Conduite de changement

Quand j’ai commencé mon métier dans les années 90, le fax venait de débouler, l’écran du mac faisait 12 cm de diagonale, l’unité centrale prenait 3 pièces et l’ensemble faisait un bruit de canard quand on se trompait avec son index malabile. Un autre temps, on l’aura compris. Faire des RP consistait à envoyer par courrier des dossiers de presse qui coutaient très chers aux journalistes, les appeler jusqu’à ce qu’on devienne potes et qu’ils passent nos infos par amitié (je caricature mais à peine). Les jours de fête,  il s’agissait d’organiser des événements quand les publicitaires pensaient à nous mettre 3 miettes de côté pour nous amuser. Il y avait d’un côté le noble corporate, de l’autre la communication de marque et les produits qui allaient avec, gérée de façon très indépendante. Plus de 400 titres dans les kiosques, sans compter les quotidiens rois. Des dizaines d’années que ça durait.

On va s’épargner la liste exhaustive de tout ce qui a changé en 15 ans. Et j’ai assez joué sur la corde ancien combattant. Pour faire court, les RP sont devenues des stratégies d’influence partout imbriquées dans les plans marketing et les stratégies d’entreprise, les médias traditionnels sont en compétition avec des médias plus ou moins alternatifs, web et mobiles, les marques sont invitées à créer leur propre média en éditorialisant leurs actualités. Les consommateurs ont intégré la dimension sociale et responsable des entreprises dans leur comportement d’achat. Les calls center sont dépassés par la prise de parole directs des clients qui deviennent influents sur le web. En un mot : tout a changé. C’est une évidence pour tous.

Même s’il y a encore des progrès à faire, les agences de RP ont fait des efforts pour intégrer ses évolutions, modifiant les organisations, effaçant les frontières entre les disciplines, montant en puissance sur les compétences éditoriales et digitales. Logiquement, les entreprises devraient jouer le rôle de moteur dans ces évolutions.

Or, du côté des entreprises, je vois exactement la même chose qu’il y a 15 ans en face de moi. En 2009, on en est donc encore aux interrogations sur la façon de croiser les organisations RP avec le web, les public affairs, les centres d’appels, les politiques de développement durable, les publics internes, considérés très souvent indépendamment les uns des autres dans les organisations. Evidemment, l’impact est majeur sur la qualité des briefs, la maturité des décideurs sur les approches proposées. De fait, ceci ne concerne pas que les RP, loin s’en faut, mais quand même.

Je dis ça parce que je travaille sur un brief des années 90 bien sûr. Et que la tentation est grande d’y faire une réponse des années 90 avec une couche de media social en option parce que “c’est important le web”. Une mauvaise réponse qui sera mieux comprise qu’une réponse moderne. Le tout dans un périmètre budgétaire très inférieur à ce qu’il aurait été dans ces mêmes années 90. Ca altère l’humeur, vous comprenez.

Parmi de multiples autres choses, je pense que la sortie de crise aura cet avantage de donner l’opportunité de repenser les organisations avant de restaffer. L’enjeu des boites de conseil sera de convaincre de la nécessité de casser des modèles pour en inventer de nouveaux. D’amener vers ce qui fait le plus peur : l’inconnu. Mais après plusieurs mois de pilotage à vue, peut-être la peur se sera adoucie. Peut-être devons-nous prendre les clés de notre destin en main.

Même s’il a un prix, je crois au combat qui consiste à rappeler la valeur de ce qu’on fait, de la séniorité des équipes, de notre mission pédagogique, de la profondeur des expertises. Je crois qu’il ne faut pas tout accepter parce que c’est la crise, qu’il faut peut-être faire des sacrifices pour dire non. Aussi parce qu’on se souvient du résultat, de la qualité de la production, jamais du contexte dans lequel ça s’est produit.

Il est temps de participer à la conduite du changement dont le succès conditionne le périmètre dans lequel je travaillerai, nous travaillerons tous, dans les années qui viennent.

17 Replies to “Conduite de changement”

  1. eh bien ça fait du bien de lire ça ici . Je me doute que ça passait limite sur le blog de PR mais bon 😉

  2. une vision quasi humaniste de la société du changement, j’apprécie “ta vision pédagogique” qui est trop souvent oubliée ou délaissée dans la monde du travail.

  3. oui ca fait du bien de lire …meme un dimanche ou le taux record de vacanciers bat son plein avec 880 km de bouchons, dont beaucoup ds ma region d’aquitaine…
    la province donc…
    bah figure eric que “en province” on passe notre temps a essayer de faire comprendre les mutations, les outils numériques et toute la nouvelle economie .. a des gens qui sont encore au fax et qui croit que tout ca est virtuel donc nexiste pas…
    et que crois tu que je ressente moi (et dautres ici), genre grand ecart qd je lis tout ce que vous faites a paris, … et nous ici comment faut arriver a traduire ca en choses abordables
    ….
    je suis a peu pres la seule a bordeaux a parler de relations publiques interactives, et suis regardee des travers par les agences de rp et par les agens internet dinformaticiens….
    … et je parle pas des budgets

    je parle pas non plus des blogueurs qui cassent aussi la branche de la poule aux oeufs d’or en faisant nimporte quoi et en decrebilisant ce quon peut faire avec un blog de marque, .. tout ca parsk des agences parisiennes flattent leur ego “dinfluenceurs” et tutti quanti d’argent qui circule sur des voies de traverse….
    bref !
    on aurait largement de quoi en discuter,
    grands ecarts et difficultes a mettre tout le monde ds le train de lavenir, à peu pres a la meme vitesse,…
    et donc
    oui ca fait du bien de penser que
    MEME toi
    tu as des reflexions comme ca
    on se sent moins seule!

    (et sinon comme jaiqq annees de plus que toi, qd je suis sortie du celsa en 86 pour faire des rp, je peux te dire que jai meme passe des telex pour faire des invitations presse … sans parler des ektas livrees en coursiers ds paris, et les voyages en concorde pour le lancement dune glace a vienne et tutti quanti de conneries dispendieuses…!!!!!!!!!!!)

  4. on peut trouver une liste de tous les dirigeants d’entreprise de France et de Navarre et faire passer le lien ? -:)

  5. Super ton billet.

    Pour moi, le début, c’était milieu des années 90.

    L’un de mes premiers clients était le Nasdaq. Le marché que personne ne connaissait à l’époque. Je recevais les communiqués par fax des US. Si c’était pertinent, je faxais à un traducteur qui me renvoyait (au mieux le lendemain) une disquette par coursier. Ensuite, une fois le texte retravaillé et épuré de tous les superlatifs dont usaient et abusaient les ricains, soit je faxais soit j’envoyais par courrier.

    Aujourd’hui à la com d’une grosse boîte du Net, tout est bien bien différent. Pour certaines grosses annonces, j’ai tout juste le temps de résumer en 140 caractères et de passez quelques coups de fil. Car heureusement, le téléphone lui n’a pas changé. Ah si, il est devenu mobile.

    Ces évolutions permanentes ont ceci de bon qu’elles nous poussent à nous remettre en question à chaque instant. C’est sans doute aussi pour cela que la fonction est de plus en plus (mieux en mieux) reconnue par les dirigeants des entreprises.

    D’ailleurs, y’a que la com qui bosse en ce moment, non ? 😉

  6. Matoo > tu te le notes bien au cas où t’aurais un brief à faire hein
    pocarles > l’image désertée du mois d’août est très surfaite, regarde nous 😉
    Benoit > je parle d’un temps qu’on a bien connu ensemble !
    nicolas > la pédagogie, j’ai l’impression que ça a été la plus grande partie de mon activité en 15 ans
    helenefrebourg > je ne parle pas que de l’interactif mais je sais que le sujet est loin d’être uniquement parisien
    Lancelot > ça se paiera
    Phileas > ils auraient tous l’impression qu’on parle du voisin…
    cpe > ah, les traductions sur disquettes ! Que de souvenirs
    MonsieurDream > tu feras gaffe, tu viens de commenter une note sans image ni vidéo. Sinon, interdiction absolue d’indiquer ta date de naissance ici.
    François > salut !

  7. Putain je reviens de vacances et je vois que tu as publié pleins de trucs top pendant ces 2 semaines !
    Bravo monsieur !

  8. J’avais bien entedu zappé cette note pour cause d’exil breton… mais p… que ça fait du bien. ça a tellement changé que même les PR se mettent à faire de l’évangélisation pour les cabinets de conseil 😉 Excellent ça !
    Ce qui m’inquiète c’est que tu évoques une sortie de crise, comme si cela allait se produire de soi. C’est ce que pensent beaucoup d’entreprises, et je parle en connaissance de cause, luttant chaque jour avec mes petits poings serrés de rage contre l’immobilisme attentiste…
    Je suis plutôt partisan d’une éventuelle sortie de crise de la part des entreprises qui auront compris que cela a changé, mais les décideurs qui prendront le risque de l’inconnu sont encore trop rares. Pour l’instant, malheureusement, la période est encore au “on serre les dents” (ou les coudes, voire les fesses) et on attend que ça passe, dans une position autruchienne du plus bel effet…

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