois une information qui n’est pas nouvelle (Le Monde en parlait déjà il y a 2 ans) : un patient américain atteint d’une leucémie aurait guéri du Sida après avoir reçu une greffe de cellules souches. Voyant pour la première fois les mots VIH et guérison associés et soupçonneux de raccourcis auxquels est parfois contrainte la presse,  j’ai eu envie d’en savoir plus en interrogeant un de mes meilleurs amis, Gustavo Gonzalez Canali, spécialiste en immunologie clinique. La réponse est technique mais permet de mieux comprendre pourquoi la route est encore longue.

As-tu des infos sur le cas de ce patient dont parle la presse ?

Effectivement, on connait ce cas d’un patient assez exceptionnel qui avait une leucémie à la fois assez rare et agressive. Si mon souvenir est bon, c’était à San Diego en 2007.

De quoi souffrait-il ?

Il portait une délétion que nous avions étudiée et publié au CIRBS avec Luc Montaigner à l’Hôpital Saint Joseph. Cette délétion lui conférait une évolution particulière à l’infection par le VIH. Dans tous les cas, il faut savoir que les patients qui sont porteurs n’évoluent pas à la même vitesse que les autres vers le SIDA. Cette mutation, la délétion delta 32 sur le récepteur CCR5 du VIH, leur permet d’évoluer beaucoup plus de temps sans maladie. Cette particularité génétique est plus “concentrée” quoique très rare dans les populations nordiques, d’ou son appellation “protection des vikings”. Elle est inexistante dans les pays proches de l’équateur, ce qui pourrait également expliquer la plus grande importance et facilitation de la contamination dans les pays tropicaux.

Quel traitement a-t-il reçu ?

Son infection concomitante par le VIH n’était pas évolutive et était au second plan en termes de risque de mortalité. L’équipe médicale a décidé alors de pratiquer une greffe de moelle osseuse comme dernier recours pour traiter sa leucémie, tout en sachant le risque subjacent de réveiller le VIH.
Le traitement a été conduit de façon traditionnelle et dans les règles de l’art : chimiothérapie pour réduire sa masse tumorale (nombre des leucocytes anormales) puis, une fois obtenue une première rémission complète (disparition de toutes les formes anormales des leucocytes dans le sang), on procède à un aspiration de sa propre moelle osseuse laquelle est mise en culture sous traitement in vitro pour s’assurer de la disparition des cellules tumorales résiduelles.

En quoi ce traitement agit-il sur le VIH ?

Le patient reçoit une irradiation in toto, c’est à dire du corps entier qui anile complètement et définitivement toute trace des cellules souches hématologiques : globules rouges, blancs, plaquettes, et surtout, ce qui est le plus important : cela stérilise définitivement les cellules contenant du VIH dans le cerveau et -plus importante encore- les cellules appelées dendritiques. Celles-ci sont la dernière barrière pour l’éradication du virus car tous les traitements classiques antirétroviraux agissent lorsque les cellules sont en étape de phase S ou de multiplication. Or les cellules dendritiques qui sont le véritable réservoir du VIH (hormis le cerveau) ne se multiplient que tous les sept à dix ans, ce qui nécessiterait un traitement continu des antirétroviraux pendant au moins 70 ans pour être sur d’éradiquer tout trace d’infection ( en ayant agi sur toutes les cellules qui, par ailleurs, ne se multiplient pas toutes au même temps – cela serait trop simple…)
Le patient de San Diego, en chambre stérile, sans moelle, sans cellules souches, sans cellules dendritiques, toutes tuées par la radiation corporelle totale, a reçu sa moelle “guérie” in vitro et dépourvue de toute trace de virus. Miraculeusement, il supporte les 8 mis de chambre stérile, les infections concomitantes qui se sont déclarées pendant la période de “prise ” de la greffe. Et comme il s’agissait de sa propre moelle osseuse, il n’y a pas eu de phénomène de rejet, donc pas d’immunodépresseurs, seulement des immunomodulateurs à forte dose pour accélérer le développement de ses cellules hématologiques.

Peut-on considérer aujourd’hui qu’il est guéri ?

A ce jour, à 5 ans de la greffe, ce patient est toujours en rémission complète de sa leucémie, et aucune trace de virus n’a pu être détectée. Je serais prudent et ne parlerait pas de guérison mais on n’a à ce jour pas retrouvé trace du virus chez ce patient.

On comprend que ce résultat est exceptionnel dans le sens où il est trop lourd pour être étendu aux autres patients. Que peut-on en retenir quant au traitement du VIH pour tous ?

Effectivement il s’agit d’un méthode pas très orthodoxe, inapplicable théoriquement sur les 35 millions d’individus infectés par le virus, à un coût astronomique, dépassant le budget de la défense américaine…
Mais cette approche a en réalité permis d’explorer certaines “manipulations ” des globules blancs, et des lymphocytes en particulier, qui laissent espérer que dans une ou deux décennies on puisse espérer d’éradiquer le virus.

Où en sont les traitements, en attendant ?

Pour l’heure, on ne peut que se contenter de traiter le plus tôt possible : les personnes infectées qui bénéficient d’un traitement bien conduit ne sont plus capables à 99% de transmettre l’infection. Donc, le pic épidémique pourrait entrer en phase de plateau à condition d’accéder au plus grand nombre avec des traitements adaptés et bien tolérés. A cet égard, les traitements de quatrième génération permettent d’espérer qualité de vie et efficacité.

Ma troisième web tv

Internet, c’est aussi tenir des rendez-vous que personne n’attend. Dans la catégorie, il y a ma vidéo annuelle de fin d’année.

En 2009, je débutais, en 2010, je conceptualisais, en 2011, j’innove. Avec un nouveau format (SocialCam), un invité (Thibaud), du public (en délire), des rebondissements, des scoops, un peu d’action, le tout en plan séquence et en quasi temps réel.

A l’année prochaine ?

Audio + Mode + Connexion = Casques IN2

La dernière fois que j’avais vu passer des casques audio accessoires de mode, ça ne me parlait pas vraiment. On ne peut d’ailleurs pas dire que le succès ait été retentissant. Pourtant, il suffit d’observer les ados le matin dans le métro, armés d’un casque informe vissé à leur tête, pour se convaincre de la réalité d’un marché pour des produits fashion tendance streetwear pour les 13 – 25 ans.

C’est ce qu’a du penser Emmannel de Solal en initiant un projet qu’il a développé pendant près d’un an avec une équipe interne d’Universal music, pour lancer les casques “Audio clothing” IN2 (prononcer Innetwo).

Pour la dimension “accessoire de mode”, les photos parlent d’elles-même (à noter deux cordons jacks qui jouent avec les deux couleurs du casque) :

 

Côté technique, la restitution est aussi rigoureuse dans les basses que les medium-hautes fréquences de 20 à 20000 Hz (je passe sur l’impédance qui  l’air super à 32 ohm +/- 15%) avec un confort d’écoute qui fait ses preuves en extérieur. L’ergonomie a été également travaillée pour épouser la forme du visage et faciliter le rangement (grace à des écouteurs qui se replient).

Mais l’atout ultime du casque IN2 se trouve dans sa dimension communautaire puisqu’il dispose de deux entrées pour assurer la sortie audio avec deux cordons livrés avec le casque (l’un permet de parler avec son smartphone) pour écouter la musique à deux sans perte de son.

Dernière touche très Universal Music, des artistes maison se sont prêté au jeu du port du casque, parmi eux : Irfane, le chanteur de Outlines (Silverleather), Micky Green (Denim Addict) et Matt, chanteur de Skip the use (Allblack).

Les casques audio IN2 seront disponibles dès la fin du mois d’octobre dans des points de vente tels que Citadium ou Virgin au prix indicatif de 99 Euros.