Mes Gay Games

Participer en tant que bénévole aux Gay Games Paris 2018 n’était pas exactement une façon anodine de démarrer un congé sabbatique de 11 mois. La dimension rassurante d’un agenda pas complètement vide est pourtant rapidement devenue une motivation anecdotique face à l’énergie d’un événement qui m’aura marqué pour longtemps, pour des raisons parfois inattendues.

Lorsque j’ai décidé qu’un break professionnel m’était nécessaire pour me ressourcer, ne pas perdre l’envie, continuer à progresser, c’était sans le moindre doute. Retrouver du temps pour moi et pour mes proches en constituait le bénéfice collatéral majeur, dans un programme très flexible entre voyages et projets personnels, sans réelles obligations. Mais il m’était impossible de démarrer avec une perspective unique de vacances à durée indéterminée.

Un simple précaution préalable

Redoutant quand même la possibilité d’un petit trou d’air après 25 années de travail connecté ininterrompues, j’ai identifié l’arrivée des Gay Games en plein mois d’août comme un excellent moyen d’occuper mes premières journées off à Paris de façon utile, au service d’une cause qui compte pour moi : la lutte contre toutes les discriminations à travers l’inclusion de toutes les diversités (âge, religion, genre, orientation sexuelle…) par le sport et la culture.

Si ma mobilisation devait se concentrer au départ sur les aspects communication, ce que je maîtrise forcément le mieux, j’ai dès le début de l’événement compris que mon accomplissement viendrait d’ailleurs. Tout n’était pas rôdé, parfois approximatif, mais l’envie de partage, d’échanges, de faire bien se sont révélés plus fort. J’ai donc choisi de m’investir en tant que simple bénévole appliqué à des missions d’exécutant sans autre velléité qu’aider, être utile.

Bénévole bon élève

Ma première intervention étant à l’accueil du village place de l’hôtel de ville la veille de l’inauguration, j’y ai assez vite trouvé un QG, un point de repère, un rendez-vous quotidien tôt le matin, tard le soir ou parfois les deux. En 8 jours, j’aurai donc participé à l’accueil des visiteurs au welcome desk, à l’entrée du village mais aussi à l’extérieur. Je n’aurai rien refusé : passer quelques heures à la consigne (en mode « animateur de l’endroit pas fun »), accueillir et brieffer des bénévoles retardataires (en mode « tour operator »), ranger le welcome desk, jouer les cobayes dans les activités sportives ou même organiser les files d’attente aux toilettes lors de la soirée de clôture. Le tout en m’éloignant de toute prise de responsabilité pour profiter à plein de mon rôle de contributeur bon élève. Bizarrement, j’ai retrouvé des sensations que j’avais connues à l’armée : aux côtés des exécutants, dans un esprit fraternel.

Multitasking

Mais je ne voulais pas m’enfermer dans la facilité d’un lieu conquis et d’une équipe connue. Chaque jour, je suis parti à la découverte de nouveaux environnements et missions toujours différentes. Ramasseur de notes du jury à la Danse sportive, remetteur de médailles à la natation, support vigilance sécurité au Festival de courts-métrages, accueil des athlètes au badminton font partie des missions qui se sont présentées à moi. Au sein de staffs mobilisés, inclusifs, souvent impressionnants d’investissement. J’ai pu y confirmer que le badminton est VRAIMENT un sport, qu’un tango entre 2 femmes peut être très touchant, que gagner une compétition de natation à plus de 70 ans créé une fierté énorme…

Bénéfices collatéraux

A l’issue de la grosse semaine de Gay Games, il me reste des moments d’émotion, beaucoup de rires, de danses, de fête, de partages. J’ai échangé avec des centaines de personnes, me suis attaché à quelques visiteurs / visiteuses régulier(e)s, fais plus de hugs à des inconnus en 8 jours que dans les 49 années qui ont précédé. J’ai rencontré quelques personnes qui resteront sans doute pas loin dans le futur. J’ai redécouvert des amis qui m’ont impressionné au travail. J’ai rencontré pas mal de mes instagrammeurs préférés qui m’ont accueilli avec un grand sourire à chaque fois. J’ai pleuré pendant la cérémonie de clôture, de fierté et de tristesse. Je n’étais pas le seul.

J’espère que ma prochaine aventure sera aussi incroyable mais la barre est haute.

Maurane

Il y a une semaine, j’ai perdu un peu plus qu’une artiste dont la voix me transporte. J’ai perdu celle qui m’a permis de vivre des émotions inoubliables et avec laquelle je gardais un lien rare, précieux, toujours inattendu. Notre rencontre déjà avait été hors norme.

En 2011, alors que Maurane se lance dans la promotion de son onzième album studio “Fais moi une fleur”, je suis invité par mon ami qui travaille chez Universal à “la rencontrer pour lui poser 2 ou 3 questions”. Je prends ça comme un cadeau.

Ce n’est qu’en arrivant sur place avec mes quelques questions griffonnées sur un papier à propos de son dernier album que je comprends que tout est en place pour un entretien filmé d’une heure, sans montage, dans les conditions du direct. L’artiste pense sans doute avoir à faire à un intervieweur qualifié, cette rencontre va être un gâchis gigantesque, j’en suis sûr. Je réfléchis rapidement à une façon de m’en sortir, à un angle. Quelle autre solution que de revenir sur chaque moment de sa carrière ?

Je me souviens juste avoir commencé en disant exactement l’inverse de ce que je pensais (une heure, c’est beaucoup trop court) et en faisant comprendre d’emblée mon incompétence, pour créer une possibilité de stopper ce désastre avant qu’il ne commence vraiment (je suis un blogueur et on va donc parler de moi). Et ensuite, je ne sais plus ce qui se passe.

Je n’ai jamais eu le courage de regarder cette vidéo. Surtout pas lorsqu’elle a été mise en ligne. Je l’ai donc découverte ce matin.

Mon sentiment est en fait qu’avec un bon montage, ça pourrait presque faire le boulot qu’aucune chaîne de télévision française n’a daigné faire depuis sa disparition : revenir sur une carrière de très haut vol, pas suffisamment reconnue. Le plaisir de retrouver ce moment intact, brut, a été supérieur à la honte ou la tristesse. Jusqu’à la dernière minute qui a forcément créé un choc. Vous comprendrez forcément pourquoi en visionnant la vidéo.

Lorsque j’ai engueulé mon ami à la sortie de l’interview, il m’a dit 2 choses restées gravées dans ma mémoire : 1. Je savais que tu t’en sortirais 2. Tu te souviendras toute ta vie de l’émotion de ce moment.

Il avait raison pour le point 2. J’avais oublié les faits, je garde juste l’émotion intacte. Et je réalise aussi qu’avec n’importe quel autre artiste que Maurane, volubile, généreuse et aidante, ça aurait vraiment été un désastre.

La suite aura été constituée d’échanges sur Twitter sur des livetweets décoiffants, des petits signes de sympathie, des routes croisées sur des concerts ou ailleurs. Et d’une semaine passée à Bruxelles dans les coulisses de l’enregistrement d’un album. Rien que ça. Elle avait apprécié notre première rencontre. Contrairement à ce que cette vidéo montre, on avait même fini par se croiser sur le chemin de l’humour aussi (elle savait être tellement drôle).

Ce matin, je préfère être très fier de l’avoir connue que triste de l’avoir perdue.

Presbytie, capsulite et autres petits bonheurs

A force de jouer les dinosaures du web, les ancêtres de l’Internet, il fallait bien que ça arrive : je suis officiellement entré dans la très respectable catégorie des séniors. Cette nouvelle réalité s’est officiellement concretisée en entreprise le jour de mes 45 ans puis, dans la vraie vie et plus techniquement, avec les trucs de santé nouveaux qui viennent avec l’âge.

Evidemment, si on considère que je me situe dans la tranche des Hugh Jackman (48 ans), Shemar Moore (48 ans), Matthew McConaughey (49 ans) et bientôt celles des quinquas Daniel Craig (50 ans), Vincent Cassel (51 ans),  Patrick Dempsey (52 ans) et Brad Pitt (54 ans), tout va bien, ça a l’air cool.

On va bien rigoler

Mais j’ai bien peur que l’histoire de mon arrivée dans une nouvelle décennie ne ressemble plus sur le web au journal de nouveaux tracas qui passent par la santé. Un peu comme un nouveau positionnement éditorial autour du troisième âge quoi. J’ai pris de l’avance en débutant il y a 2 ans une capsulite rétractile dont j’ai déjà raconté tous les méandres au moment où j’en sortais.

Je vais essayer d’épargner les Internets de mes futurs dépistages gratuits du cancer colorectal, enjeux prostatiques et autres petits plaisirs en tous genres. On va donc plutôt s’intéresser à une vraie bonne nouvelle.

Fini les lunettes !

Quand on est myope comme une taupe depuis toujours et qu’on s’est affranchi des lunettes grâce aux lentilles depuis l’adolescence, l’arrivée de la presbytie est compliquée à gérer. Lentilles pour voir de loin, lunettes obligatoires pour voir de près mais qu’on pense jamais à prendre. Autant dire que la tentation de verres progressif est grande. La bonne nouvelle est que, contrairement à ce que mes divers ophtalmos m’ont toujours dit, les lentilles permettent de corriger tout ça.

C’est un opticien qui a trouvé la combinaison gagnante : un œil dominant à identifier équipé d’une lentille multifocale, l’autre œil corrigé pour la myopie uniquement, le cerveau intègre tout ça et permet une vie sans lunettes !

Ce problème réglé, la capsulite étant derrière moi, il me reste à grenouiller du côté des progrès en chirurgie plastique pour nourrir ma nouvelle ligne éditoriale. I’ll be right back !

 

Justin Baldoni, l’acteur bon samaritain ?

Tous ceux qui suivent avec attention les sujets de cristallisation dont raffolent les réseaux sociaux n’ont pu échapper au phénomène : le 4 décembre 2017, Justin Baldoni interrogeait les codes de la masculinité dans un TEDTalk, réalisé au cours d’un TEDWomen à la Nouvelle Orléans le 2 novembre, avant d’être partagé sur abondamment en vidéo dans le monde entier.

Ma première réaction avait alors été de me demander où j’avais déjà vu Justin Baldoni jusqu’à ce qu’il mentionne au début de son speech la télénovela modernisée et réjouissante de The CW, “Jane the virgin” (sur Téva puis M6 en France). Ma deuxième réaction avait consisté à mettre en doute l’honnêteté de son engagement. Sans raison autre que l’équation embarrassante formée par son aplomb, son physique d’alpha male sous stéroïde, l’illisibilité des motivations profondes de son combat et la date qui coïncidait avec les débats de l’affaire Weinstein depuis le 5 octobre.

Businessman opportuniste ou entrepreneur bon samaritain ?

Pour en avoir le coeur net, il me suffirait de creuser quelques minutes pour comprendre si cet engagement était récent et/ou s’il servait plus prosaïquement la promotion d’une activité lucrative…

Quelques minutes plus tard, j’étais définitivement perdu : entre multiples engagements, exposition outrancière de sa vie privée, nouveau show par sa société de production sur la masculinité, moments d’émotion visiblement sincères avec des ramifications commerciales, mise en scène de l’émotion distillée, charité business parfois frontale, de nombreuses causes défendues parfois plus spontanément… Quelques minutes n’y suffiraient donc pas. Reprenons depuis le début.

18 mn 30 de perfection selon TEDTalk

Justin Baldoni veut initier un dialogue avec les hommes sur la redéfinition de la masculinité pour trouver des façons de ne pas simplement être des hommes biens mais être de bons êtres humains” : c’est ainsi que TED a pitché l’intervention de celui qui est présenté comme “ouvertement féministe“.

Pour ceux qui n’aurait pas vu la vidéo, Baldoni rappelle d’abord qu’il est connu, pour des rôles à la virilité intense qui relève du machisme. Il révèle ensuite que l’image qu’il renvoie est loin de l’homme qu’il est, après un parcours de vie qui l’a amené à accepter sa sensibilité et autres qualités “féminines”.

Il réclame le droit de se montrer vulnérable auprès d’un public principalement féminin et conquis d’avance. Pour gagner une audience masculine engagée, il s’aventure sur le terrain lifestyle qui va bien (fitness et autres trucs de mecs), regrettant aussitôt de rentrer dans les vieux codes qu’il combat. C’est donc en lançant des défis aux hommes qu’il entend les interpeller : “êtes-vous assez courageux pour être vulnérable, pour faire appel à un autre homme quand vous avez besoin d’aide ?”, “assez pour vous lever quand vous entendez des histoires d’harcèlements sexuels“, “êtes-vous assez forts pour être sensible, pour pleurer quand vous êtes tristes ou heureux ?“…

Son discours se clôture sur les erreurs qu’il a commises dans ses comportements masculins, on le voit s’adresser aux femmes pour leur demander de l’excuser au nom des hommes qu’il faut aider à montrer leurs faiblesses. Il explique enfin le rôle que son père a joué dans son parcours, entre colère, pardon et reconnaissance.

Son aisance dans le registre des TEDTalk rend l’ensemble agréable à écouter, son attention à jouer du second degré -lorsque son combat contre les clichés (masculins) s’appuie sur d’autres clichés (féminins)- le protège d’une détestation immédiate. On a envie d’y croire.

Quand tout à coup on n’y croit plus du tout…

Plus d’1 million de fans le contemplent sur Instagram et Twitter dans l’exposition de ses émotions personnelles et familiales. On ne pourrait le juger que s’il était le seul mais c’est tellement fréquent… Alors où est le problème ? La société de production qu’il a créée, Wayfarer Entertainment, semble se nourrir beaucoup, beaucoup trop, de la vie de son créateur.

Sa demande en mariage en 2013 ultra scénarisée de 27 minutes atteint les 11 millions de vues ! :

Son mariage devient aussitôt un trailer (produit par une autre société de prod) :

La mise en scène continue chez Wayfarer avec l’arrivée de leur fille en 2015 et de leur fils en 2017 :

Mais quel business ?

En 2012, Baldoni a créé le web doc le plus vu de l’histoire avec “My Last Days” initialement produit par la boite de prod “SoulPancake” pour YouTube puis diffusé en saison 3 (2017) sur la chaîne cablée américaine The CW. Il faut dire que le premier épisode, sur un chanteur de rock américain, a été visionné plus de 14 millions de fois.

C’est sur la base de ces derniers jours d’hommes et de femmes condamnés que Wayfarer Entertainment a été créé. Et Warner Bros a annoncé récemment le développement d’un film sur Zach qui sera réalisé et produit par… Justin Baldoni.

En juillet 2017, il créé un talk show sur le web intitulé “Man enough“, très exactement sur le sujet de son TEDTalk 3 mois plus tard. On tient ici le sujet de la promo. Hum.

En parlant de promo, en décembre 2017, il s’invite dans le sujet de conversation publique le plus brûlant qu’Hollywood n’ait jamais connu en révélant avoir été victime de harcèlement sexuel. Couverture médiatique abondante assurée. Mais il a prévenu en se décrivant lui-même comme un storyteller dans sa bio Wayfarer. On n’est donc pas surpris.

Mais produire des histoires n’est pas son seul business puisque Baldoni à créé en 2013 “Shout the good“, une app qui score les forces de la personnalité, puis “Belly bump” pour les femmes enceintes. La première a disparu, la deuxième ne semble pas causer de ravages. Mais l’esprit d’entrepreneur est bien là.

Le doute s’installe

S’il y a opportunisme, il faut cependant y reconnaître une certaine consistance… et une efficacité redoutable.

Lorsqu’en 2014, Baldoni décide de fêter son 30ème anniversaire en réunissant des amis dans un quartier pauvre de Los Angelès, Skid Row, pour distribuer nourriture et habits à des sans-abris, il initie un mouvement qui deviendra “Le carnaval de l’amour“, réunissant chaque année plus de volontaires, jusqu’à 2.000 en 2017.

Pour soutenir ce mouvement, il créé “The Wayfarer foundation”, une ONG qui développe des initiatives au profit du “Skid Row Carnival Of Love”, ouvertement “inspirés par les contenus produits par Wayfar Entertainment”. On peut aussi le voir comme un moyen de financer un rendez-vous utile qui a pris une ampleur inattendue.

Ses engagements ne se limitent pas à quelques sujets positionnants, il sont plus diversifiés et souvent sans exploitation visible, à l’image de son post Instagram pendant la semaine de la prévention du suicide.

Dans une autre vidéo, témoin d’un accident de la circulation, il intervient visiblement bouleversé dans une vidéo qui dénonce la consommation d’alcool et le manque d’attention au volant.

Lorsque Baldoni doit justifier de la perfection de son corps, il le fait avec une mise en abyme qui devient vertigineuse. Il faut voir cette vidéo sur son Instagram.

Choisir de s’inspirer

Au final, difficile de statuer. L’opportunisme fait sans doute partie de l’histoire mais il semble aboutir à des projets concrets, ambitieux, destinés à aider.

Dans la saison 1 de “My Last Days”, Christopher Aiff est l’un des malades suivi. Il y prononce cette phrase qui a fini gravée sur le bras de Baldoni.

Dans sa bio “Man enough”, il se dit passionné par “la création de social change à travers des contenus innovants et inspirants“.  J’ai donc décidé qu’un homme qui marque dans son corps son engagement, même s’il est parfois de l’ordre de la posture, mérite le respect. Et qu’il vaut mieux s’en inspirer que s’en moquer.

The purpose of art and having a platform is to elevate human consciousness… if we’re not doing good with it, what are we really doing?“. Good question, Justin.

Les fausses promesses du “Marketing d’influence”

Depuis 2 ans, un nouveau buzz word a émergé jusqu’à s’inscrire au plus haut des investissements marketing prévus en 2018. En France, la traduction d’ “Influencer marketing” s’est installée pour faire du “Marketing d’Influence” l’un des eldorados de choix pour les marques défiées par les consommateur dans leurs communications traditionnelles. Ce que certains décrivent comme une mutation profonde du marketing, pour quelques bonnes raisons légitimes mais surtout pour de mauvaises raisons très insidieuses, participe à créer une dérive destructrice de valeur et inquiétante pour le futur.

Sortir de l’authenticité incantatoire

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de prétendre que l’influence et le marketing ne peuvent pas s’associer, encore moins que l’influence n’a pas d’efficacité ni de ROI mesurable. Il s’agit plutôt de combattre une idée qui semble s’installer : l’authenticité, unanimement défendue comme nécessaire dans toute démarche d’influence marketing, pourrait sans dommage intégrer des relations rémunérées de façon plus ou moins transparentes. Sans compter l’incohérence qui semble justifier cette nouvelle discipline star : un consommateur étant plus sensible à l’opinion de ses pairs que des élites, les marques y apporteraient une réponse en s’appuyant sur des “influenceurs” aussi puissants que possible pour assurer la force de frappe qui impactera des indicateurs de réussite toujours très ambitieux.

Retour aux fondamentaux de l’influence

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut revenir à ce qu’on sait de l’influence. En reconstituant toutes les pensées sur le sujet, on pourrait attribuer aux influenceurs la capacité d’infléchir une pensée ou faire adopter un point de vue à un cercle d’individus plus ou moins large, en se différenciant de la manipulation par leur transparence (sur l’émetteur et l’objectif), authenticité, indépendance et légitimité. Chaque individu dispose d’un pouvoir d’influence sur un nombre plus ou moins grand de personnes, sur des sujets spécifiques. Leur capacité d’influence est acquise de façon variable, puisqu’ils peuvent être journalistes, leaders d’opinions, experts, célébrités ou disposer d’une communauté (petite mais très spécialisée ou énorme mais généraliste) sur les médias sociaux.

Quand plus d’investissement devient contre productif

Le problème du “Marketing d’Influence” réside dans les dérives des définitions du terme telles qu’on peut les lire sur Google, dans les descriptions qu’en font des agences spécialisées ou les acteurs de la communication. Et dans ce qu’on entend à longueur de conférences par des “experts”.

Dans certains cas, il étend le “Celebrity Marketing” aux influenceurs sur les médias sociaux, souvent Instagrammeurs ou YouTubeurs. Dans d’autres cas, il considère qu’un accord commercial avec un “micro-influenceurs” permettra d’impacter de multiples petites communautés par celui qui sera considéré comme un pair. Autrement dit, rémunérer une star internationale ou une centaine d’instagrammeurs pourrait constituer une stratégie d’influence structurée puisque les retombées sont anticipables. Les investissements en forte hausse permettraient ainsi de mieux maîtriser le ROI. Une posture tellement plus rassurante que de compter sur un bouche à oreille non sécurisé par un contrat, soumis à des bonnes idées et des mécaniques imparables. On comprend bien. Mais avec quel impact ? Des nouveaux influenceurs sont à leur tour défiés dans leur indépendance, donc moins puissants, donc moins utiles pour les marques.

Reprendre de la hauteur vers l’écosystème d’influence

Le “Marketing d’Influence” est sans doute la mauvaise traduction d’ “Influencer Marketing” qui serait mieux compris si on parlait de “Marketing avec des influenceurs”. Démarche légitime qui devrait commencer par une étude précise de l’écosystème d’influence d’une marque sur la base des objectifs business. Chaque groupe d’influenceurs pourra alors être traité de façon ad hoc, selon leur typologie. Et réembarquer le “Celebrity Marketing”, les RP, le “(Digital) Influencer Relationship Management”, l'”advocacy”… pour développer les dispositifs (avec partenariats payants et sans) qui tireront au mieux parti de leur capacité d’influence, sans destruction de valeur, ni pour la marque, ni pour l’influenceur. En préservant ce graal de l’authenticité tellement maltraité depuis quelques années.

Il s’agit sans doute d’un dommage collatéral supplémentaire à la bulle spéculative des médias sociaux à laquelle s’ajoute la mauvaise compréhension des mécaniques d’influence. Dans tous les cas, une approche responsable ne pourra pas faire l’économie en amont d’une idée centrale forte, capable de profiter de façon construite et lisible de la force d’influenceurs participants à une histoire commune.

It’s more than I can bear

Il y a eu Charlie le 7 janvier 2015 puis le Bataclan le 13 novembre 2015. Avec des impacts à quelques dizaines mètres de chez moi. Et quelques proches directement percutés.

Depuis début 2015, il y a eu Tunis, Sanaa au Yemen, Karachi au Pakistan, Ankara, l’Airbus Russe en Egypte, Beyrouth, San Bernadino, le coeur d’Istanbul, Bruxelles, Orlando, l’aéroport d’Istanbul.

On sort de l’Euro et la menace d’attentat qui était dans toutes les têtes, en tout cas la mienne, pendant 1 mois.

Avec à chaque fois la même résignation : “il va falloir s’habituer à vivre avec ça, ce risque permanent. Ne pas s’arrêter de vivre, juste s’habituer”.

Ce soir, il y a Nice. Un 18 tonnes dans la foule. Les témoins utilisent des mots déjà tellement entendus : un cauchemar, un carnage, scène de guerre, état de choc, sentiment apocalyptique… Des numéros d’information pour avoir des nouvelles des proches, des #PortesOuvertes sur Twitter, le “Safety Check” de Facebook. Sachant mes amis en sécurité, je vais me coucher en me demandant “seulement” combien de morts de plus que les 77 déjà annoncés seront affichés à mon réveil. Les chaines et radios d’infos vont tourner en boucle, je ne réussirai pas à en décrocher.

Ce soir il y a Nice. En fait, je vais me coucher en sachant que je ne pourrai pas dormir. Je sais aussi ce qui tournera dans ma tête : “combien de temps je vais réussir à gérer ça ?”

Je mesure l’indécence de parler de son état lorsqu’on est comme moi épargné, qu’on n’a même pas été témoins directs de ces moments d’horreur. Mais je sais aussi ne pas être le seul à me sentir transpercé, dévasté et un peu perdu. Je suis … On est …

En novembre, une psychologue m’avait expliqué la capacité de résilience du cerveau humain. Comment une distanciation émotionnel / rationnel s’opère comme un mécanisme d’auto-défense lorsque le choc émotionnel est trop fort pour être géré.

J’ai aussi réussi à ne jamais m’exprimer publiquement sous le coup de l’émotion, forcément mauvaise conseillère. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’égocentrer un choc qui traverse des millions de personnes.

Ce soir est donc une première brèche dans ma ligne de conduite, peut-être une aide à mon mécanisme de protection par la distanciation défaillant. Mais je ne veux pas oublier cette émotion. Je veux réussir à réagir “comme il faut”. Trouver la bonne action, le bon comportement.

J’espère y arriver.

Chanter pour le fun

Depuis tout petit, j’aime chanter. Entendons-nous bien : je n’ai jamais rêvé d’être chanteur, j’ai toujours été assez réaliste quant à mes capacités musicales en général et vocales en particulier. C’est juste que quand d’autres font du yoga ou des balades en forêt pour se détendre, mon truc à moi, c’est de chanter.

Pour ça, il y a eu historiquement le chant en famille puis assez rarement les karaokés dont le côté représentation me gène puis Singstar dont le côté festif à la maison me plait (ceux qui regardent le 20h de TF1 savent). Alors quand j’ai découvert l’application Sing de Smule qui équilibre assez bien l’ensemble, j’ai senti que c’était pour moi.

Le principe est simple : on chante grâce à une app dans son mobile avec des inconnus des chansons juste pour le plaisir de chanter, en lisant les paroles qui défilent sur l’écran. En mode voix ou Image+voix au choix. Pas d’autre enjeu que de passer un bon moment, rien à gagner. Et comme toujours sur un media social qui permet d’interagir, on finit par tisser des liens, trouver ses partenaires de jeu favoris.

A l’arrivée, plein d’enregistrements un peu à la va vite qu’on va pas tous mettre ici hein. Mais si je me mouille pas, c’est tout de suite moins drôle. Donc,

En version voix, il y a :

  • Skyfall avec la québécoise Doudou qui a une voix de dingue (qui me rend ridicule)

  • Pourtant de Vanessa avec MaThieu qui a une voix douce qui détend

  • Beautiful stranger de Madonna avec Leroy qui crie pas non plus et c’est cool

En version vidéo, il y a :

  • Hallelujah, version Rufus Wainwright, avec Genevieve qui a une super voix, des supers yeux et que je kiffe du coup

  •  Seduces me, de Céline Dion, qui me permet de chanter avec Cinderelia qui a une voix de dingue et qui rend du coup très très TRES modeste

  • Et comme je suis pas sectaire, je chante aussi en français pour ma maman avec des des garçons de 25 ans (Strike ?)

Il y en a plein d’autres comme Skyfall, Wrecking ball, Seras-tu là, Hors saison, Mad World, Lucie, On ira (oui oui, du Zaz), Writing’s on the wall, Donne moi le temps, Je t’aimais je t’aime et je t’aimerai, du Madonna, du Mylène, un peu tout ce qu’on ose uniquement chanter sous sa douche habituellement quoi…

Bon, vous venez chanter avec moi ?

L’album qui RESISTE au temps

L’un des bénéfices des plateformes de musique en streaming Deezer ou Spotify, qui permettent enfin au marché de la musique de retrouver des couleurs, est de retomber sur de vieux albums avec effet Madeleine de Proust immédiat.

C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui avec l’album “Paris, France” de France Gall paru en 1980.

Je l’avais complètement oublié, cet album. Le redécouvrir aujourd’hui m’a replongé directement dans l’année de mes 11 ans. Autant dire que j’ai passé une journée spéciale. Je n’étais pas encore un ado, je découvrais les joies des colonies de vacances, ma sœur me racontait ses histoires d’amour, j’arrivais au collège, je voulais devenir le roi du monde, mes parents se demandaient ce qu’on allait bien pouvoir faire de moi, j’étais timide tendance introverti, je rendais dingue ma prof de piano, je séchais mes cours de judo… C’est tout ça, “Paris, France”, pour moi.

Cet album, tout le monde le connaît, pour une mauvaise raison : l’énorme méga tube qui est resté dans les mémoires collectives, “Il jouait du piano debout”. Inspiré par Jerry Lee Lewis et pas du tout par Elton John comme tout le monde le disait à l’époque, le titre avait tourné tout l’été à la radio, devenant le tube français de l’année.

Je l’avais aimé 2 minutes ce titre, avant que l’overdose ne me gagne. Ce qui m’avait laissé suffisamment de temps pour me faire offrir la cassette. Et de tomber sous le charme de l’intégralité des autres titres.

Ceux qui me connaissent savent ma passion des listes et des classements. J’ai donc passé chaque moment de cerveau disponible aujourd’hui à refaire le classement de mes titres préférés (en dehors de celui que tout le monde connait, donc) :

1. “Plus haut”

J’ai aimé tout de suite cette balade plutôt optimiste qui, à la mort de Michel Berger, prendra une toute autre résonnance. Je regretterai longtemps de ne pas avoir pu voir France Gall interpréter “Plus haut” sur scène, dans l’une de ses nombreuses réorchestration, comme ici à l’Olympia en 1997.

2. “Bébé comme la vie”

Encore un titre qui a pris de la densité au fil des années. Qui rappelle que la vie est courte. “C’est l’heure de dire où suis-je, quel est ce monde là ? C’est fini déjà.” Je me souviens d’un petit sentiment d’urgence qui m’est resté.

3. “Trop grand pour moi”

Un titre assez noir qui m’avait pourtant laissé en mémoire un optimisme dynamisant. C’est plus l’urgence nécessaire pour découvrir un maximum un monde trop grand que la frustration de ne jamais le découvrir ou de me sentir petit et fragile que j’en retiens.

4. “Ma vieille Europe”

Une charge autant qu’une déclaration d’amour au vieux continent qui reste d’une modernité assez incroyable 36 ans plus tard.

5. “Plus d’été”

J’aimais le rythme, la mélodie et, quelle surprise, le sentiment d’urgence absolue qui s’en dégage. La dimension environnementale ne m’avait pas traversé.

6. “La chanteuse qui a tout donné”

C’est la chanson que je chantais devant ma glace. Comme si j’étais un chanteur déjà désabusé, revenu de la gloire, de la scène, du public ingrat.

7. “Parler, parler”

“Parler de tout et de rien, parler de demain matin, même si ça ne change rien, ça fait du bien d’en parler”. C’était tellement pas moi ! Mais j’aimais bien le côté “ça rentre dans la tête et ça n’en sort plus”. Un autre tube de l’album.

“Les moments où j’aime tout le monde” et “La mort douce” sont les 2 seuls titres qui ne m’ont rien évoqué;: sympa, pas dingue, en accéléré sur la cassette qui aura eu du mal à s’en remettre. Et qui a disparu depuis d’ailleurs.

Autant dire que cette redécouverte en streaming m’a ravi. Et m’a rappelé que j’avais très envie de retourner voir la comédie musicale “Résiste” pour son retour à Paris en mai.

En images

Delphine m’a posé des questions dans le cadre de son “Y a pas de secret” et a traduit mes réponses en images. A l’arrivée, un patchwork dans lequel je reconnais assez mes goûts et humeurs du moment, un peu comme un mood board géant. Je sais pas pour vous, mais super agréable à regarder pour moi du coup.

Pour les réponses en version écrite, sur le blog de Delphine, Ladyblogue.

Delphine, je t’emprunte tes images et te remercie pour cet exercice qui flatte parfaitement mon égo 🙂

Reconnecter ses émotions

Récemment, j’ai appris que le cerveau humain était suffisamment bien armé pour opérer une mise à distance lorsque la force des émotions dépasse sa propre capacité à les gérer sans causer des dommages. Un laps de temps plus ou moins long mais nécessaire , lorsque le choc change notre environnement durablement, jusqu’à atteindre un stade de délivrance. Ce sont aussi, plus simplement, ces moments qu’on a tous connus : l’impression de quitter son corps pour s’observer ne rien ressentir. Alors que les larmes devraient couler, la peur devrait nous envahir, le bonheur devrait prendre le dessus…

C’est donc une protection totalement inverse à la sous-pape de sécurité dont la nature nous a doté : on attend d’être prêt pour vivre, à retardement, des émotions trop intenses.

Je dois me rendre à l’évidence : j’ai dû par mégarde atteindre l’âge de la sagesse ultime puisque mon cerveau semble super prêt à vivre toutes les émotions sur le moment, sans décalage et sans protection. Ces 3 dernières semaines se sont chargées de m’en informer.

 

 

Le crash test fin 2015

Presque instinctivement, j’ai pris la décision de rentrer chez moi, inquiet à l’idée de me retrouver enfermé dans le restaurant où je me trouvais pour un rendez-vous professionnel. J’avais juste entendu parler d’explosions étranges au Stade de France et d’une fusillade dans Paris. Il était 21h30 ce 13 novembre et alors que j’approchais de chez moi,  l’ambiance devenait vraiment étrange : de plus en plus de sirènes, des pas de plus en plus rapides autour de moi, j’ai senti monter ce sentiment irrationnel puisqu’il ne reposait alors presque sur rien. Et pourtant, ce battement de coeur qui s’accélère, cette attention décuplée au monde bizarre qui m’entourait, je les reconnaissais. Ce que j’ai ressenti, c’était bien de la peur.

Ce n’est pas l’envie qui m’en manquait, dans la nuit qui a suivi. Mais je ne pouvais décemment pas laisser couler les larmes, alors que j’étais entouré de ceux qui avaient vécu la terreur de beaucoup plus près que moi. Recueillir pour une nuit ceux qui s’étaient retrouvés dans ma rue, à proximité du Bataclan, à la recherche d’un refuge que j’avais signalé comme beaucoup sur Twitter #PorteOuverte avait un prix que je n’avais pas anticipé. Après avoir vérifié que mes proches étaient tous à sain et sauf, il ne me restait plus qu’à retenir mes larmes. Ce n’est que le lendemain matin que j’ai pu enfin pleurer devant ma télé. Et laisser aller toute ma tristesse.

Cette journée là, j’ai ressenti pour la première fois depuis vraiment très très longtemps  un sentiment que j’avais oublié. Que j’ai caché en déclarant mon amour à ceux que j’aime mais qui ne le savent pas toujours. En me disant que ces moments de douleur partagée avait au moins la vertu d’effacer une retenue qui ne sert à rien. Sans jamais être vraiment dupe. Ce sentiment ne ressemblait pas à du partage. J’ai pourtant eu la chance de passer cet après-midi là avec un ami qui est venu se prostrer avec moi devant les images en boucle des chaînes d’info continue, puis la soirée très entouré avec quelques-uns de mes très bons amis. Et pourtant, c’était incontrôlable et abyssal. Cette envie de sentir une tête sur mon épaule, des bras dans lesquels me blottir. C’était terrifiant. C’était tout simplement un extrême solitude.

Je crois dans les 3 semaines qui se sont écoulées avoir vécu en temps réel les 5 premières étapes émotionnelles du deuil telles que Elizabeth Kübler-Ross les a décrites : le déni, la douleur de l’ordre de la culpabilité, la colère, le marchandage, la douleur en attendant la reconstruction et l’acceptation. Le tout percuté par des moments de fierté (plutôt professionnels), de fatigue extrême (infligée par des nuits trop courtes), de bonheur d’être autant entouré, d’exaspération un soir d’élection. Un tourbillon que j’espère pouvoir continuer à gérer.

Moi qui m’inquiétais de ne pleurer que devant un mélo efficace au cinéma, je peux être rassuré. La mise à distance émotionnelle ne me concerne plus. Je ne suis pas complètement sûr à ce stade que ce soit une bonne nouvelle.