La révolution des espaces communautaires en marche

On a souvent lu dans la presse, en filigrane depuis quelques mois, que si l’année 2005 avait été celle du blog, l’année 2006 était celle du Podcast. C’était un raccourci qui participait d’une vision totalement étriquée, celle-là même qui a oublié allègrement le rôle joué par les forums (plus anciens que les blogs et toujours aussi actifs), qui s’intéressait davantage au concept marketing fumeux du Web 2.0 qu’à la vraie révolution qui se mettait en place sous nos yeux. Résumer cette révolution “espaces communautaires” reste réducteur mais se rapproche de la réalité. En fait, il s’agit d’espaces sur le net, accessibles à tous et en utilisant de multiples supports, regroupant des informations en visant selon les cas 3 grands types d’objectifs : 

  • Mettre en relation les individus au sein de communautés (les réseaux sociaux -social networking-, sites communautaires, forums ou autres Skyblogs…),
  • Permettre à chacun de se forger une identité et et accéder à toutes ses infos en ligne de façon centralisée (myYahoo, msn spaces, myGoogle, netvibes…)
  • Donner à tous la possibilité de créer du contenu, voir de le cocréer et de le partager (l’américain YouTube, le français Dailymotion, Podemus…).

Dès lors, blogs, podcast et web 2.0 ne font que contribuer à une révolution en marche.

Wat.tv Myspace

Quelques jours après l’annonce du lancement de MySpace en France (et en Europe) et alors que TF1 vient de lancer son site communautaire WAT (wat.tv), j’utilise la fonction bloc-note de mon blog pour remettre à jour un état des lieux déjà effleuré il y a quelques mois, ici ou .

L’implantation et l’évolution de MySpace et WAT en France constitueront d’excellents indicateurs de la maturité (pré-supposée élevée) des français à cette révolution sociale et culturelle. Révolution que les entreprises ne peuvent ignorer sous peine de passer complétement à côté des générations les plus jeunes.

wat.tv, c’est quoi ? : Acronyme de “We Are Talented” et précédemment annoncé sous le nom de code le.buzz, WAT est un site communautaire ouvert à tous les talents : musiciens, réalisateurs, reporters, dessinateurs, graphistes, photographes, écrivains etc. Il s’adresse à tous ceux qui produisent du son, de la vidéo, des images ou du texte et qui veulent les partager. La vocation du site est d’offrir à des artistes de tous les horizons la visibilité et la promotion dont ils ne bénéficient pas ailleurs. La communauté joue un rôle actif dans la mise en avant des artistes. En effet, c’est en laissant des commentaires, en les plébiscitant, ou en notant les œuvres, que les internautes vont attirer l’attention sur leurs artistes favoris. Les meilleurs contenus sélectionnés par la communauté sont mis en avant dans les différentes rubriques thématisées du site et tout particulièrement sur la Home Page. Pour donner une véritable chance à tous les artistes, l’équipe de WAT valorisera également certains artistes de son choix.

Multi support, la plateforme est évidemment accessible depuis un téléphone mobile et vise en priorité les 15–24 ans. Over-blog (le groupe entre à 20% dans le capital), le phénomène français Dailymotion et Skype sont partenaires technologiques, la régie publicitaire de TF1 commercialise les pages du site concept. A noter que TF1 a préféré bâtir sa propre plateforme plutôt que d’investir dans une plateforme existante comme l’a fait Murdoch (voir plus bas), ce qui démontre les enjeux stratégiques pour le groupe qui met en oeuvre créativité et réactivité. Une évolution est d’ores et déjà prévue en septembre, avec le lancement d’une chaîne de télévision nativement conçue pour s’adapter à la taille d’écran d’un téléphone mobile.

Autrement dit, c’est bien le troisième objectif (en plein dans la tendance du consommaCteur) qui est visé. WAT est un dénicheur de talent et concrétise au passage à la fois le principe de la long tail et de la Co-création avec l’impact sur les marques et les entreprises qui va avec : les consommateurs ont pris le pouvoir pour créer à la fois les contenus et l’offre (au moins culturelle) qui leur convient le mieux. Ceci laisse entrevoir la mutation nécessaire de certaines grandes entreprises, pas qu’à un niveau marketing.

Le recul de la presse sur le sujet reste à mon avis à optimiser, mais l’annonce a évidemment été largement relayée par exemple par ZDnet, Le monde ou, parmi les analyses les plus approximatives, l’Expansion.

Myspace, c’est quoi ? : c’est une plateforme communautaire, c’est-à-dire un site Web qui permet aux internautes de créer leurs blogs mais aussi et surtout, dans le cas de MySpace, de dialoguer par messagerie instantanée avec d’autres abonnés, de jouer en ligne, de diffuser des photos et des vidéos et même de partager ses goûts musicaux en faisant écouter sa musique à ses amis. Grâce à cela, MySpace est devenu de manière indirecte l’un des meilleurs espaces de découverte et de promotion de jeunes artistes aux Etats-Unis. Il a notamment contribué au succès du groupe Artic Monkeys, ce groupe de très jeunes anglais qui s’est fait connaître uniquement sur Internet. Aujourd’hui, des groupes diffusent eux-mêmes délibérément leur musique sur MySpace pour tenter de trouver un public.

Racheté en 2005 par News Corp (Murdoch) pour la modique somme de 580 millions de dollars, MySpace a de quoi séduire avec ses 86 millions d’utilisateurs, en augmentation quotidienne de 250.000 et son classement au top 10 des sites les plus visités aux US.

Une déclinaison européenne misant sur une vraie localisation a été annoncée le 19 juin dernier dans le Financial Times. La France est parmi les premiers pays visés, à priori dès septembre, juste après l’Angleterre. Voir également cet article qui définit MySpace comme “la nouvelle génération de mobile, d’email interactif, de Google../… un moyen de rencontrer de nouvelles personnes.

MySpace est beaucoup comparé à Skyblogs dans la presse (voir Le Figaro qui en  faisait déjà cette comparaison le 22 juin ou le JDN). Sans remettre en cause l’extraordinaire succès de Skyblogs (il n’y a qu’à voir en temps réel sur la homepage les fréquences de créations de blogs, de mise à jour d’”articles” et commentaires), il me semble que Clubic est plus pertinent en précisant que “MySpace est bien plus généraliste que Skyblog et la cible des deux sites n’est peut-être pas exactement la même”, même si le niveau de concurrence est indéniable.

MySpace me semble viser directement les 3 objectifs même si la dimension communautaire est mise en avant.

Concurrence ou complémentarité ? : les prochains mois nous le diront. L’intérêt des annonceurs pour ses plateformes sera forcément un élément à suivre pour jauger la prise de conscience du phénomène par les entreprises.

5 réponses sur “La révolution des espaces communautaires en marche”

  1. Très bonne note, Eric !
    J’étais invité par TF1 à la prés de WAT.tv, mais je n’aurais pas fait mieux si j’avais pu m’y rendre.

  2. j’étais à la présentation de TF1 le mercredi matin. Ce qui m’étonne c’est qu’on passe du « MY »-space, au « WE »-are talented… et effectivement le site ne propose pas de personnalisation pour le moment! J’ai l’impression que la vraie tendance de fond arrivera plutôt du côté des services de déportalisation (Widgets, toolbar et portail type Netvibes). Services d’ailleurs qui n’ont pas finit leur mutation… A suivre!

  3. Bon, OK, je suis tout vieux.

    Enfin, j’ai plutôt pris un gros coup de vieux la semaine dernière.

    C’est la couv’ de Wired qui m’y a incité : j’ai _vraiment_ découvert MySpace, c’est à dire que j’y ai passé un peu temps. Et mon souci, c’est que outre ses fonctionnalités communautaires pas particulièrement intéressantes par rapport à ce qui se fait déjà un peu partout, c’est atrocement moche et pas ergonomique pour deux sous.

    Ceci dit, c’est probablement
    moi qui suit complètement largué !

  4. Sylvie > Pas mal de défaut sur cette plateforme mais son évolutivité ne fait pas de doute pour moi. Je te suis sur la deportalisation….
    Alav > Son succès relève des mêmes mystères que les messenger msn… Mais son succès est incontestable dans le monde !

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