Pourquoi un congé sabbatique ?

Ce qui m’a surpris à l’annonce de mon congé sabbatique, c’est la réaction de mon entourage. Je m’attendais à des objections : un break à presque 50 ans pour ne se consacrer qu’à sa vie et ses projets personnels, avec dans l’équation une vie loin de Paris. Forcément, il allait falloir argumenter, justifier, rassurer parfois. Je n’ai finalement pas eu à expliquer. Si je m’apprête à le faire ici, ce n’est donc sans doute que pour moi, même si ça peut au passage répondre aux questions que je reçois régulièrement concernant ma situation. Et pour partager quelques premiers enseignements, plus ou moins avouables.
 
 
Tellement simple à annoncer
 
Dans l’univers pro (clients, collègues, équipes, partenaires…), j’ai eu cette sensation étrange d’annoncer mon départ en congé de maternité à venir ! Les félicitations spontanées, exprimées au travers d’un “tu as tellement raison !” plein d’envie n’empêchaient pas de lire dans les yeux de petites inquiétudes. Les implications de mon absence remontaient, en temps réel. Je ne doutais pas qu’elles seraient bien vite oubliées, elles m’ont donc fait sourire même s’ils fallait les gérer sur le moment. Ca a été au final l’occasion de profiter de pas mal de commentaires agréables à entendre et réconfortants.
 
Dans ma famille, je pense que c’était dans la droite ligne des décisions bizarres que j’ai prises toute ma vie, notamment dans ma “carrière”. J’avais commencé en quittant un job en CDI en agence à 24 ans pour débuter un stage non rémunéré chez Kodak, un an après avoir choisi de faire l’armée sur le terrain plutôt que planqué au service de com. C’était donc une décision de plus à mettre dans la liste “on comprend pas, mais si ça le rend heureux…”.
 
Avec mes amis, les réactions ont toutes été touchantes, encourageantes, galvanisantes. Les raisons semblaient évidentes, j’ai eu assez peu à les expliquer. Tous ceux qui compte ont immédiatement atteint ce subtil équilibre entre “on est un peu triste, tu vas nous manquer” et “on ferait comme toi à ta place, bravo !”. S’il me fallait une occasion supplémentaire de me rappeler de la chance que j’ai d’être entouré de tant de bienveillance, j’aurais sans doute choisi celle là.
 
Tout en m’encourageant, beaucoup m’ont félicité pour mon courage. Je ne suis pas sûr de bien voir où est le courage. J’ai toujours répondu que c’était un cadeau que je m’offrais, pas du tout un acte de bravoure.
 
 
Les raisons évidentes… et les autres
 
J’ai passé 25 ans à travailler sans interruption, beaucoup, trop. Dans un métier qui ne permet pas réellement de décrocher, ni le soir, ni en week-end, ni en vacances. Ce job qui, quand il implique une com de crise ou un gros événement, peut même extraire de sa propre vie pendant plusieurs mois. Ce rythme était compliqué à rendre inaperçu auprès de mon entourage. On m’a beaucoup invité à travailler moins, ne pas m’oublier, je l’entendais mais n’en étais pas vraiment capable. J’admire ceux qui, dans le même champs professionnel, réussissent à ne pas checker leur boite email toutes les 10 minutes, évitent de plonger compulsivement sur leur portable à chaque notification. J’ai essayé sans succès et mes amis pardonnant toujours mes absences, y compris quand j’étais physiquement présent, ne m’y ont finalement pas forcé. J’aurais pu continuer longtemps puisque j’aime mon métier mais le besoin de faire une pause dans un rythme de vie un peu dense n’a pas vraiment surpris.
 
 
En 2009, j’ai vécu un épisode de vie pas très sympa. Je me suis fait une promesse à cette époque : m’offrir le cadeau de profiter réellement de ma vie, de préférence avant mes 50 ans. Je savais que ce ne serait pas en décrochant quelques semaines seulement.
J’ai aussi redouté le moment où, la tête dans le guidon, je finirais pas être moins performant dans mon métier en perdant ce qu’il nécessite de connexion au monde, aux tendances profondes, à la pop culture, aux soubresauts du marché de la com. Mais il fallait aussi cultiver une capacité d’engagement sur tous les sujets, sans exception. Une exigence pour soi mais également pour entraîner des équipes, une organisation, un système parfois. J’ai senti les signes avant-coureurs d’une lassitude il y a quelques mois, moins excité par un brief, plus résigné face à une décision client qui ne me paraissait pas la bonne, moins engagé dans une discussion où il fallait convaincre. Une sensation très ponctuelle mais bien présente.
Et enfin, j’ai construit une vie de célibataire sans enfant dans laquelle je m’épanouis mais dont je ne profite pas complètement si elle ne me permet pas de mener des projets personnels auxquels je tiens. Une pièce de théâtre à monter et un bouquin à écrire étaient en tête de liste. Tout était en place pour tirer complètement parti de ma situation.
 
Les attentats de 2015, quasiment au bout de ma rue avec l’effet traumatique qu’on a à peu près tous connu, m’ont convaincu que ce serait l’occasion de vivre ailleurs qu’à Paris cette expérience.
 
L’inverse d’un coup de tête
 
Je n’ai jamais pensé qu’une telle décision s’organiserait paisiblement dans la précipitation, 3 mois avant de la mettre en oeuvre. C’est donc en juillet 2016 que j’ai décidé de m’arrêter 2 ans plus tard, très exactement en juillet 2018. Ce qui m’a laissé le temps de gérer les annonces autour de moi avec la préparation qu’elle nécessitait parfois. J’ai également pu réfléchir concrètement au format qui me correspondrait le mieux, format dont je n’avais alors aucune idée. Gérer mes propres craintes faisait partie du processus : est-ce que mon boulot n’allait pas trop me manquer ? Allais-je décrocher facilement ? Fallait-il trouver une autre activité pour être sûr de ne pas m’ennuyer ? Mes projets personnels me stimuleraient-ils suffisamment ? Allais-je rester connecté ou décrocher également sur les réseaux sociaux ?…
 
Anticiper une période probable sans salaire n’était pas le moindre des sujets. J’ai donc commencé à mettre de l’argent de côté en même temps que je réfléchissais, en réduisant assez drastiquement mon niveau de vie.
 
J’ai apporté une réponse à chacune de ces questions au cours des 2 ans. Sans aucune certitude, jamais, mais en me nourrissant des conseils de ceux qui l’avaient expérimenté, j’évitais de quitter une rive sans aucune idée de ce que je voulais trouver sur le chemin de l’autre rive à réinventer.
 
J’ai donc pensé un format de congé sabbatique de 11 mois pour me laisser le temps d’une vraie expérience. Les 4 premiers mois ne seraient consacrés à rien d’autre que de profiter, mener mes propres projets, sans aucune projection sur le futur. Je partirais vivre à l’étranger pour me réveiller, la destination serait Lisbonne : une ville coup de coeur avec un climat digne de Los Angeles dans le quasi même fuseau horaire et à 2h30 de Paris, un mode de vie à la fois très différent mais avec cette caractéristique d’une capitale dynamique proche de la mer, un coût de la vie intéressant (sauf le logement désormais aux prix parisiens). Cette envie d’ailleurs serait financée par mon appart parisien en Airb&b, il a fallu me faire violence sur ce point là.
 
 
Ce qui fonctionne jusque là… et le reste
 
Ce qui fonctionne le mieux est que je suis heureux ! J’ai découvert l’absence de charge mentale, le bénéfice de nuits de 8 heures de sommeil, ce que consacrer un temps de qualité à chaque moment signifie, calibrer mieux ce qui est important et ce qui l’est moins.
 
J’ai à peu près suivi la feuille de route que je m’étais fixée. A part un détour imprévu de 2 semaines à Los Angeles grâce à Air France (des billets à 350 Euros !) et à mes amis qui m’ont entraîné sans grande difficulté. Pour le reste, après 3 mois à Paris à profiter de mes amis et à faire du bénévolat sur des événements, je suis à Lisbonne pour quelques semaines, j’écris, je fais du sport tous les jours, j’y découvre la vie quotidienne, de nouvelles habitudes. Je reste super nul en portugais pour une raison indépendante de ma volonté : on me répond en français à chaque fois que j’essaie !
 
J’ai décroché de mon rythme précédent en environ une nuit. Le fait d’avoir mûri le projet pendant 2 ans a forcément joué. Dire que le rythme apocalyptique que j’ai connu ne me manque pas est un euphémisme.
 
 
Grâce à mes projets et à l’écriture, je n’ai pas le sentiment d’endormir mes neurones, bien au contraire. Je suis stimulé chaque jour dans une ville que je dois apprivoiser, avec en toile de fond l’exercice quotidien de la création par les mots. Sur les deux sujets, le chemin est plus important que la destination, sans aucun doute. Quand au théâtre, chaque jour me confirme que c’est un univers où la patience est une qualité à cultiver, ce qui ne me fait pas de mal… J’écrirai sur le sujet quand une échéance concrète se profilera.
 
J’ai en revanche transformé un déménagement à Lisbonne en une vie partagée entre Lisbonne et Paris. Parce que se loger à Lisbonne est une tannée, parce qu’on m’annonce des mois de décembre et janvier pluvieux pas si agréable que ça, parce que je veux être là si ma famille a besoin de moi, parce qu’il est assez vite apparu que Paris resterait ma ville de cœur, parce que même s’ils allaient venir me voir facilement, mes amis allaient me manquer.
 
Le dernier point que je dois m’avouer est que la confirmation par l’expérience de l’adage “personne n’est irremplaçable” n’a pas toujours été simple à gérer. Je savais que je ne manquerais pas dans mon univers professionnel, qu’on ne viendrait pas tellement me chercher, je ne peux que confirmer. Mis à part quelques jolis projets venus d’amis (pour lesquels je joue en général le coach), les seules propositions qui arrivent spontanément sont celles d’influenceurs qui ont besoin d’aide pour gérer leur relation aux marques, d’étudiants et organisateurs d’événements qui me demandent une intervention. Ca m’a perturbé les premières semaines même si je n’ai jamais compté sur ça. Ce n’est plus un sujet aujourd’hui.
 
La seule décision sur laquelle j’avais décidé de ne pas statuer était celle de ma relation aux médias sociaux. Près de 4 mois après le début de ma pause, il est clair que j’en tire plus de bénéfices que de contraintes : je garde un lien avec mes amis via les moments du quotidien partagés en stories sur Instagram, je me tiens à l’affût du monde qui m’entoure sur Twitter, je ne sais pas quoi faire de Facebook (mais ça c’est pas nouveau hein).
 
J’ai déjà quelques intuitions pour la suite. Garder du temps pour moi sera au coeur de la réflexion, c’est sûr.
 
Pour le reste, tout peut encore changer. Rendez-vous dans 7 mois ?
 

Busy week

En une semaine de retour à Paris, un gros programme qui passe par des événements de marques et quelques expériences plus personnelles. Retour sur une quasi dernière semaine dans la capitale où je me suis glissé dans la peau d’un influenceur digital (et mesuré leurs enjeux de gestion d’agenda).

Lundi 1er octobre

A force de voir des Instagrammeurs y passer, l’électro-stimulation  commençait à m’intriguer. C’est chez Body Hit Batignoles et dans une bonne humeur communicative grâce à l’équipe que j’ai joué les cobayes à mon tour. La promesse : une séance de sport de 20 mn équivalent à 4 heures en salle, grâce aux électrodes qui balancent des stimulus électriques à chaque mouvement. La plus grande surprise a été de ressentir en quelques minutes les effets d’une longue séance, shoot d’endorphine compris. Quelques courbatures très supportables mais au niveau de muscles inconnus ont prolongé la surprise quelques jours plus tard. Pour une séance d’essai, n’hésitez pas, c’est par là. Et pour le plaisir des yeux, la tenue de compet’ en photo ^^

Mardi 2 octobre

Bacardi organisait un événement retraçant l’histoire de la marque, en plongeant les invités au coeur de scènes dispersées dans une maison. Ceux qui ont déjà visité “No more sleep” à New York reconnaîtront le principe du théâtre immersif. Le concepteur Big Drama a su retrouver la magie du principe, peut-être clivant, mais magique pour ceux qui se laissent embarquer par l’expérience. Avec une troupe de comédiens / chanteurs / danseurs de haut calibre. Et une seule envie à la fin de la “représentation” : y retourner ! Des morceaux de la “Prophétie del coco” sont disponibles dans mes stories sur Instagram, je laisse les plus courageux faire le chemin.

Mercredi 3 octobre

Fêter les 20 ans d’un personnage mythique, en sa présence, ça ne se rate pas. C’est dans les (nouveaux) locaux de son concepteur / producteur / distributeur Xilam que nous avons fait la fête à Oggy (venu sans les cafards). Les enfants étaient aux anges mais voir les journalistes entamer des danses avec le chat star était un vrai délice. Les pâtisseries (et le gâteau d’anniversaire) customisés aussi !

Jeudi 4 octobre

La première édition était un joli moment, la deuxième édition de la Maison St-Germain a fait monter la magie florale d’un cran. Labyrinthe sans fin, pièces cachées, liseuse d’avenir (qui m’a bluffé), les années folles revisitées pour faire la fête, la direction artistique de Lola Rykiel a fait des merveilles. Les cocktails à base de liqueur St-Germain ont fait le reste. Un rêve à vivre en quelques images.

Vendredi 5 octobre

Bye Paris, bonjour Besançon et les senteurs de mon enfance pour un long week-end. A chaque fois que j’y retourne, je mesure que la ville se modernise tramway à l’appui et devient de plus en plus belle. A visiter ! (non l’office du tourisme n’y est pour rien).

Séries trop complexes : gage de qualité ou coup de poker ?

Depuis quelques années, sous l’impulsion d’une considération des séries télé quasiment à la hauteur d’un art noble, la complexité s’est invitée dans les scénarios. Mais la ligne de démarcation entre la fascination troublante et l’agacement ultime est souvent ténue. Parfois ça marche en créant une véritable addiction, parfois c’est le drame, avec à la clé un rejet définitif.

Le sujet n’est pas nouveau et le ressenti très personnel. Ainsi, dans le passé, des séries exigeantes telles que “The leftovers” ou “Here and Now” (annulée faute d’audience) m’ont totalement embarqué alors que le carton planétaire “Game of thrones” m’a perdu à jamais (en tout cas je le pensais avant ça) à force d’ellipses et multiplicité de personnages difficiles à suivre.

Il se trouve que j’ai vécu l’expérience à quelques jours d’intervalle cette semaine en terminant deux séries que j’avais mises de côté pour un moment où je disposerais du temps de cerveau nécessaire. Avec à l’arrivée, une révélation et un rejet. Et cette fois-ci, je ne suis pas le seul, ce qui vaut une conclusion sans appel pour les scénaristes et showrunners qui doivent apprendre à ne pas aller trop loin.

American Gods

Un homme sort de prison, sa femme et son meilleur ami viennent de succomber à un accident de voiture, un drame linéaire percuté par une multitude de séquences oniriques, d’événements allégoriques, de scènes de sexe plus ou moins graphiques, d’effet spéciaux science-fictionnant et de situations globalement illisibles. Il faut plusieurs épisodes -ou la lecture préalable du pitch public de la série qui spoile allègrement- pour comprendre que notre personnage central est plongé dans une guerre entre les anciennes divinités et les nouvelles puissances que sont les médias, Internet, les technologies…

Au final, sans prétendre comprendre les divagations issues du roman de Neil Gaiman, l’univers de la série fascine. On s’attache à des personnages pourtant en lévitation, on sourit devant un humour parfois décapant, on se réjouit devant les cabotinages de Gillian Anderson -encore plus jeune que dans X Files – et ses imitations savoureuses de David Bowie et Marilyn Monroe. Au final, on fait abstraction de longues scènes incompréhensibles et de l’inévitable affichage de scènes de sexe frontal pour marquer sa-liberté-de-chaîne-du-câble. Même les “previously on”, qui aident parfois à s’y retrouver,  sont incompréhensibles en restant dans le ton exact de la série.

Déjà disponible en J+1 en France sur Amazon Prime dès sa diffusion, Canal + Séries a eu la bonne idée de la mettre à son catalogue, toujours disponible “A la demande” pour les retardataires comme moi.

Westworld – Saison 2

Le cas de Westworld est particulier : j’avais adoré la première saison malgré sa complexité narrative, la deuxième saison m’a complètement perdu très exactement pour la même raison.

Pour une fois, je ne me sens pas seul. Comme Pierre Langlais dans Télérama et beaucoup d’autres, j’ai pu assister à une force qui se transforme en faiblesse. On ne comprend rien à ce qui se passe pendant la plupart des épisodes, le temps devient bien long, aucune storyline ne vient nous sauver de l’ennui. Même l’attachement qu’on avait construit pour certains personnages s’efface.

C’est donc avec beaucoup d’efforts -et de temps libre- que je suis allé au bout d’une saison dont les labyrinthes ne m’emmèneront pas vers celle d’après.

Pour ceux qui ont besoin de vérifier de leurs propres yeux, la saison 2 est toujours disponible sur le replay de OCS.

Hollywood, prends garde à toi

On comprend bien les créateurs qui ont vu dans quelques-uns de plus gros succès critiques à la télé une complexité largement saluée. Sur des chaînes où l’audience n’est pas la mesure de succès prioritaire. C’est forcément tentant. Pourtant, à trop jouer avec les limites, ils pourraient perdre les critiques autant que les simples téléspectateurs comme nous. Auquel cas, il ne reste plus qu’à retourner au cinéma.

Sharp Objects, objet tranchant immanquable

Au lendemain de la diffusion de dernier des 8 épisodes de la mini série de HBO, en US + 24 sur OCS, “Sharp Objects” s’affirme clairement comme l’un des événements majeurs de l’année série.

Pour la réalisation toujours ciselée de Jean-Marc Vallée, pour l’interprétation (d’Amy Adams mais pas que), pour l’atmosphère poisseuse qui rappelle quelques autres bijoux télévisuels. Mais ce que les articles (nombreux à l’issue du premier épisode) ont moins couverts, c’est que l’ensemble sert une storyline glaçante addictive.

Pour découvrir comme je l’ai fait sans trop savoir, il faut plonger de ce pas dans l’univers torturé de “Sharp Objects” sans rien lire de plus…

Pour ceux qui auraient besoin de quelques arguments supplémentaires, quitte à déflorer un peu l’histoire, je déconseille la bande-annonce ci-dessous, faussement rythmée, peu représentative de l’univers réel de la série.

Une intrigue qui tient ses promesses

On pourrait penser lors des premiers épisodes que l’histoire ne constituera qu’un prétexte pour une galerie de portraits de femmes face aux démons d’une famille qui a dévissé suite à un événement tragique. Pourtant, l’enquête qui ramène la journaliste Camille Preaker (Amy Adams) auprès de sa mère, son beau-père et sa demi-soeur, après un internement psychiatrique et des années d’automutilation, est omni-présente. A l’inverse de “The Leftovers” ou “Big Little Lies” dont on ressent la filiation, le dénouement de l’intrigue compte. Les fans de twists (coups de théatre) en auront pour leur compte sans tomber dans l’accumulation caricaturale de “How to get away with a muderer”. Outre l’auto-mutilation, une maladie va se révéler centrale dans l’intrigue. Impossible d’en dire plus sans trop révéler l’issue, mais après vérification, cette maladie existe réellement.

De nombreux talents pour le meilleur

Quand l’univers du réalisateur de “Big Little Lies” rencontre celui de la scénariste de “Buffy” et “UNreal” pour servir l’auteur du livre dont a été tiré “Gone Girl”, on peut imaginer les fondamentaux de “Sharp objects”. Jean-Marc Vallée, Marti Noxon et Gillian Flynn ont ainsi créé un objet poisseux et souvent oppressant, rappelant parfois celui de la première saison de “True Detective”.

Très engagée, jusqu’à devenir productrice déléguée, Amy Adams habite un personnage torturé, alcoolisé, noir à tel point que l’actrice a déclaré fin juillet qu’une saison 2 était exclue, le rôle étant trop éprouvant.

Le reste du casting, moins cité, participe pourtant largement à la qualité de l’ensemble, Patricia Clarkson dans le rôle de la mère bourgeoise déviante et Chris Messina dans celui du détective ténébreux en tête.

Bénéfice collatéral : si vous pensez avoir une famille compliquée, vous allez assez vite relativiser au fur et à mesure que les épisodes s’égrènent et découvre les travers d’une famille dysfonctionnelle. Une image plus décontractée des actrices devrait aider à faire redescendre la pression pour tous les heureux téléspectateurs de “Sharp Objects” qui n’entendront plus jamais l’oeuvre de Michel Legrand ni ne verront une fiole bleue sans un frisson dans le dos.

Mes Gay Games

Participer en tant que bénévole aux Gay Games Paris 2018 n’était pas exactement une façon anodine de démarrer un congé sabbatique de 11 mois. La dimension rassurante d’un agenda pas complètement vide est pourtant rapidement devenue une motivation anecdotique face à l’énergie d’un événement qui m’aura marqué pour longtemps, pour des raisons parfois inattendues.

Lorsque j’ai décidé qu’un break professionnel m’était nécessaire pour me ressourcer, ne pas perdre l’envie, continuer à progresser, c’était sans le moindre doute. Retrouver du temps pour moi et pour mes proches en constituait le bénéfice collatéral majeur, dans un programme très flexible entre voyages et projets personnels, sans réelles obligations. Mais il m’était impossible de démarrer avec une perspective unique de vacances à durée indéterminée.

Un simple précaution préalable

Redoutant quand même la possibilité d’un petit trou d’air après 25 années de travail connecté ininterrompues, j’ai identifié l’arrivée des Gay Games en plein mois d’août comme un excellent moyen d’occuper mes premières journées off à Paris de façon utile, au service d’une cause qui compte pour moi : la lutte contre toutes les discriminations à travers l’inclusion de toutes les diversités (âge, religion, genre, orientation sexuelle…) par le sport et la culture.

Si ma mobilisation devait se concentrer au départ sur les aspects communication, ce que je maîtrise forcément le mieux, j’ai dès le début de l’événement compris que mon accomplissement viendrait d’ailleurs. Tout n’était pas rôdé, parfois approximatif, mais l’envie de partage, d’échanges, de faire bien se sont révélés plus fort. J’ai donc choisi de m’investir en tant que simple bénévole appliqué à des missions d’exécutant sans autre velléité qu’aider, être utile.

Bénévole bon élève

Ma première intervention étant à l’accueil du village place de l’hôtel de ville la veille de l’inauguration, j’y ai assez vite trouvé un QG, un point de repère, un rendez-vous quotidien tôt le matin, tard le soir ou parfois les deux. En 8 jours, j’aurai donc participé à l’accueil des visiteurs au welcome desk, à l’entrée du village mais aussi à l’extérieur. Je n’aurai rien refusé : passer quelques heures à la consigne (en mode « animateur de l’endroit pas fun »), accueillir et brieffer des bénévoles retardataires (en mode « tour operator »), ranger le welcome desk, jouer les cobayes dans les activités sportives ou même organiser les files d’attente aux toilettes lors de la soirée de clôture. Le tout en m’éloignant de toute prise de responsabilité pour profiter à plein de mon rôle de contributeur bon élève. Bizarrement, j’ai retrouvé des sensations que j’avais connues à l’armée : aux côtés des exécutants, dans un esprit fraternel.

Multitasking

Mais je ne voulais pas m’enfermer dans la facilité d’un lieu conquis et d’une équipe connue. Chaque jour, je suis parti à la découverte de nouveaux environnements et missions toujours différentes. Ramasseur de notes du jury à la Danse sportive, remetteur de médailles à la natation, support vigilance sécurité au Festival de courts-métrages, accueil des athlètes au badminton font partie des missions qui se sont présentées à moi. Au sein de staffs mobilisés, inclusifs, souvent impressionnants d’investissement. J’ai pu y confirmer que le badminton est VRAIMENT un sport, qu’un tango entre 2 femmes peut être très touchant, que gagner une compétition de natation à plus de 70 ans créé une fierté énorme…

Bénéfices collatéraux

A l’issue de la grosse semaine de Gay Games, il me reste des moments d’émotion, beaucoup de rires, de danses, de fête, de partages. J’ai échangé avec des centaines de personnes, me suis attaché à quelques visiteurs / visiteuses régulier(e)s, fais plus de hugs à des inconnus en 8 jours que dans les 49 années qui ont précédé. J’ai rencontré quelques personnes qui resteront sans doute pas loin dans le futur. J’ai redécouvert des amis qui m’ont impressionné au travail. J’ai rencontré pas mal de mes instagrammeurs préférés qui m’ont accueilli avec un grand sourire à chaque fois. J’ai pleuré pendant la cérémonie de clôture, de fierté et de tristesse. Je n’étais pas le seul.

J’espère que ma prochaine aventure sera aussi incroyable mais la barre est haute.

“Pose”, le pari osé et réussi de Ryan Murphy

C’est sans conviction mais sous la pression d’un bouche à oreille positif que j’ai choisi d’entrer “Pose” dans le choix cette année très sélectif de séries estivales à découvrir.

En fin d’année dernière, le plus grand casting d’acteurs transgenres (pour la plupart amateurs) de l’histoire avait marqué les esprits.

Cet univers transgenre et ses codes me sont assez étrangers, ils peuvent m’amuser dans une version Drag Queen avec “Ru Paul Drag Race” mais ne garantissent pas sujet captivant pour une fiction. De plus, la patte du prolifique Ryan Murphy (au commande de la série) ne suffit pas toujours à me convaincre même si ses excès militants me dérangent rarement.

Au-delà de l’effet d’attente créé par la presse américaine, Il ne me restait que la promesse d’une diversité de sujets pour espérer trouver un intérêt autre que documentaire et historique à la création FX. Et 8 épisodes, c’est court.

S’il est parfois compliqué de partager un avis avec un éclairage nouveau sur une série ultra-commentée, je n’ai pas à me forcer ici puisque beaucoup d’articles me semblent avoir été écrits par des auteurs qui n’avaient pas vu la série mais s’étaient appuyés sur un dossier de presse œcuménique.

De quoi parle vraiment la série ?

Pose explore le New York de la fin des années 80 et se penche sur la vie de plusieurs personnages de mondes et cultures différentes. Elle aborde l’émergence de scène cuturelle et littéraire underground et queer comme la Ball culture, la vie des quartiers populaires et l’arrivée du monde du luxe à l’aube de l’ère Trump“. C’est le pitch sur la base duquel la série a été lancée, commentée, encensée. C’est aujourd’hui encore la trace qu’il en reste sur Wikipedia.

Dès le premier épisode, il apparaît clairement que le sujet central est bien l’univers Queer, au centre de tout, même s’il permet de croiser une multitude d’autres thèmes parmi lesquels la danse (pas que le voguing rendu mondialement célèbre par Madonna) et le Sida, inévitablement.

Ce premier épisode assume sa dimension didactique pour ceux qui, comme moi, ne connaîtraient rien à la Ball culture. Il faut découvrir un système qui dépasse largement le principe de battles thématisées et haute en couleur pour confronter des “Maisons” constituant un système communautaire d’entraide dans les populations  blacks et latinos de l’époque.

Le temps de réaliser qu’on s’est fait berné par une fausse promesse, c’est trop tard, on est déjà accro et on en veut plus !

Dès le deuxième épisode, les bases étant posées, ceux de ma génération penseront davantage à la célèbre série “Fame” (qui s’étendait de 1980 à 1986) dans une version Queer et militante qu’à un documentaire sur la culture Queer.

Tous les attributs d’une série populaire

Créer des personnages attachants dans des mondes et des situations extrêmes est sans doute ce que Ryan Murphy sait faire de mieux. Il y parvient ici de façon encore plus exceptionnelle qu’habituellement.

On se passionne instantanément pour des protagonistes sensibles ou détestables ou les deux à la fois. Transgenres et gays sont au centre, mais permettent de croiser le monde de la danse (une pensée pour la prof de “Fame” encore une fois) et percuter celui de la bourgeoisie new yorkaise flamboyante.

On pouvait redouter un casting amateur, il créé parfois une authenticité attachante et permet quelques révélations parmi des actrices inconnues (ici avec la réalisatrice transgenre de l’épisode 6). A gauche, Indya Moore dont la prestation a particulièrement été remarquée bien que MJ Rodriguez (à droite) tienne le rôle central de l’histoire.

La vraie révélation pour moi se trouve du côté du casting masculin avec un artiste très reconnu dans l’univers du musical : Billy Porter excelle dans tous les registres, du rire aux larmes.

La promo aura retenu les quelques acteurs déjà connus du grand public : Evan Peters (“American Horror Story” de Murphy déjà), Kate Mara (“House of cards”) et James Van Der Beek (“Dawson”). Tous dans des rôles courageux mais relégués au second plan.

Merci à Canal + qui vient de justifier mon abonnement en programmant la série en temps réel. En attendant la saison 2 qui vient d’être commandée par FX, il reste une furieuse envie de mieux découvrir cette culture avec un documentaire Kiki qui lui est dédié et, pourquoi pas, en visitant les quelques soirées qui lui sont dédiées à Paris.

“The handmaid’s tale” a encore frappé

J’avais foi dans la capacité de ma série coup de coeur de 2017 à tenir le niveau en saison 2. A l’heure du bilan, quelques jours après la diffusion du dernier épisode de la nouvelle saison de “The handmaid’s tale”,  le choc reste intact. Le final confirme la qualité d’une écriture qui a su s’affranchir de Margaret Atwood, auteur du roman dystopique dont était adapté la saison 1, pour en tirer le fil encore plus loin.

Comme d’habitude, j’essaie de limiter au maximum les spoilers tout en parcourant quelques-unes des raisons de mon enthousiasme.

En resserrant autour de quelques protagonistes de Gilead, cette saison ne fait pas plus de compromis qu’avant pour créer du confort au spectateur mais réussit à dresser des portraits parfois en quelques coups de crayon (Nick, Janine, Eden, Tante Lydia…), parfois à coup de flashbacks qui éclairent différemment le présent. Les histoires avant-Gilead d’Emily et Moira sont ainsi révélées, chacune bouleversante dans son dénouement. Mais le personnage le plus intéressant de la saison est pourtant ailleurs et inattendu : Serena révèle de multiples facettes, supportée par l’interprétation parfaite d’Yvonne Strahovski. Ses face à face avec l’héroïne June font l’objet de scènes d’anthologie dans lesquelles Elisabeth Moss continue à bluffer.

La saison 3 devrait sans doute donner enfin plus de densité aux maris (Luke Bankole et Fred Waterford) et je parie sur le potentiel de Rita et surtout du mystérieux Commandant Lawrence qui interpelle en quelques scènes majeures dans les 3 épisodes finaux.

Je lis ici ou là des articles qui commencent à craindre que la série ne joue plus avec le malheur des femmes qu’elle ne les condamne, point de vue très bien résumé dans cet article des Inrocks qui spoile à mort au passage (donc ne cliquer ici que si vous avez vu les 2 saisons). J’y vois surtout l’envie du public d’un peu de répit, un peu de douceur, une lueur durable. Je rêve donc que la série n’atteigne jamais son “jump the shark” et continue à creuser son sillon dur, inconfortable, désagréable mais tellement utile.

“The handmaid’s tale” est disponible en France sur le replay de OCS Max.

Ma consommation série reprend, je reviens vite avec un point de vue sur deux autres coups de coeur : “Gods of America” et “Pose”.

Maurane

Il y a une semaine, j’ai perdu un peu plus qu’une artiste dont la voix me transporte. J’ai perdu celle qui m’a permis de vivre des émotions inoubliables et avec laquelle je gardais un lien rare, précieux, toujours inattendu. Notre rencontre déjà avait été hors norme.

En 2011, alors que Maurane se lance dans la promotion de son onzième album studio “Fais moi une fleur”, je suis invité par mon ami qui travaille chez Universal à “la rencontrer pour lui poser 2 ou 3 questions”. Je prends ça comme un cadeau.

Ce n’est qu’en arrivant sur place avec mes quelques questions griffonnées sur un papier à propos de son dernier album que je comprends que tout est en place pour un entretien filmé d’une heure, sans montage, dans les conditions du direct. L’artiste pense sans doute avoir à faire à un intervieweur qualifié, cette rencontre va être un gâchis gigantesque, j’en suis sûr. Je réfléchis rapidement à une façon de m’en sortir, à un angle. Quelle autre solution que de revenir sur chaque moment de sa carrière ?

Je me souviens juste avoir commencé en disant exactement l’inverse de ce que je pensais (une heure, c’est beaucoup trop court) et en faisant comprendre d’emblée mon incompétence, pour créer une possibilité de stopper ce désastre avant qu’il ne commence vraiment (je suis un blogueur et on va donc parler de moi). Et ensuite, je ne sais plus ce qui se passe.

Je n’ai jamais eu le courage de regarder cette vidéo. Surtout pas lorsqu’elle a été mise en ligne. Je l’ai donc découverte ce matin.

Mon sentiment est en fait qu’avec un bon montage, ça pourrait presque faire le boulot qu’aucune chaîne de télévision française n’a daigné faire depuis sa disparition : revenir sur une carrière de très haut vol, pas suffisamment reconnue. Le plaisir de retrouver ce moment intact, brut, a été supérieur à la honte ou la tristesse. Jusqu’à la dernière minute qui a forcément créé un choc. Vous comprendrez forcément pourquoi en visionnant la vidéo.

Lorsque j’ai engueulé mon ami à la sortie de l’interview, il m’a dit 2 choses restées gravées dans ma mémoire : 1. Je savais que tu t’en sortirais 2. Tu te souviendras toute ta vie de l’émotion de ce moment.

Il avait raison pour le point 2. J’avais oublié les faits, je garde juste l’émotion intacte. Et je réalise aussi qu’avec n’importe quel autre artiste que Maurane, volubile, généreuse et aidante, ça aurait vraiment été un désastre.

La suite aura été constituée d’échanges sur Twitter sur des livetweets décoiffants, des petits signes de sympathie, des routes croisées sur des concerts ou ailleurs. Et d’une semaine passée à Bruxelles dans les coulisses de l’enregistrement d’un album. Rien que ça. Elle avait apprécié notre première rencontre. Contrairement à ce que cette vidéo montre, on avait même fini par se croiser sur le chemin de l’humour aussi (elle savait être tellement drôle).

Ce matin, je préfère être très fier de l’avoir connue que triste de l’avoir perdue.

“The Assassination of Gianni Versace” : une escroquerie… pour le meilleur

En débutant le premier épisode avec l’assassinat de Gianni Versace et ses conséquences immédiates, la seconde saison de l’anthologique “American Crime Story” inquiète : la série réussira-t-elle vraiment à nous passionner plusieurs heures autour de la recherche du meurtrier et de l’enquête policière qui va avec ?

Par chance, l’énorme promotion qui a entouré la préparation puis la diffusion des 9 épisodes a tout mis en place pour nous induire en erreur. “The Assassination of Giannu Versace” vaut beaucoup mieux, mais vraiment beaucoup mieux, que ce qu’on a pu en imaginer. Ca a été mon deuxième coup de coeur de ce début d’année, malgré la diffusion chaotique par Canal +.

Couverture d’Entertainment

Contrairement à son titre, la série s’intéresse beaucoup moins à Versace qu’à son tueur.  Dans un format antéchronologique qui injecte le supplément d’épaisseur nécessaire à la qualité de la série.  Ainsi, du 15 juillet 1997 à l’année 1957, les 8 premiers épisodes remontent le temps, complétant le puzzle d’une personnalité complexe avec les principales pièces manquantes, avant de revenir en dernière heure du show aux événements qui ont suivi le meurtre. En toile de fond sociale, cette remontée dans un temps pas si éloigné rappelle les nombreux dommages collatéraux d’une homosexualité honteuse, dont même Versace a du se cacher longtemps pour protéger ses affaires.

Si la promotion a beaucoup reposé sur la performance d’un trio d’acteurs très attendu (Penelope Cruz, Edgar Ramirez et Ricky Martin) surtout visibles dans les premier et dernier épisodes, la série s’appuie sur des guests très marquants (mention spéciale à Judith Light) et repose surtout sur les épaules de Darren Criss, véritable révélation dans la peau du serial killer Andrew Cunanan.

Après quelques apparitions, Darren Criss avait explosé en 2010 à 23 ans en rejoignant le casting de la série du moment, “Glee”, dans le rôle d’un étudiant ouvertement gay. Il s’est au même moment lancé dans une carrière musicale qui continue d’ailleurs à bien fonctionner aux Etats-Unis. Mais c’est en 2015 que j’ai découvert le potentiel de Darren Criss. Dans la comédie musicale “Hedwig and the angry inch”, vue à Broadway, je voulais profiter de Michael C Hall dans le rôle titre. Darren Criss venait de prendre le relais et il était tout simplement exceptionnel dans le rôle d’une chanteuse de rock transexuelle. Visage d’ange qui sait se fissurer, capacité à jouer avec son corps, Darren Criss est le casting idéal pour incarner Cunanan. “The assassination of Versace” lui doit beaucoup. Si tout va bien, le cinéma ne devrait pas ignorer Darren Criss encore très longtemps.

Une dernière note pour Canal + qui a diffusé la série un peu n’importe comment, avec un premier épisode quelques longues semaines avant la suite et un dernier épisode indisponible en replay au point que nombreux sont ceux qui pensent que la série ne compte que 8 épisodes. Je milite pour payer des chaînes plutôt que télécharger, encorefaudrait-il que les chaînes ne fassent pas n’importe quoi…

 

Ici et maintenant

Depuis quelques mois, je vis dans un monde parallèle assez déstabilisant. Mon goût pour la culture populaire est tout chamboulé, sans qu’aucune cause ne puisse se dégager avec évidence. Ce que tout le monde aime ne m’emballe pas, ce qui semble décevoir tout autour de moi m’emporte littéralement. Soit je détiens le goût populaire ultime, celui qui n’appartient qu’à moi, soit j’ai définitivement perdu le mojo. Je ne suis pas sûr d’attendre la réponse avec impatience… Et plutôt que de m’arrêter longuement sur mes déceptions, j’ai choisi de défendre mon coup de coeur.

Redouter avec impatience le retour d’Alan Ball

Difficile de ne pas s’inquiéter de la possibilité d’une énorme désillusion quand le créateur vénéré de sa série préférée promet (enfin) un retour aux sources. Alan Ball est celui qui a pensé, écrit, parfois réalisé et toujours inspiré, jusqu’à devenir l’âme de la série, “Six Feet Under” produite entre 2001 et 2005 et diffusée par HBO. Très injustement réduite avec le temps au programme ayant le mieux réussi sa sortie alors qu’il était culte dès sa première saison et multi récompensé. J‘en ai suivi sa diffusion scrupuleusement dans une époque où l’accès aux séries américaines ressemblait pourtant à un parcours du combattant.

A Los Angeles, très loin des paillettes d’Hollywood, la vie d’une famille à la tête d’une entreprise de pompe funèbre se craquèle à la disparition du père. Avec une mécanique récurrente, d’ailleurs copiée de nombreuse fois depuis : un décès en début d’épisode puis sa gestion par la famille Fisher. Un prétexte pour scanner les peurs et failles des américains de l’époque, au travers de scénarios ciselés, teintés d’humour noir. L’entrée par la loupe grossissante que constitue la confrontation au décès permet de traiter frontalement des sujets alors largement enfouis dans l’Amérique de George W. Bush : famille, adultère, drogue, solitude, folie, homosexualité, adolescence…

A la sublime fin de la série, difficile pour HBO de laisser s’échapper son créateur. En s’engouffrant dans le mythe alors très à la mode des vampires pour le transformer en allégorie du sida, sujet encore brulant dans l’Amérique en pleine transformation de l’ère Obama, le deuxième bébé d’Alan Ball m’aura pourtant perdu en cours de route. “True Blood” était ambitieux, cérébral, animal et exigeant avant de devenir après une vingtaine d’épisode une caricature de son sujet qui aura pourtant tenu sous perfusion 7 saisons jusqu’en 2014.

Here and now, l’incompris ?

La famille selon Alan Ball version 2018

Dix sept ans se sont écoulés depuis le lancement de “Six feet under”. Dans l’Amérique de Trump, Alan Ball décide de radiographier une famille multiraciale progressiste pour traiter de sujets de société qu’on peut désormais adresser frontalement, sans faux-semblants. S’il y est toujours question de famille, adultère, couple, drogue ou homosexualité, c’est dans une normalité désormais augmentée au prisme des religions omniprésentes, de sexualité devenues plus ou moins fluides, de précarité parfois cachée, d’éducation vacillante, de racisme larvé ou de dictature de l’image égocentrée. La réalité des Bayer-Boatwright est marquée par le choix des parents intellectuels d’adopter 4 enfants issus de toutes les régions du monde, aujourd’hui devenus grands. Sur le papier, on peut craindre une politique de quotas de couleurs de peau presque ridicule. Le pilote ne rassurait d’ailleurs pas complètement sur ce point.

J’ai choisi, comme toujours quand j’attends une nouvelle série avec impatience, de ne pas plonger tout de suite, de patienter jusqu’à ce que quelques épisodes permettent de fonder un point de vue éclairé. Assez pour décoder la mécanique devenue beaucoup moins linéaire, comprendre la façon dont la psychologie des personnages sera déployée, pénétrer un univers forcément déstabilisant. Et ce n’est qu’après avoir dévoré, plus exactement binge watché en mode obsessionnel absorbé, les 6 premiers épisodes que j’ai découvert les critiques assassines. Des attaques assez bien condensées dans le papier de Pierre Serisier sur son blog hébergé par Le Monde. Morceaux choisis : “Alan Ball propose une histoire qui refoule son public“, “on s’en fiche un peu de ce couple, Greg (Tim Robbins) et Audrey (Holly Hunter) … / … leur démarche tourne à vide comme une roue dépourvue d’engrenage“, “Ball a réuni tellement de clichés en un épisode, il semble aimer si peu ses personnages qu’on suffoque dans cet aquarium familial“. Certes, le papier a été écrit sur la base du seul épisode pilote mais quand même, on en retrouve la substance de ce qui s’est globalement écrit aux Etats-Unis et en France sur le sujet.

Comment une série qui a réussi à ce point à atteindre les sommets d’intelligence et de modernité que j’en attendais peut-elle provoquer un tel rejet ? Quand j’y vois une analyse pointue de nos sociétés dont les cartes sont sans cesse rebattues, dans un format qui croiserait le meilleur de “Six feet under” avec le regard authentique de “Big little lies”, les autres regrettent un produit ennuyeux et prétentieux.  Serais-je trop indulgent, trop acquis à la cause, trop concerné ? Je n’ai pas encore trouvé les critiques qui me rassurent mais je les attends avec impatience tant le futur de la série y est forcément conditionné.

Mes déceptions à la chaîne

Dans le même temps, j’ai donc vécu à plusieurs reprise ce moment où l’engouement généralisé pour un film ressemble à un mystère sans réponse. J’ai à chaque fois une raison très précise que je vais tenter de résumer en une phrase. Mais j’y reviendrai sans doute.

J’ai aimé le rôle central des femmes, pas la façon dont la culture africaine était mise en scène de façon caricaturale (je sais que je suis le seul)
Si l’ambiance italienne donne envie d’y passer une semaine de vacances, cette histoire d’amour ne m’a pas touché. Les parents Amira Casar et Michael Stuhlbarg m’ont beaucoup plus convaincu que Armie Hammer et surtout Timothée Chalamet.
Frances McDormand a mérité son Oscar mais le manichéisme de l’ensemble est tellement extrême ça ne marche pas sur moi.