Facebook, j’ai un truc à te dire.

Seuls deux ou trois détails m’empêchent de te quitter, Facebook (et l’intégralité des médias sociaux au passage mais je peux pas parler à tout le monde en même temps, Twitter et Instagram, prenez le aussi pour vous, ça ira plus vite).

Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque (régulièrement) de te plaquer là comme ça, d’un coup, sans dire un mot, après 8 ans de vie commune. Tu sais déjà pourquoi, mais puisqu’il faut être explicite, allons-y. Ce ne sera plus à faire le jour où je me serai affranchi de ces quelques détails qui me retiennent.

D’abord, tu me fais croire toute la journée, à coup de likes et signaux de fumée, que plein de gens m’aiment, s’intéressent à tout ce qui se passe dans ma vie. Une vie dont je ne montre évidemment que le plus réjouissant. Comme tous mes petits camarades le font. Au point d’ailleurs de finir par penser, ensemble, qu’un bon moment de vie ne vaut vraiment que s’il a été partagé sur Facebook.

Je crois prendre de vraies nouvelles en parcourant les statuts de mes “contacts”, je sors d’ailleurs du petit tour du lundi matin qui me fait penser qu’ils se sont tous sacrément éclatés ce week-end. Moi aussi j’ai passé un super week-end mais je ne l’ai pas dit sur Facebook, ça doit cacher quelque chose. Mais comment honnêtement cacher le plaisir que je prends à parcourir vos instants de vie ?

Pire, tu me laisses imaginer artificiellement que je donne des nouvelles aux gens que j’aime en commentant leurs statuts. Ca m’éviterait quasiment de décrocher mon téléphone. La facilité dans ce qu’elle a de pire en somme. Moi qui essaie chaque jour un peu plus de dire aux gens que j’aime que je les aime, comment un coeur sous un statut ou un “bon anniversaire” en public pourrait y suffire ?

Facebook, tu n’es évidemment pas la cause des maux, seulement le cristallisateur de l’exercice permanent de nos propres dérives. Il en faut une force de caractère pour ne pas nourrir ce pic d’intérêt en likes et commentaires que mes amis m’octroient au premier selfie venu. Je ne comprends pas moi-même cette tendance que j’ai à liker  les selfies de mes amis. On s’entraîne mutuellement à nous exposer, jusqu’à l’overdose. De quoi transformer nos images numériques en représentation “sublimée” de soi-même. Être vu n’était pas un moteur quotidien, ça le devient, malgré nous (ok, ton copain Instagram a un peu accéléré le processus mais tu l’as racheté, c’est dire).

Dans les moments moins joyeux, le nombre de notifications que tu fais clignoter sur mon téléphone devient un masque à oxygène toxique, un fil barbelé qui retient mal à la vie sociale. En m’indiquant bien à quel point, si je disparais un peu, je suis oublié à une vitesse record.

Alors Facebook, je veux que tu saches que si je ne te quitte pas, c’est parce que mon travail m’oblige à être là. Ce qui fait tout de même un gros détail.

Je n’oublie pas les bénéfices collatéraux. Les quelques amis éloignés que j’aurais perdu de vue sans toi. Les petits miracles de vrais échanges ponctuels que nous n’aurions jamais eu sans toi. La facilité que tu offres pour rentrer en contacts avec un auteur que j’ai aimé lire ou un anthropologue que je rêve de rencontrer (Et Madonna aussi hein même si je suis pas sûr à 100% que ce soit elle qui me réponde ahah).

Je n’oublie pas non plus que je déteste ce que tu fais de moi, ce que tu fais de nous.

23 Replies to “Facebook, j’ai un truc à te dire.”

  1. Tu reproches à Facebook d’être … ce qu’il est 😆 bon, mais au final, peut être que juste couper les notifications, et y aller uniquement quand on veut y aller, peut adoucir tous les maux qu’il cause et prendre du recul pour réapprendre à l’apprécier … pour ce qu’il est 💡

  2. Saloperie de réseau social qui capte aussi toutes les interactions… si tu publies pas ton article sur Fb ou autres, plus de commentaires / d’interactions / d’échanges. Bref, Facebook / Twitter / Instagram, à user avec modération… Mais moi je te lis toujours ici !! 😉 (vive les flux rss et le bon vieux netvibes !)

  3. Je suis super fan, très bien écrit et tellement dans ma pensée en ce moment. Mais réseau taff oblige. Bravo

  4. 😉 alors oui sur.tout mais une.nuance de beau…partager avec certains reseaux pr ma.part fb amis famille et linkedin pr.le.Pro me permettent de garder ce lien dont la.vie de dingue aujourd’hui nous prive. Plus le.tps…mais prenons.le.vraiment….he oui. En tt cas vraiment agreable de vous lire Eric et merci de cette clairvoyance….qui fait echo.

  5. Pas pire, pas mieux. Et nous avons eu la chance de ne pas être nés avec, imagine ceux qui tombent dedans tout petit. Pffff. :-/

  6. Je pense qu’on arrive au moment de la fin de la gueule de bois, ce dimanche soir seul après avoir nettoyé le salon.
    On se dit que tout ça ne nous apporte finalement pas grand chose, une dose et un repart aussi bas qu’avant. C’est assez général, à mon avis, un sentiment de l’incertitude du futur, de ne pas être sûr de ce qui devrait faire notre bonheur, et de comment l’attraper au quotidien. Et Facebook (et les autres), on s’en lasse car on se rend compte que ce n’est effectivement pas la vraie vie que l’on voudrait, et on n’arrive pas pour autant à l’avoir. On voudrait faire un câlin à quelqu’un, mais on ne le peut pas physiquement, alors on utilise un substitut en imaginant qu’il est partagé. Il y aurait tellement à dire… On touche peut-être du doigt la dépression numérique, en somme.

  7. En tout cas, moi, ça me fait bien plaisir de vous lire ici, chez moi. Ca faisait longtemps 🙂

  8. Mathilde voulait parler, mon blog n’a pas voulu. Je la venge :
    Le docu “digital detox” de C+ (bien que racoleur et un peu trop démago) était intéressant au moins pour sa conclusion : les réseaux sociaux (et la version numérique et sur-exposée de nous) sont bénéfiques à 10/15% max. Le reste s’approche du barbelé dont tu parles.

    Je partage ton analyse, et aussi l’impression d’une incapacité à revenir totalement en arrière.
    Je crois que “savoir” est déjà un bon endroit pour commencer à aménager le temps et l’espace qu’on octroie à ces univers parallèles et ainsi gérer les éventuelles toxicités qui vont avec.

    <3 "

  9. Eric, personne ne t’empêche une utilisation modérée 😉
    Et moi qui suis loin géographiquement et loin d’être une tes proches je suis toujours contente de voir ta jolie bobine sur ma TL.
    Est-ce que tu voyais plus tes amis avant FB ? Est-ce que tu les appelais davantage ? Est-ce que tu envoyais des cartes d’anniversaires ? des cartes postales ?
    Personnellement, je crois que les réseaux sociaux peuvent aussi nous rendre plus sociables 😉
    Sur ce, comme toujours je like ton billet !

  10. Ça fait longtemps que je n’étais pas venu chez toi. C’est joliment écrit chez toi. Et puis zut, j’y suis venu ce soir en cette heure indue grâce à FB 🙂 bisoussssss

  11. Oui pareil mais enfin non…

    Tu fais partie de mes “amis” Facebook.
    On est amis d’amis d’amis. Ca peut paraître un peu dilué.
    On sait ce qui peut être fake ou pas, mais les règles du jeu sont acceptées.
    Pour ma part j’ai toujours plaisir à te lire, à avoir des nouvelles.
    Je n’ai pas d’inquiétude pour savoir si la réciproque est vraie, c’est un truc léger. Que des bénéfices.
    Tu fais partie des “bons” qui bloguent encore, chez toi. Et donc chez qui commenter est une sorte de marque d’attention et de respect (sans commune mesure avec un Like ou Comment FB).
    Je trouve cela sociable, amical, souriant (je n’ai pas voulu voir de barbelé).

    Peut être que la manière de voir/vivre les choses change tout ?

    Bise

  12. C’est de saison, c’est la déprime passagère qui nous saisit souvent au printemps, quand Noël et les retrouvailles “en vrai” sont loin derrière nous…
    Plus sérieusement, je ne crois pas que Facebook ait fait quoi que ce soit de nous. Je n’aime pas pour autant ce que nous sommes devenus, mais aurions nous fait de Facebook ce qu’il est s’il n’arrangeait pas ceux que nous sommes ? hashtag instant philo.
    Perso, je n’aime pas le téléphone. Mais alors pas du tout du tout du tout, j’ai même écrit un billet à ce sujet, il y a fooooort longtemps, à l’époque où mon blog survivait encore. Ma mère m’envoie des mails ou des sms, je ne crois pas avoir entendu la voix de mon mari depuis plusieurs mois (en revanche, nous échangeons toute la journée en chat via Hangouts, et ce depuis plusieurs années, tellement qu’à l’époque, nous utilisions ICQ, pour te dire !). Je suis certaine de ne pas utiliser plus de 3 minutes chaque mois sur mon forfait voix pourtant illimité, c’est pour dire !
    Facebook, Twitter et les autres me permettent la communication asynchrone qui m’est chère avec ceux qui comptent. Ma meilleure amie, partie vivre à Bordeaux, me salue généralement sur mon premier statut du matin, et je vois grandir ses filles, tout comme j’ai l’impression de faire partie, un peu, de la vie de cousins suédois éloignés avec lesquels je n’aurais aucun rapport sans Facebook.
    La tribu s’élargit, je fais des rencontres formidables, je découvre un peu ‘mieux’ des gens croisés au détour du web (toi par exemple), sans jamais perdre de vue que je ne vois que ce qu’ils veulent bien laisser voir, comme je le fais moi-même, sans jamais oublier qu’en cas de coup dur, ce ne sera pas là que je viendrais chercher de l’aide… Quoi que.

  13. Je comprends ces points de vue. Je fais un focus sur un impact que je n’aime pas et passe très vite sur les bénéfices, volontairement, alors qu’ils ont sans doute un poids égal pour moi. Disons que c’est un angle. Et c’est vrai que la valeur d’un commentaire ici est sans commune mesure avec un like 🙂

  14. Mouais…. avec 2125 amis, un blog, un compte twitter et insta bien remplis, faut dire aussi que tu nourris l’addiction et donc la déception. Perso en 8 ans, j’ai soigneusement nettoyé chaque trimestre ce réseau et avec aujourd’hui 62 amis seulement sur Facebook, je profite d’une relation saine et mature qui me pique pas les yeux à chaque élection par exemple et ne nourris pas ma vie sociale, bref où l’overdose n’a plus place… faut essayer, je te jure. Et encore j’y suis aussi parce que mon travail m’y oblige mais personne ne force -même le plus brillant des RP- a rentrer dans cette course effrenée -et dangeureuse- aux likes. Pas plus qu’à partager uniquement les moments joyeux, non je crois que cet outil s’adapte à l’usage qu’on veut bien lui donner en fait.. Un peu comme le téléphonne ou un billet de blog 😉

  15. Certes mais quand je dis que mon travail “m’oblige” à y être, c’est lié à ce que l’usage intensif des médias sociaux rapporte (en nombre de followers sur Twitter, en densité d’interactions sur Facebook…). Y être “un peu” n’est pas vraiment une option, malheureusement.

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