“Pose”, le pari osé et réussi de Ryan Murphy

C’est sans conviction mais sous la pression d’un bouche à oreille positif que j’ai choisi d’entrer “Pose” dans le choix cette année très sélectif de séries estivales à découvrir.

En fin d’année dernière, le plus grand casting d’acteurs transgenres (pour la plupart amateurs) de l’histoire avait marqué les esprits.

Cet univers transgenre et ses codes me sont assez étrangers, ils peuvent m’amuser dans une version Drag Queen avec “Ru Paul Drag Race” mais ne garantissent pas sujet captivant pour une fiction. De plus, la patte du prolifique Ryan Murphy (au commande de la série) ne suffit pas toujours à me convaincre même si ses excès militants me dérangent rarement.

Au-delà de l’effet d’attente créé par la presse américaine, Il ne me restait que la promesse d’une diversité de sujets pour espérer trouver un intérêt autre que documentaire et historique à la création FX. Et 8 épisodes, c’est court.

S’il est parfois compliqué de partager un avis avec un éclairage nouveau sur une série ultra-commentée, je n’ai pas à me forcer ici puisque beaucoup d’articles me semblent avoir été écrits par des auteurs qui n’avaient pas vu la série mais s’étaient appuyés sur un dossier de presse œcuménique.

De quoi parle vraiment la série ?

Pose explore le New York de la fin des années 80 et se penche sur la vie de plusieurs personnages de mondes et cultures différentes. Elle aborde l’émergence de scène cuturelle et littéraire underground et queer comme la Ball culture, la vie des quartiers populaires et l’arrivée du monde du luxe à l’aube de l’ère Trump“. C’est le pitch sur la base duquel la série a été lancée, commentée, encensée. C’est aujourd’hui encore la trace qu’il en reste sur Wikipedia.

Dès le premier épisode, il apparaît clairement que le sujet central est bien l’univers Queer, au centre de tout, même s’il permet de croiser une multitude d’autres thèmes parmi lesquels la danse (pas que le voguing rendu mondialement célèbre par Madonna) et le Sida, inévitablement.

Ce premier épisode assume sa dimension didactique pour ceux qui, comme moi, ne connaîtraient rien à la Ball culture. Il faut découvrir un système qui dépasse largement le principe de battles thématisées et haute en couleur pour confronter des “Maisons” constituant un système communautaire d’entraide dans les populations  blacks et latinos de l’époque.

Le temps de réaliser qu’on s’est fait berné par une fausse promesse, c’est trop tard, on est déjà accro et on en veut plus !

Dès le deuxième épisode, les bases étant posées, ceux de ma génération penseront davantage à la célèbre série “Fame” (qui s’étendait de 1980 à 1986) dans une version Queer et militante qu’à un documentaire sur la culture Queer.

Tous les attributs d’une série populaire

Créer des personnages attachants dans des mondes et des situations extrêmes est sans doute ce que Ryan Murphy sait faire de mieux. Il y parvient ici de façon encore plus exceptionnelle qu’habituellement.

On se passionne instantanément pour des protagonistes sensibles ou détestables ou les deux à la fois. Transgenres et gays sont au centre, mais permettent de croiser le monde de la danse (une pensée pour la prof de “Fame” encore une fois) et percuter celui de la bourgeoisie new yorkaise flamboyante.

On pouvait redouter un casting amateur, il créé parfois une authenticité attachante et permet quelques révélations parmi des actrices inconnues (ici avec la réalisatrice transgenre de l’épisode 6). A gauche, Indya Moore dont la prestation a particulièrement été remarquée bien que MJ Rodriguez (à droite) tienne le rôle central de l’histoire.

La vraie révélation pour moi se trouve du côté du casting masculin avec un artiste très reconnu dans l’univers du musical : Billy Porter excelle dans tous les registres, du rire aux larmes.

La promo aura retenu les quelques acteurs déjà connus du grand public : Evan Peters (“American Horror Story” de Murphy déjà), Kate Mara (“House of cards”) et James Van Der Beek (“Dawson”). Tous dans des rôles courageux mais relégués au second plan.

Merci à Canal + qui vient de justifier mon abonnement en programmant la série en temps réel. En attendant la saison 2 qui vient d’être commandée par FX, il reste une furieuse envie de mieux découvrir cette culture avec un documentaire Kiki qui lui est dédié et, pourquoi pas, en visitant les quelques soirées qui lui sont dédiées à Paris.

Le nouveau Queen Club a la reconquête des nuits parisiennes

En 23 ans, le Queen Club a connu plusieurs âges d’or, d’abord gay puis gay friendly puis hétérosexuel, avant de devenir beaucoup plus contournable parmi les lieux de prédilections des noctambules branchés parisiens et internationaux.

En investissant les murs du Club 79 de Laurent de Gourcuff dès le 2 septembre, c’est plus une renaissance qu’un déménagement que nous promet son créateur Philippe Fatien et une équipe de designer (François Frossard) et directeur artistique (Marmott) très mobilisés. Une renaissance qui a commencé en dévoilant son nouveau logo il y a quelques semaines :

Visiter grâce à Laurent Guyot le lieu 6 jours avant son ouverture était un beau cadeau et donne très envie de croire en la résurrection d’un lieu mythique synonyme de fête et d’avant-garde. L’occasion de faire un point sur ce qui nous attend.

Un design exigeant intégrant rétro et technologie

La grande salle encore en travaux, longée par deux espaces VIP, prolongée par une rotonde privatisable est ponctuée de poteaux habillés dans un esprit boule à facette qui laisse imaginer une ambiance lumineuse assez unique.


Au-delà de la scène qui sera équipée d’une cabine en verre dans le vide “telle une proue de navire” pour accueillir le DJ, c’est sans doute le système de projecteurs lumineux au plafond qui imprime le sentiment de découvrir une salle de concert ou spectacle plus qu’un simple night club. L’ensemble occupe 1.200 m² agencés de façon à réserver de la place aussi bien aux danseurs qu’aux VIP attablés.

Le bar, placé au centre du club, est encadré par un immense miroir, reprenant le baroque des miroirs vénitiens.

La rotonde privatisable est “conçue comme une véritable suite d’hôtel, ornée de milliers de miroirs biseautés sur les murs et agrémentée de banquettes en arc de cercle en python beige, elle peut accueillir jusqu’à 50 privilégiés qui vivront un moment clubbing unique…”

Au final, le résultat devrait être à peu près aussi spectaculaire que la promesse :

 

Quelques cerises sur la gâteau qui comptent (pour moi)(et le DA visiblement) :

L’espace fumoir est grand, totalement intégré au Club avec la même qualité sonore et devrait s’habiller de jeux d’Arcade qui me semblent bienvenus

Les toilettes font l’objet d’une attention du DA qui mesure que la qualité d’un lieu se mesure aussi à l’inventivité de ce lieu que tout le monde visitera dans la soirée. Il faudra à ce stade se contenter d’un néon déjà en place.

Une programmation ambitieuse, des invités prestigieux pour mélanger les communautés

Inviter David Guetta à la soirée d’ouverture du 2 septembre est un signal fort de retour aux sources… qui ne dit pas tout.

Les rendez-vous mythiques et installés seront toujours là : Disco Queen le lundi, Ladies Night le mercredi, soirée Gay le dimanche soir mais de nombreuses autres surprises sont attendues avec les danseuses du Lido et du Crazy Horse, des DJ londoniens en vue, “des spectacles étonnants par une troupe freaky qui n’a aucune limite, une fois par mois”. Des croisements avec des soirées parisiennes hype telles que la très gay très friendly Club Sandwich sont également sur les rails.

L’enjeu est de séduire une clientèle plus variée, avec une montée en gamme parmi les plus select des clients, en s’affranchissant des castes de la nuit parisienne. Ce qui sera possible avec un plateau de VIP qui ne peuvent pas être tous anonymes. Ainsi, on attend déjà notamment Steve Aoki le 18 septembre, Kavinski le 23 octobre… et Madonna en after show en décembre ! On aprle également de Pharrell Williams et Kanye West très prochainement.

La direction en a bien conscience : tout est en place pour réussir le lancement, le challenge sera de tenir dans la durée et retrouver un nouvel âge d’or au croisement du retour aux sources et de l’innovation.

 

Le Queen Club s’installe au 79 avenue des Champs Elysées à compter du 2 septembre, son site web est attendu en fin de semaine, son actu est déjà déclinée sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Instagram.

Le chemin qui menait vers vous

Cette semaine, j’ai participé activement au lancement du projet de 2 de mes amis. Parce que le projet me plaît. Parce que l’expérience est inédite. Parce que je suis curieux de savoir si l’interactivité peut apporter une vraie valeur. Et parce que ce sont mes amis, donc.

Le chemin qui menait vers vous, c’est un roman feuilleton accessible grâce à une appli iPhone (à télécharger ici) dont les nouveaux chapitres écrits en temps réel seront publiés chaque semaine, en prenant en compte les commentaires des lecteurs (à partager sur l’appli ou le site dédié). Une vraie expérience interactive… si les lecteurs jouent le jeu. L’application est éditée par Blüpan Entertainment.

Le roman étant écrit à 4 mains, l’interaction se joue jusque dans les séances de travail entre William et Laurent Latorre, le co-auteur. Les coulisses d’une des étapes d’écriture à laquelle j’ai pu assister ce matin, c’est pour la semaine prochaine. Les premiers chapitres ont posé le décor (2017, le Président est mort, les ressources pétrolières du monde entier sont épuisées, Guillaume et Laure entament une traversée de la France), sur quel pan de l’histoire les lecteurs vont-ils réellement intervenir ?

Les RP en format interactif, ça se tente aussi du coup. Ceux qui souhaitent recevoir des informations, tout savoir du classement de l’appli, des secrets de l’écriture, de l’édition des prochains chapitres, ou même choper des photos en haute def super prêtes pour le 4 par 3, il suffit de laisser un commentaire ou m ‘envoyer un petit email pour recevoir les infos.

Pour en savoir plus sur ce qui a déjà été écrit sur le net, il suffit de cliquer sur la perle ci-dessous.

eBook Le chemin qui menait vers vous

Dans la lignée du titre de ce billet, mon chemin qui menait vers vous n’a pas été exemplairement simple cette semaine. Ne nous arrêtons pas sur les détails, j’ai vraiment failli cliquer sur le bouton “Delete” de mon compte Twitter juste avant de me souvenir de tout ce qu’il m’avait apporté de bien aussi. En particulier de la bonne vingtaine de nouvelles têtes rencontrées parmi mes followers, au gré de lancements, soirées et autre apéro prétexte. Et aussi des quelques amis que j’y ai trouvé en 3 ans. Je vais juste retravailler l’addiction, en ajoutant à la modération une couche de distance, et ça va bien se passer, j’en suis sûr.

La chute du système Zemmour et Naulleau

Autant Eric Zemmour et ses provocations machistes, prétentieuses et réacs m’ont toujours ulcéré, autant j’avoue avoir été assez fan d’Eric Naulleau dans Ca balance à Paris, l’excellente émission de Paris Première qui démontre que l’exercice de la vraie critique indépendante à la télé peut se faire avec classe.

En découvrant ce soir grâce à FullHDReady sur lepost leur intervention face à Annie Lemoine hier dans On n’est pas couché chez Ruquier, je mesure à quel point ils sont pris au piège de leurs propres théories. Des certitudes que Naulleau ne cesse de défendre partout dans les médias, toujours en revendiquant sa légitimité dans son statut d’éditeur. Selon lui, la critique à la télé n’existerait pas puisque les autres ne lisent pas les livres dont ils parlent, ils auraient le courage que d’autres n’ont pas en assumant leurs critiques face à leurs victimes qu’ils n’ont pas choisies, en argumentant toujours.

Ainsi, face à Annie Lemoine venue défendre son dernier roman, les attaques fusent.

Lorsqu’il s’agit d’attaquer l’auteur, on a Zemmour : “je hais à un point inouï”, “j’ai lu mais ça a été une souffrance inouïe”, “si j’étais RC de Elle ou Marie-Claire, je l’embaucherais tout de suite” (insulte suprême probablement pour Zemmour), “faut qu’elle arrête tout”, “vous écrivez simpliste, c’est normal parce que vous pensez simpliste”… On a côté Naulleau : “vous écrivez des textes dépouillés, ça veut dire qu’on vous a tout piqué : le style, l’intrigue et le vocabulaire”, “c’est un livre qui n’est pas possible car on est en deçà de la littérature, on est dans l’indigence totale”, “tout est raté”. Le tout empaté dans un “vous êtes douce et jolie” malsain.

Que les livres de Lemoine soient appréciés d’un public féminin ? “c’est ça qui me désole” se lamente Zemmour. Pire, les lecteurs recherchent de la sensibilité ? “c’est bien ça qu’est dramatique”.

On a donc déjà atteint la zone de vulgarité suffisante avant que Naulleau ne décide de faire témoigner à chaud l’auteur qui vient de se faire découper en pièce : “moi je voudrais savoir comment vous recevez ça ?”. La moindre trace de défense dans la réponse, amenée pourtant très en douceur : “c’est vrai que vous êtes particulièrement violents”, provoque le courou des deux guignols se drapant aussitôt dans leur liberté au droit de critiquer. Parler de divergence de sensibilité n’est pas une option non plus. On revient maladroitement sur Flaubert et son exigence d’écriture. On a peur de comprendre que la réponse attendue était : c’est vrai, je suis nulle, j’arrête ce métier !

Le dernier mot revient quand même à Annie Lemoine qui, face à un Zemmour qui prétend pouvoir écrire la même chose en deux heures, défend avec élégance : “ça vous semble facile, ça veut dire que c’est réussi quelque part. Je ne me compare pas mais les gens qui disent devant la peinture minimaliste Miro et Picasso oh ça je pourrais le faire, et bien ils n’ont rien compris à la peinture”.

Je n’accorde pas un grand intérêt à Annie Lemoine ni à sa littérature mais par leur mépris et leur vulgarité, les deux polémistes ont réussi à me la rendre attachante. Je serais prêt à parier que les auteurs se bousculent chaque semaine pour passer à l’échafaud, pour cette raison, j’ai entendu de la bouche d’éditeurs que l’impact sur les ventes était flagrant. La contre-productivité de l’exercice de Naulleau et Zemmour est évidente, ils participent à un système qu’ils ne controlent absolument pas et que j’exècre. Pire, ils insultent un auteur et chacun de ses lecteurs avec une insistance qui mériterait une vraie intervention d’un Ruquier qui semble se délecter du spectacle qu’il a créé. La semaine dernière c’était Valérie Mairesse, cette semaine une autre de ses amies ? Peu importe, au bout du compte, il le sait, elles vendront plus.


Annie Lemoine vs Zemmour et Naulleau [ITV] Ruquier 140309
envoyé par peanutsie. – Futurs lauréats du Sundance.

Heureusement, le seul bon moment de l’émission, celui de Jonathan Lambert, serait compilé dans le DVD de l’humoriste qui vient de sortir. On va pouvoir s’épargner tranquillement cet amas de prétention ridicule qui l’entoure.

Emotions littéraires revival

On sait pas d’où ça vient. La loi des séries peut-être. Le mois de février semble placé sous la thématique livre. Mes soirées aussi.

Aujourd’hui, en m’offrant deux de ses lectures préférées du moment, une amie m’a rappelé l’époque où elle était mon guide infaillible en matière de choix livre de chevet. Ses recommandations m’avaient valu quelques coups de coeur parmi lesquels “Les cerfs-volants de Kaboul” (qui sort justement au cinéma le 13 février). Avec cette belle attention, elle m’a aussi rappelé l’un des cadeaux les plus émouvants qu’on ne m’ait jamais fait. Emotif qui s’ignore que je suis, après un petit détour par le bureau, je suis allé fêter en version open bar la sortie du bouquin de mon nouveau pote Henri.

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Merci Orange

Longtemps que je n’avais pas passé une semaine comme celle qui vient de s’écouler. Avec des soirées pleines de diversité, de lecture, de rencontres et de réflexions. Et des matinées aussi. Sans internet. Ni télévision, ni téléphone fixe certes, mais sans internet surtout. J’ai cet étrange sentiment que tout le groupe France Télécom s’est mobilisé pour moi. Et ça m’a fait bien du profit. Quelques menus énèrvements aussi, certes. Un grand écart d’impressions particulièrement bien condensées dans ma journée de jeudi.

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Isabelle Adjani est Marie Stuart

Marigny

Sa voix et son rire m’avaient marqué. Six ans plus tard, je retiens sa voix encore et ses larmes.

La dernière nuit pour Marie Stuart n’est pas une pièce facile. La presse a écrit qu’il s’agissait d’un "retour au vrai théâtre". Je ne suis pas sûr de comprendre le sens. Ce que je sais, c’est que je suis arrivé avec un avantage indéniable : mon emploi du temps ne m’a pas laissé le temps de lire les critiques qui dévoilaient visiblement beaucoup, des partis-pris de mise en scène à la performance de l’actrice dont le texte résonne parfois à l’évidence avec sa propre vie. Ce qui m’a permis d’apprécier la force de l’oeuvre, au-delà de la présence d’une actrice qui pourrait il est vrai se contenter de me déclamer sa dernière liste de course pour faire mon bonheur.

La pièce du dramaturge allemand Wolfgang Hildesheimer s’apparente à un long monologue de 2h00 ponctuellement interrompu des interventions de son entourage avec lequel elle entre peu en interaction. Elle invite à la découverte de la vie de la reine de France et d’Ecosse Marie Stuart, vue à travers le prisme de sa dernière nuit avant execution. C’est parfois long, le texte n’est selon moi pas toujours à la hauteur. Les partis pris de la mise en scène de Didier Long sont parfois bons, parfois décevants. Restent de vrais beaux moments de théâtre.

Mais surtout, la performance d’Adjani emporte tout sur son passage. Fracassante. Ses premières paroles, alors que le rideau n’est même pas ouvert, provoque un souffle retenu dans la salle, avec l’un de ses jeux de voix dont elle a le secret. La standing ovation en fin de représentation ne semble s’adresser qu’à elle. Il semble évident qu’une partie du public n’est, comme moi, venu que pour elle, et n’est pas déçu. Le rire léger de Marguerite Gautier au début de La Dame aux Camélias a disparu, les larmes ont pris le relais, omniprésentes. La seule lueur de bonheur dans les yeux de l’actrice apparait au moment du triomphe final, salle debout. Le coeur sur la main, visiblement touchée, elle fait naître dans les yeux du public une autre lueur : celle de l’espoir d’un retour sur scène qui n’attendra pas 6 ans.

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