Edward aux mains d’argent : magique !

C’était loin d’être gagné d’avance. Un ballet qui se mesure à l’œuvre de mon cinéaste préféré Tim Burton, malgré les bonnes critiques : je redoutais l’ennui. J’ai été en littéralement emporté par la magie d’un spectacle incroyablement inventif et rythmé, porté par la création d’un Matthew Bourne qui mérite définitivement sa réputation. La musique inoubliable de Danny Elfman joue d’autant mieux son rôle qu’elle est jouée par un vrai orchestre, ce qui change des mauvaises bande-son des comédies musicales telles qu’elles sont proposées en France.

Edward aux mains d’argent est inratable, au Châtelet jusqu’au 2 novembre (au milieu d’une tournée mondiale).

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Parfums d’intimité : la révélation Artufel

Hier soir, j’ai vu Parfums d’intimité du dramaturge canadien Michel Tremblay québécois au théatre La Comédia. Et je suis content de l’avoir vu. Pas sur le moment pour être sincère : j’en suis sorti presque épuisé. Peut-être question d’instant et d’envie de légèreté. Je pense surtout que Parfums d’intimité fait partie de ces oeuvres qui s’apprécient avec le recul.

Pour planter le décor et contrairement à ce que pourrait laisser penser l’affiche, autant le dire tout de suite : on n’est pas exactement dans le registre de la comédie mais plutôt celui du tourbillon des sentiments. Deux anciens amants passent une soirée à revenir sur leur relation passée, leurs doutes, leurs angoisses à l’occasion du décès imminent du père de l’un des deux.

La pièce est tenue pendant 1h30 par deux acteurs : Renato Ribeiro et Laurent Artufel. Si le premier devait être moyennement en forme et se vautrait en moyenne sur un mot par phrase, j’ai été vraiment agréablement surpris par la prestation de Laurent Artufel -dont j’ignorais les talents de comédien- dans un rôle complexe. C’est en y regardant de plus près que j’ai découvert qu’avant l’animation (sur Canal, M6 pour le Morning, pink et France 2), Laurent avait appris son métier d’acteur au cours Florent avant d’enchaîner les téléfilms jusqu’à un premier rôle dans le long-métrage King Size en 2007.

Comme systématiquement dans les petits théâtre dorénavant, les spectateurs sont énergiquement invités à faire marcher le bouche à oreille en en parlant autour d’eux et “sur internet, sur les blogs…”. Je n’aurais pas répondu à l’appel hier soir, je le fais aujourd’hui. Allez vous faire un avis. Pour découvrir la pièce à deux avec une place offerte, il suffit de regarder du côté de Facebook. Avant le mois de juillet où la pièce sera jouée au Festival d’Avignon.

Personne n’a prévenu le Festival de Cannes ?

On n’est pas encore arrivés, qui est-ce qui m’a déplacé tous ces photographes pour rien ? C’est beaucoup trop tôt – quoi “y a quand même Cate sur la photo !” ?….

Sinon, rapport aux stars, hier j’ai dîner avec Florence Foresti et quelques amis puisqu’on est quelques-uns à aimer tout ce qu’elle fait (voir les notes de Mathilde, Miss Blablabla, Eric L-tz et très prochainement Blü puisque le mobile est partout dans la pièce). Pour le dîner, on a fait deux équipes, Florence à une table, nous à l’autre, c’est mieux.

Et tout à l’heure j’ai croisé Catherine D. en bas du bureau, ben ça m’a fait plaisir qu’elle m’attende pour partir dans le sud.

Amy Foresti

J’aurai la chance d’assister à la dernière de la pièce l’Abribus mardi prochain (parce que c’est forcément mieux en vrai qu’à la télé) avec la sublime Florence Foresti qui, à l’occasion du parrainage du Festival Juste pour rire, a campé une désopilante Amy Winehouse à la recherche du micro perdu, un peu facile mais tellement drôle.

On notera quand même au passage la performance vocale, juste et en rythme sur un exercice pour le coup pas simple.

Je t’avais dit, tu m’avais dit

Ce que je connaissais de Jean Tardieu m’avait pour être franc laissé un souvenir assez terne, verbeux, inutilement ampoulé, un peu ennuyeux. Le Lucernaire que j’avais rapidement visité il y a longtemps m’avait semblé d’un autre temps, assurément pas le mien.

En assistant hier à la représentation de Je t’avais dit, tu m’avais dit à 21h30, mes appréhensions ont été balayées d’un coup. En enchaînant des morceaux choisis de l’oeuvre de l’auteur, le spectacle profite de plusieurs atouts au premier rang desquels l’incroyable mise en scène de Christophe Luthringer. Un véritable exploit dans un espace aussi petit. Parmi les autres atouts : l’excellent jeu des acteurs sur une série d’exercices pourtant périlleux, le rythme tourbillonnant qui procure la sensation jouissive de ne profiter que du premier niveau de lecture d’un texte qui en recèle beaucoup plus, la musique omniprésente sous différentes formes parfois inattendues et délirantes ou la folie des costumes aux codes couleurs déclinés des chaussures jusqu’aux bonnets de bain.

Je t’avais dit, tu m’avais dit tardieu

Au-delà du quotidien de 3 couples, Je t’avais dit, tu m’avais dit se joue tour à tour de l’incommunicabilité, la quête d’identité, l’infidélité, la passion dévorante, l’intrusion dans l’intimité, la mort, la vie surtout. L’exercice de style relève le génie d’un Tardieu redevenu incroyablement moderne dans son sens de l’absurde et du délire. Il laisse deviner une implication particulière de tous les artistes qu’on pourra vérifier plus tard. 

La salle rouge rénovée et agréablement confortable du Lucernaire participe à faire défiler les 95 minutes du spectacle un peu trop vite. La petite salle incroyablement remplie pour un mercredi soir hivernal est passée de la froideur de circonstance à un bel enthousiasme final devant une bataille de polochon régressive à souhait.

Le restaurant bar du Lucernaire, beaucoup plus grand que dans ma mémoire, accueille vers 23h00 la troupe du spectacle. Le metteur en scène semble ne pas avoir fini de bouillonner d’idées, il raconte le travail -réparti sur 12 mois- de création , les semaines de répétition, les postures de mise en scène abandonnées avant de rejoindre ses acteurs.

L’un des acteurs -Laurent Gérard- prend le relais pour confirmer que le projet est né de l’envie originelle d’un metteur en scène de réunir des acteurs qu’il apprécie. Il relativise la difficulté d’enchaîner tous les jours une “grosse production” (un type dans le genre de Napoléeon au Théâtre Edouard VII) avec une entreprise visiblement plus personnelle. C’est lui qui clôt tous les soirs la pièce en invitant les spectateurs à faire fonctionner le bouche à oreille, dans la vraie vie ou sur Internet. Je réponds à l’appel avec plaisir : laissez-vous (em)porter par le douce folie de Je t’avais dit, tu m’avais dit !