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A votre écoute, coûte que coûte

23 juin 2012 · Actu · Médias · 6 Commentaires

A la radio, j’aime la tranche d’info du matin et les émissions qui jouent avec l’absurde. Les années précédentes, Laurent Baffie remplissait un rôle décontractant le dimanche en fin de matinée sur Europe 1. Il aura fallu attendre quelques mois après l’arrêt de son émission pour lui trouver un successeur digne de ce nom, sur l’antenne de France Inter depuis le 16 janvier.

La force de A votre écoute coûte que coûte, c’est de jouer la carte du sérieux jusqu’au bout. Le site annonce « un nouveau rendez-vous sur France Inter Présenté par le docteur Philippe de Beaulieu et la psychothérapeute Margarete de Beaulieu du lundi au vendredi à 12h20« , le titre évoque un programme de libre antenne comme la radio les aime tant, en écoutant quelques minutes du programme, on peut vraiment penser que les 2 animateurs souffre d’un léger problème de condescendance dont ils n’ont finalement pas l’exclusivité.

Evidemment, en prêtant une oreille un peu plus attentive, on remarque le décalage du générique et le ridicule des propos tenus. Pourtant, bon nombre d’auditeurs continuent à se faire piéger et déplorent bon nombre de contre-vérités médicales, de manque de respect vis à vis des auditeurs et de propos xenophobes, homophobes.

Si le nom des comédiens est tenu officiellement secret, j’ai immédiatement reconnu l’une de mes actrices – réalisatrices préférée dans le rôle de Marga. Pour le Docteur, il s’agirait d’un humoriste qui m’avait bluffé à la présentation des Molières mais son timbre de voix est moins reconnaissable. C’est en tout cas d’abord pour leur prestation que je me suis habitué à écouter les podcasts de l’émission chaque samedi matin. Puis très vite, c’est l’absurde des situations et les horreurs distillées avec un sérieux absolu qui m’ont rendu totalement addict. Mon moment préféré est toujours celui de ce silence gêné et cette absence de réponse face à l’intelligence de la remarque d’un auditeur.

Cette semaine, ce sont deux vieux routiers de l’émission médicale qui se sont prêtés au jeu, avec la mauvaise idée de montrer en vidéo la prestation qui expose à quel point tout est écrit. Ca tue un peu la magie du programme mais participera sans doute à mieux la faire connaître et à rassurer les quelques auditeurs qui, au regard de leurs commentaires, continuent à s’inquiéter pour tous les malheureux qui le prennent au premier degré avec les risques médicaux collatéraux qui vont avec.

Profitez plutôt de la belle mise en abyme réalisée en mars dernier.

 

Mon Festival de Cannes 2012

5 juin 2012 · Evénement · 3 Commentaires

Lorsque j’avais parlé de mon expérience Cannoise il y a quelques mois, je ne pensais pas exactement vivre un Festival 2012 aussi long et dynamique. En 12 jours, j’ai découvert le charme du 3.14 (et de son équipe), la cool attitude de uCannesTweet (et son équipe), le froid polaire cannois et les tempêtes en mai (ok ça c’est moins cool)…

Mais j’ai surtout expérimenté les heures de travail dans un château (du Cercle) pour participer à la production de 2 video bulles quotidiennes sur Google+ pour Première. Un présentateur au Château (Philippe Vandel), des Chroniqueurs du magazine ciné et du site Premiere.fr (Mathieu Carratier, Alexandra Apikian, Christophe Narbonne et Gael Golhen) et invités (Gonzague, Rebecca Leffleur du Hollywood Reporter et Edouard Rostand de Trax), des invités DJ et musique (Louis Brodinski, Kavinsky, Breakbot, Sebastien Tellier, Too Many DJs, The Ting Tings, Brigitte, …), acteurs (Pete Doherty, Alec Baldwin, Edward Akrut, Juliana Margulies, Kyan Khojandi…), des piégés par Gonzague (Zac Efron, Michel Hazanavicius, Thierry Fremaux…), des blogueurs invités (Cyril Paglino, Baptiste Lorber, Aude from Paris, Lucile Bellan et Louisa Amara…) et participatifs (Mathilde, Anthony…), des marques (Renault, L’Oréal…). Et une équipe de prod magique.

Ca c’est passé sur la page Google+ de Première et en quelques minutes, voilà en 5 minutes un condensé de ce que ça a donné.

Ca pleure, un leader ?

12 mai 2012 · Entreprises et marques · Humeur · 8 Commentaires

De tous les billets écrits ici depuis 7 ans, celui-ci est le plus compliqué. Parce que j’aimerais le rendre publiable à la fin, pour continuer à utiliser la fonction bloc note de ce blog, conserver une trace, pour moi, pour plus tard et pour tous ceux qui m’ont demandé pourquoi j’étais bouleversé après une semaine de formation. Mais en faire comprendre le moteur et éviter autant que possible de sombrer dans le ridicule m’obligent à m’exposer plus que jamais dans l’expérience émotionnelle la plus forte de ma vie professionnelle, en évitant un niveau d’impudeur insupportable. Challenge. Je vais essayer. Sans image ni intertitre, pas question que je facilite la lecture hein…

J’ai la chance depuis 6 mois de faire partie d’un programme de formation réservé à quelques dirigeants. Nous sommes 16 collègues issus des différentes agences du groupe et de tous les pays d’Europe, Moyen-Orient et Afrique. Après une rencontre de 3 jours en novembre autour de l’agilité financière (passionnante mais ardue), nous nous sommes retrouvés lundi dernier et pour 4 jours, au château de Touffou, pour travailler sur le leadership.

J’ai déjà pratiqué une formation de ce type, déjà en anglais, dans le passé, dans un autre groupe de communication. Davantage axée management mais avec le prestige de Harvard et le même type d’environnement. Je sais ce que ce type de training, ultra participatif, coûte en énergie pour briller et démontrer sa légitimité à chaque instant, d’autant plus face à des personnalités pour la plupart charismatiques, intelligentes, drôles et majoritairement de langue maternelle anglaise. Même en formation, même si le contrat moral dit que rien de ce qui s’y passe ne sortira du lieu, même si l’enjeu pendant les moments de vie se résume à passer un bon moment de partage plus informel, la pression sociale est là, partout, à chaque instant : « je veux que ces gens me trouvent intelligent, me respectent et peut-être même, m’aiment ».

La première minute du premier jour, l’introduction de l’organisateur insistait sur un point : cette semaine était pour nous, rien que pour nous, de ces moments qui arrivent rarement dans un parcours professionnel. Dès cet instant, j’ai pris une décision : je profiterais de cette semaine pour me nourrir des autres dans le format le plus confortable pour moi, sans me soucier de l’image renvoyée. Je n’interviendrais que si j’avais quelque chose à dire, à mon rythme, en conservant les moments d’isolement qui me sont nécessaires, qui me mettent forcément un peu en dehors du groupe ou en tout cas, certainement pas au centre. Rien qui ne démontre à priori la capacité à devenir un jour un leader respecté. Mais cette semaine était pour moi, pas un examen pour gravir des échelons, je l’assumerais comme telle.

Nous avons alors enchaîné une journée sur le modèle de toutes celles qui ont suivi, avec une courte séance plénière autour des éléments techniques d’un bon leadership, suivie de mises en pratique en petits groupes de 4 qui resterait toujours le même. « Etre un leader dans mon organisation », « Inspirer avec une vision », « Savoir écouter, vraiment », « Développer les autres », « Mener une conversation courageuse »… : autant de thèmes que j’avais déjà travaillés mais que la pratique sur des cas réels en petit comité rendait passionnante, riche d’enseignements, parfois difficile.

Ma principale découverte en la matière concerne le coaching dont j’ai pour la première fois compris les rouages (et mes erreurs passées) : il ne s’agit pas de conseiller le coaché après avoir posé toutes les bonnes questions mais bien de l’amener à trouver ses propres solutions, même si elles sont complètement différentes de ce que vous auriez prises. Ne pas colorer ses questions de son point de vue s’est révélé être un challenge pour tous mais j’ai eu l’occasion de l’expérimenter en premier et en mode cobaye devant tout le monde lorsque la formatrice m’a demandé de venir jouer le coach en séance plénière.

Au milieu d’un cas fictif dans lequel un formateur interprétait un manager confronté au manque d’autorité naturelle sur son équipe, ma mission était de montrer comment je ferais pour l’amener vers ses propres solutions, personne ne s’étant précipité pour prendre le rôle. Ce qui m’aurait rendu immédiatement brillant aurait été d’enchaîner directement, quitte à risquer quelques questions fermées ou trop orientées. J’ai juste dit « I need few minutes to build it ». Comme pour remplir le silence dont je m’accommodais pourtant assez bien et sans doute m’aider, la formatrice a alors commenté avec beaucoup de bienveillance qu’elle savait que j’avais écouté très attentivement, que j’allais y arriver sans problème… Mais j’ai malgré tout pris 2 bonnes minutes pour structurer quelques questions vraiment ouvertes, ne laissant rien transparaître de ce que j’aurais fait à sa place. Pas de « Have you try something to save it ? » mais plutôt « What have you tried so far ? ». Pas de « What if… ? » ni de « Why don’t you… ? » qui sont finalement plus simples pour le coach que pour le coaché. Contrairement à ce que la formatrice me laissait entendre, ce n’était pas 2 minutes de panique mais bien 2 minutes de confort pour moi. Un confort qui me permettait ensuite de me libérer des questions préparées pour écouter vraiment mon interlocuteur, sans réfléchir à la question suivante. L’exercice s’est révélé difficile mais pas inatteignable, ayant accompagné mon « faux coaché » vers sa propre solution, d’ailleurs très différente de ce qu’aurait été la mienne.

Le dernier jour, j’ai compris que les « feedback sessions » ne s’illustreraient pas par des cas réels extérieurs au groupe mais à travers nous, chacun des participants. Il s’agissait bien de se donner la chance de se dire et s’entendre dire ce qu’on ne se dit jamais. Quelle première impression on donne avec quel impact ? Quels sont les points de forces de nos personnalités, pas compétence, mais bien personnalité ? Sur quel aspect travailler pour le mettre au service de son leadership ?

J’avoue qu’à ce moment là, l’espace d’un instant, j’ai regretté d’avoir choisi un peu la facilité en ne faisant pas l’effort de briller. Le retour allait forcément être violent à entendre puisque je savais qu’il serait honnête, qu’il toucherait à qui je suis vraiment quand je ne porte pas de masque social. Plus difficile encore, faire preuve d’honnêteté auprès de chacun des 15 autres participants dont certains que j’avais très peu croisé, allait être très compliqué. Mais j’avais appris à écouter, à mener des conversations courageuses, il me restait à compter sur mon instinct pour viser juste.

Le format de l’exercice reposait sur 4 étapes dont je mesure maintenant l’intelligence de la construction.

La première consistait à faire dans son groupe de 4 son propre bilan de la semaine, confronté aux objectifs qu’on s’était fixés le premier jour. Elle a notamment été pour moi l’occasion d’exprimer le fait que ma réserve avait sans doute quelque chose d’aussi égoïste que confortable pour moi, en donnant assez peu aux autres alors que je m’étais nourri de leurs points de vue, que je n’étais pas assez engagé. Mais j’ai aussi exprimé le plaisir absolu que j’avais eu à écouter les autres, les guider dans leur propre cheminement, une véritable révélation.

La deuxième étape était consacrée à donner pendant 5 minutes chacun un feedback aux trois autres participants de son groupe, en petit comité. Le premier choc a été de lire dans les yeux parfois embrumés des mes interlocuteurs à quel point le retour honnête que je leur donnais touchait des points sensibles, différents, pas antagonistes mais complémentaires de ce qui était dit par d’autres. Lorsqu’est venu mon tour d’écouter, après avoir pris comme chacun une grande respiration, alors que je m’attendais à entendre parler de distance, de discrétion, de trop grande réserve, j’ai entendu la description de moi la plus proche de qui je crois être vraiment. Tout en m’éclairant sur les réactions que je suscite, que j’interprète mal. Tellement incroyable que je me suis mordu les lèvres pour ne pas pleurer.

La troisième étape a sans doute été la plus étonnante : elle consistait, dans un mode « Speed dating », à dire en 1 minute à chaque interlocuteur défilant en face de soi son élément de force et l’élément à travailler pour être un bon leader. Les deux enseignements convergents ont été que j’avais un point de vue assez clair sur des gens que j’avais pourtant parfois seulement croisé sans vraiment échanger et que ceux-là même confirmaient ce qui venait de m’être dit dans mon groupe de travail qui me connaissait bien. La force de la première impression est absolument gigantesque, je ne suis pas sûr de vouloir m’en souvenir.

La quatrième étape a consisté à commenter pendant quelques minutes, à tous, les enseignements et le bilan qu’il tirait de sa semaine. Et c’est vraiment submergé par l’émotion (sans savoir si ça se voyait vraiment) que j’ai pris la parole.

Mon instinct me dit que si je m’arrête là dans le récit de cette formation sans préciser les raisons de mon émotion, ce n’est pas très courageux ni instructif. Je sais aussi que si je donne trop de détails sur ce qui m’a été dit, je rentrerai dans un processus d’exposition aussi impudique que prétentieux.

Le meilleur compromis est peut-être de partager ici le bilan que j’ai déjà partagé (en anglais) avec les autres participants, avec mes mots (traduits, donc) plutôt que les leur :

« J’ai beaucoup appris de cette semaine, d’un point de vue technique d’abord avec des enseignements qui influeront sur mon comportement notamment pour devenir un meilleur coach. Cette formation m’a permis d’identifier des actions pour mise en oeuvre immédiate, ce qui était mon objectif prioritaire. Ce qui aurait d’ailleurs suffit à faire de cette semaine un investissement en temps utile.

Mais j’ai compris beaucoup plus que ça. Sur l’image que je renvoie, sur la façon dont ma personnalité impacte les attentes que les autres ont vis à vis de moi. Vous m’avez dit que ma réserve est avant tout une force qui ne m’empêche pas d’être très présent, d’apporter une contribution qui vous a parue précieuse, que vous attendiez et preniez systématiquement en compte.

J’ai réalisé que mes paradoxes étaient très lisibles, perçus comme un équilibre riche, étonnant mais très assumé entre l’analytique et l’émotionnel, l’enfermement dans ma propre bulle et l’intérêt pour les autres, la discrétion et la capacité à rentrer immédiatement dans l’intimité, la volonté de donner peu qui donne envie de savoir beaucoup tout en respectant la distance que j’impose. Un équilibre tellement assumé qu’il est confortable pour les autres. Tout ce que je classais parmi mes points de faiblesses (assumés) et parfois mes failles (subies), vous l’avez fait émergé comme une force que vous m’enviez.

Je comprends aussi que mes points de vue souvent décalés, exprimés en peu de mots, créent de l’intérêt et de la frustration, l’envie d’en avoir plus, plus souvent. J’ai plus conscience de la frustration créée que de l’envie suscitée. Et surtout, vous m’avez dit que s’il faut partager plus, c’est contrairement à ce que je crois pour m’imposer moins de pression, prendre moins les responsabilités, pour me créer un confort dans ma vie personnelle si j’ai déjà trouvé celui de ma vie professionnelle. Ce que je dois changer, c’est la pression que je me mets, celle qui empêche de nourrir de plus de plaisir la contribution que j’apporte.

Pour être franc, je ne sais pas ce que je vais en faire, je ne suis pas sûr de pouvoir ou même vouloir changer ça. Cette pression fait partie de mon équilibre. Mais ça éclaire immédiatement des comportements ou des commentaires que je ne comprenais pas toujours autour de moi. C’est tout simplement énorme et bouleversant. Alors MERCI à tous. I mean it ».

Schizophrénie

26 avril 2012 · Humeur · 5 Commentaires

Tout a commencé en 2008. J’avais pratiqué le blog marketing, la rubrique « séries télé » d’un site, la curation d’articles professionnels, le relais de points de vue en anglais sur un twitter alors largement ignoré des français… J’avais exprimé un peu mon envie d’écriture en publiant quelques billets plus personnels. Mais je m’étais surtout composé un écosystème de représentation en ligne. Utile, et finalement souvent assez ennuyeux.

C’est avec la montée en puissance de Twitter en français et de la diversité de mes followers que j’ai pris une grande décision : dorénavant, je montrerais une partie de ce que je suis. Vraiment. Sans recherche de bénéfices particuliers. De la contrainte allait naître la liberté : puisqu’il devenait impossible de composer avec le croisement d’univers si divers -professionnels, personnels et amicaux-, autant ne composer avec personne. La seule limite (de taille) était d’échapper au conflit d’intérêt qui servirait la cause d’un client sous couvert d’avis personnel.

Assez vite, j’ai compris que l’envie de m’amuser primait. Une représentation assez fidèle de ce que je suis dans la vie quand je ne suis pas en représentation. Sans doute justement pour compenser un métier aussi exigeant et parfois pesant que passionnant, alors que mon blog était devenu un exutoire pour des sujets de plus en plus personnels, souvent noirs. Sur Twitter, je serais donc léger. Celui que seuls quelques-uns de mes amis connaissent.

J’ai rapidement et volontairement oublié que des collègues, des clients, des prospects, des candidats, des journalistes, des recruteurs potentiels ou encore des « influenceurs » me lisaient. J’ai considéré que les échanges qui se créaient avec eux dans cet univers virtuel y resteraient. J’ai créé une ligne de démarcation qui m’a souvent évité le périlleux exercice de débuter une conversation sur Twitter pour la prolonger dans la vraie vie. Tous ceux qui ont essayé se sont essuyé une fin de non recevoir. J’ai ignoré les remarques évoquant des « dommages collatéraux sur mon image professionnelle ». J’ai aussi refusé les concessions qui auraient pourtant servi ma popularité supposée : « je te suis sur Twitter si tu arrêtes avec tes livetwitts d’émissions débiles ».

A l’arrivée, je crois que ceux qui ne me connaissent aujourd’hui que sur Twitter m’imaginent écervelé, drôle, accro à la télé, bobo, plutôt sympa, assez superficiel, égocentré, ouvert et accessible. Alors que les lecteurs de mon blog voient sans doute quelqu’un d’un peu torturé, compliqué, renfermé, réflechi, égocentré et distant. Et comme tout le monde, je crois être un mélange de tout ça. Je l’ai juste séparé par espace d’expression, un peu comme un schizophrène l’exprimerait mais de façon pathologique, au même endroit et dans la vraie vie.

J’ai eu plusieurs échanges récemment qui m’ont fait m’arrêter sur le sujet. Un premier sur la nécessité d’exprimer son égo quand on passe son temps, en tant que manager, à l’écraser. Ensuite une conversation sur ce que « être vraiment soi » signifie. Enfin un débat sur le moteur lié à l’envie de se répandre sur Internet en frôlant trop souvent l’impudeur.

Il arrive toujours le moment où je m’interroge sur le sens de tout ça, où je me demande si je ne devrais pas mettre de la mesure et si, dans les quelques cas de communication sensibles que je gère, ce ne pourrait pas être utilisé contre moi. Je suis d’ailleurs souvent encouragé à plus de mesure par mes proches qui n’ont sans doute comme seul objectif que de me protéger. Il me reste à comprendre de quoi je dois me protéger.

Sidaction : pour les dons, c’est maintenant

1 avril 2012 · Actu · Laisser un Commentaire

En ce week-end de Sidaction (pour vos dons, c’est ici ou en appelant le 110), j’ai entendu plusieurs fois une information qui n’est pas nouvelle (Le Monde en parlait déjà il y a 2 ans) : un patient américain atteint d’une leucémie aurait guéri du Sida après avoir reçu une greffe de cellules souches. Voyant pour la première fois les mots VIH et guérison associés et soupçonneux de raccourcis auxquels est parfois contrainte la presse,  j’ai eu envie d’en savoir plus en interrogeant un de mes meilleurs amis, Gustavo Gonzalez Canali, spécialiste en immunologie clinique. La réponse est technique mais permet de mieux comprendre pourquoi la route est encore longue.

As-tu des infos sur le cas de ce patient dont parle la presse ?

Effectivement, on connait ce cas d’un patient assez exceptionnel qui avait une leucémie à la fois assez rare et agressive. Si mon souvenir est bon, c’était à San Diego en 2007.

De quoi souffrait-il ?

Il portait une délétion que nous avions étudiée et publié au CIRBS avec Luc Montaigner à l’Hôpital Saint Joseph. Cette délétion lui conférait une évolution particulière à l’infection par le VIH. Dans tous les cas, il faut savoir que les patients qui sont porteurs n’évoluent pas à la même vitesse que les autres vers le SIDA. Cette mutation, la délétion delta 32 sur le récepteur CCR5 du VIH, leur permet d’évoluer beaucoup plus de temps sans maladie. Cette particularité génétique est plus « concentrée » quoique très rare dans les populations nordiques, d’ou son appellation « protection des vikings ». Elle est inexistante dans les pays proches de l’équateur, ce qui pourrait également expliquer la plus grande importance et facilitation de la contamination dans les pays tropicaux.

Quel traitement a-t-il reçu ?

Son infection concomitante par le VIH n’était pas évolutive et était au second plan en termes de risque de mortalité. L’équipe médicale a décidé alors de pratiquer une greffe de moelle osseuse comme dernier recours pour traiter sa leucémie, tout en sachant le risque subjacent de réveiller le VIH.
Le traitement a été conduit de façon traditionnelle et dans les règles de l’art : chimiothérapie pour réduire sa masse tumorale (nombre des leucocytes anormales) puis, une fois obtenue une première rémission complète (disparition de toutes les formes anormales des leucocytes dans le sang), on procède à un aspiration de sa propre moelle osseuse laquelle est mise en culture sous traitement in vitro pour s’assurer de la disparition des cellules tumorales résiduelles.

En quoi ce traitement agit-il sur le VIH ?

Le patient reçoit une irradiation in toto, c’est à dire du corps entier qui anile complètement et définitivement toute trace des cellules souches hématologiques : globules rouges, blancs, plaquettes, et surtout, ce qui est le plus important : cela stérilise définitivement les cellules contenant du VIH dans le cerveau et -plus importante encore- les cellules appelées dendritiques. Celles-ci sont la dernière barrière pour l’éradication du virus car tous les traitements classiques antirétroviraux agissent lorsque les cellules sont en étape de phase S ou de multiplication. Or les cellules dendritiques qui sont le véritable réservoir du VIH (hormis le cerveau) ne se multiplient que tous les sept à dix ans, ce qui nécessiterait un traitement continu des antirétroviraux pendant au moins 70 ans pour être sur d’éradiquer tout trace d’infection ( en ayant agi sur toutes les cellules qui, par ailleurs, ne se multiplient pas toutes au même temps – cela serait trop simple…)
Le patient de San Diego, en chambre stérile, sans moelle, sans cellules souches, sans cellules dendritiques, toutes tuées par la radiation corporelle totale, a reçu sa moelle « guérie » in vitro et dépourvue de toute trace de virus. Miraculeusement, il supporte les 8 mis de chambre stérile, les infections concomitantes qui se sont déclarées pendant la période de « prise  » de la greffe. Et comme il s’agissait de sa propre moelle osseuse, il n’y a pas eu de phénomène de rejet, donc pas d’immunodépresseurs, seulement des immunomodulateurs à forte dose pour accélérer le développement de ses cellules hématologiques.

Peut-on considérer aujourd’hui qu’il est guéri ?

A ce jour, à 5 ans de la greffe, ce patient est toujours en rémission complète de sa leucémie, et aucune trace de virus n’a pu être détectée. Je serais prudent et ne parlerait pas de guérison mais on n’a à ce jour pas retrouvé trace du virus chez ce patient.

On comprend que ce résultat est exceptionnel dans le sens où il est trop lourd pour être étendu aux autres patients. Que peut-on en retenir quant au traitement du VIH pour tous ?

Effectivement il s’agit d’un méthode pas très orthodoxe, inapplicable théoriquement sur les 35 millions d’individus infectés par le virus, à un coût astronomique, dépassant le budget de la défense américaine…
Mais cette approche a en réalité permis d’explorer certaines « manipulations  » des globules blancs, et des lymphocytes en particulier, qui laissent espérer que dans une ou deux décennies on puisse espérer d’éradiquer le virus.

Où en sont les traitements, en attendant ?

Pour l’heure, on ne peut que se contenter de traiter le plus tôt possible : les personnes infectées qui bénéficient d’un traitement bien conduit ne sont plus capables à 99% de transmettre l’infection. Donc, le pic épidémique pourrait entrer en phase de plateau à condition d’accéder au plus grand nombre avec des traitements adaptés et bien tolérés. A cet égard, les traitements de quatrième génération permettent d’espérer qualité de vie et efficacité.

I’ll be right back. Or not.

25 mars 2012 · Humeur · Laisser un Commentaire

Voilà, ça fait plus d’un mois que je n’ai pas écrit ici. En 6 ans, ça ne m’était jamais arrivé. JAMAIS.

J’aurais pu trouver un mot d’excuse, un truc un peu classe qui montre bien que je m’en veux de laisser en jachère cet endroit que j’ai bichonné tant d’années. Et j’aurais pu utiliser le même pour ma page sur Le Plus du Nouvel Obs. Quelquechose du genre…

Seulement, l’histoire, c’est que je m’en tape un peu. Parce que j’ai l’impression d’écrire et d’échanger beaucoup sur Twitter, sur Google + et un peu sur Facebook. J’écris beaucoup sur mon métier pour mon travail. Et j’ai beaucoup trop parlé de moi en 6 ans.

Je n’ai plus rien à dire. Mais ça reviendra.

Blogueur, nouveau prescripteur

19 février 2012 · Actu des marques · Blogs · Entreprises et marques · Twitter · 13 Commentaires

Hier, j’ai passé une bonne journée de blogueur. Ca avait pourtant mal commencé avec un papier du Monde tellement stupide que j’ai vraiment cru que c’était la mise en ligne d’un article du 18 février 2006. Mais non.

Si vous l’avez raté, je vous invite à le lire ici (rien que le titre, déjà…).

Parmi mes morceaux choisis :

- « Le monde des blogueurs – ces particuliers qui ont créé un site Internet auquel ils confient leurs passions et leurs expériences du quotidien, à la manière d’un journal intime – intéresse de plus en plus les grandes entreprises spécialisées dans les biens de consommation. Elles y trouvent un moyen de communiquer sur leurs produits auprès d’un canal médiatique très prescripteur. » – on en était à ce niveau de compréhension il y a 6 ans…

- « Chez But, par exemple, on a fait en 2011 un point presse rien que pour eux (les blogueurs). » / « Une marque spécialisée dans le petit électroménager, qui souhaite garder l’anonymat, a ainsi organisé au printemps 2011 une conférence de presse pour les blogueurs à l’occasion du lancement d’une série spéciale. » – un point presse ou une conférence de presse, c’est pour la presse hein…

- « Ce sont eux qui fixent le prix, et on voit si cela nous intéresse, en fonction de la fréquentation de leur site », explique-t-elle. « Il y en a même qui demandent 1 000 euros rien que pour assister à un déjeuner, avec un cadeau d’un montant minimal », ajoute-t-elle. « Les billets sponsorisés coûtent environ entre 300 et 1 500 euros », explique un autre conseiller en relations publiques. – Ce sont donc des responsables RP qui parlent d’une action publicitaire ou d’achat média (rappelons que les RP consistent à faire porter ses messages par une tierce personne libre, indépendante donc non rémunérée pour le faire). Je passerai sur l’image données de blogueurs qui fixent leurs tarifs, peut-être existent-ils mais je ne les ai jamais rencontré même dans le cadre de mon travail.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’avec ce type de niaiseries, on peut s’attendre à des demandes de grandes marques qui invitent à la rémunération des blogueurs, tout en attendant le même impact que celui d’ambassadeurs librement convaincus. Car, entendons-nous, je n’ai rien contre la rémunération de blogueurs dès lors qu’une production de contenu leur est demandée sur un espace de marque. Mais écrire dans un article « selon les chiffres de Mediamétrie pour 2011, 88 % des internautes sont influencés dans leurs achats par les recommandations trouvées sur le Net » sans préciser que ces recommandations trouvent leur point de force dans l’adhésion spontanée des auteurs des billets, commentaires, twitts… indique un manque de compréhension des mécaniques d’influence.

Avec ma casquette de blogueur, je me suis positionné clairement sur le sujet. En 2009, j’écrivais :

Lorsqu’en août 2005 j’ai créé ce blog, je ne savais pas bien quoi en faire et encore moins ce qu’il allait devenir. De toute évidence, ma principale angoisse du moment était de ne pas laisser croire que je voulais jouer au journaliste. Un débat qui parait à la fois d’un autre temps et pourtant toujours filigrane dans pas mal de conversations en ligne. Dès le départ, mon blog était un laboratoire, un lieu utile pour expérimenter de nouvelles approches de marque, comprendre jusqu’où tenait le mélange des genres vie privée vie publique, comprendre les bascules de l’existence virtuelle aux liens dans le réel et inversement. Si j’ai toujours refusé les sollicitations (pourtant parfois exagérément alléchantes) qui m’invitaient à transformer mon blog en « arbre de Noël pour marque » de type billets sponsorisés, j’ai plongé à chaque fois qu’on me proposait de vivre quelque chose de nouveau dépassant la description d’un produit qu’on m’aurait offert. Par intérêt et conviction plus que par éthique.

Encore une fois en tant que blogueur, et même si c’est mon nombre de followers sur Twitter qui m’amène le plus de sollicitations, je mesure qu’il y a de moins en moins d’initiatives de marques qui invitent à l’expérience tout en laissant la liberté d’écrire ce qu’on veut à l’arrivée. Mais ce n’est pas une fatalité, l’une d’entre-elle m’ayant permis de vivre une super journée hier.

Tout a commencé par un concours sur Twitter : il s’agissait de montrer son soutien à son équipe fétiche dans le cadre de la rencontre de la 18ème journée du TOP 14, Stade Français – RC Toulon. Initiateur de l’opération, le Stade de France prenait le soin d’expliquer l’ensemble de la campagne dans une vidéo (étape que bon nombre d’annonceurs oublient) :

Fan de rugby depuis tout petit, mais dans une version plutôt retransmission télé que sur le stade, j’avais très envie de vivre l’expérience. J’ai donc joué, gagné ma participation et pu profiter d’un moment exceptionnel dans les coulisses du Stade de France qui avait intégré une mécanique de compétition entre 2 équipes bien décidées à gagner la bataille du livetwitt, sans autre bénéfice que le plaisir de la victoire. J’ai redécouvert sur place la dimension spectacle insufflée par Max Guazzini il y a près de 20 ans, rencontré une partie de la communauté rugby sur Twitter répartie en #TeamSF et #TeamRCT et participé avec plaisir à la production de contenus prévus dans le dispositif pour faire vivre la journée au-delà de twitter.

Parmi les grands moments, nous avons eu l’honneur de précéder les joueurs et d’entrer dans le Stade de France (encore vide) par la grande porte, guidés par la (très) charmante Gaëlle qui en a profité au passage pour nous apprendre plein de choses sur le Stade de France, ses secrets, son organisation et ses exigences en matière de sécurité.


Bravo au Stade de France et à Ludovic pour la belle journée et la démonstration qu’une « opération blogueur » pouvait faire mieux que rémunérer des internautes pour se rendre à une conférence de presse. Et si toutes les marques ne sont pas égales, la plupart sont en mesure de proposer des expériences plutôt que de la transmission d’information. C’est justement le travail des agences.

Comment La Redoute a réussi un modèle de gestion de com de crise digitale

4 février 2012 · Actu des marques · Buzz · Entreprises et marques · 21 Commentaires

Il y avait longtemps qu’un sujet marketing ne m’avait pas donné envie d’écrire sur ce blog. Par chance, je peux le faire cette fois puisque le sujet ne croise directement ni mon agence, ni mes clients. C’est tout simplement un cas unique (au moins en France) de réussite digitale exemplaire dont l’analyse par les quelques commentateurs m’a parue parfois un peu hasardeuse. L’outil Twitter et ses 140 caractères ayant montré ses limites pour faire part de mon point de vue et expliquer mon désaccord, je prends l’occasion de développer ici.

Au début du mois de janvier, un homme nu est découvert en arrière-plan d’enfants sur une photo de catalogue de la célèbre et très politiquement correct marque de vente par correspondance. Emoi généralisé sur le web, d’abord sur Twitter en mode moquerie, mobilisation plus profonde sur Facebook, emballement incontrolable : c’est le « bad buzz dont tout le monde parle ». Depuis l’avènement des réseaux sociaux, les internautes adorent ces moments où ils peuvent s’envoyer une « institution », que ce soit une entreprise, une personnalité ou acteur du corps social.

Pour couronner le tout, le concurrent Les 3 Suisses tire parti intelligemment du moment dans un mode très guerilla marketing en habillant le désormais célèbre homme nu avec la légende « Visiblement, tout le monde ne sait pas que nous avons des maillots de bain ». Malin.

La Redoute en est réduite à retirer immédiatement la photo et présenter ses excuses (notamment sur Facebook). Affaire classée ?

Comme le défend Olivier Cimelière sur Le Plus du Nouvel Obs, on pourrait penser que tout cela ne dépasse pas un microcosme qui n’atteindra jamais la clientèle très mainstream de La Redoute. Auquel cas, il serait en effet prudent de passer vite à autre chose, en espérant que les internautes soient prêts à laisser passer. Seulement voilà, la trace est laissée partout sur le web, espace évidemment stratégique pour un acteur de la VPC. A titre d’exemple, sous la pression de l’intérêt des internautes, Google renvoie très directement sur la malencontreuse aventure dès le début de la requête sur son moteur de recherche. De quoi attirer le regard du consommateur le plus éloigné de Twitter et Facebook.

Si on arrive comme moi à la conclusion qu’il faut absolument réagir, la grande question est : comment le faire de façon acceptable pour les internautes, sans provoquer un nouveau bad buzz encore plus dommageable ? Cora, attaqué pour ses démêlés avec une caissière renvoyée pour des raisons obscures, s’y était essayé en publiant maladroitement un vidéo de promotion interne totalement contre-productive.

Avec son agence CLM BBDO, La Redoute a donc décidé de publier cette semaine une vidéo

Sur le web, la réaction est immédiate, accueillie comme un « rebond sur le bad buzz », comme si La Redoute essayait d’en tirer parti. Avec la même dynamique sur Twitter, Facebook, YouTube et les blogs. Au final, le sentiment laissé est celui d’un coup marketing malin, sur le mode de ce qu’avait fait Les 3 Suisses. D’autant que les médias plus traditionnels s’en mêlent, parlant même parfois de « coup de pub », à l’instar de France3.fr, Paris Match ou Marie Claire.

Quels enseignements ?

On peut s’attendre à voir fleurir dans les benchmarks des agences de marketing digital pour leurs clients et les étudiants « le cas La Redoute qui a su transformer un bad buzz ». Mais il va falloir intégrer pas mal de finesse pour en tirer des enseignements clés pour le marché.

Pourquoi la réponse de La Redoute est un modèle du genre ?

Parce que la réponse vidéo applique adroitement au digital l’ensemble des règles de bases de la communication de crise et prend le niveau de risque raisonnable nécessaire. Une fois de plus, je ne sais rien de ce qui a présidé au choix de la marque et de son agence mais je le déduis de la vidéo et de son environnement. Dans le détail.

0:00 : le message est délivré dans un cadre très officiel, incarné par un dirigeant légitime et concerné : la Directrice e-commerce et développement de la marque. Le décor est sobre et professionnel, la voix posée et juste. Seule erreur : un mouvement des doigts qui traduit une certaine nervosité et aurait pu facilement être évité. Le tout dans une vidéo intitulée « les fails de la redoute » qui reprend la main sur un mot savamment utilisé pendant le « bad buzz », expression qu’on laissera aux commentateurs le soin d’utiliser.

0:10 : rappel des faits, sans fioriture, ni trop ni trop peu de détail, illustré de l’image. => Admettre les faits en les rappelant

0:19 : les excuses sont présentées, sans équivoque, clairement, le mot « erreur » est utilisé sans amplification. On ne parle pas de « problème », il n’y a pas d’usage d’adjectifs tel que inacceptable, incompréhensible ou simplement embarrassante, juste une erreur. => Prendre acte et s’excuser au niveau de la gravité de l’erreur, sans minimiser ni en rajouter (dans ce cas, il n’y a pas mort d’homme, il serait déplacé d’en faire trop par exemple)

0:25 : après le constat et les excuses vient le temps de l’action. On apprend donc qu’une équipe a immédiatement vérifié l’ensemble des images. C’est l’occasion de rappeler le nombre de photos (des milliers), une façon de dire en creux qu’avec un tel volume, l’erreur humaine est possible… et le sera toujours. => Annoncer les mesures prises immédiatement pour remédier au problème

Il s’agit ensuite de reconstruire en recréant de l’adhésion de la connivence ou de l’empathie selon les cas.

0:30 : alors qu’on s’attend à un message un peu langue de bois qui rassurerait sur le fait qu’aucune autre image comportant une « erreur » n’a été à déplorer, la Directrice y commerce amorce un twist. « Le résultat est assez EMBARRASSANT ». => Effet de surprise

0:34 : un exemple d’autres « erreurs » relevées est présenté, de façon à faire comprendre immédiatement le second degré de la révélation qui ouvre à un jeu présenté en détail, avec à la clé une récompense en résonance avec l’origine de l’affaire. Sans jamais quitter le ton institutionnel qui fait le succès du second degré. => une proposition participative, avec un enjeu.

1:04 : un rappel des différents espaces web concernés est clairement et sobrement présenté (site, Facebook, Twitter). => infuser dans tous les espaces concernés par le bad buzz d’origine. L’animation du jeu y est gérée minutieusement (ici sur Facebook)

Les deux grands enseignements qui me seront utiles pour décider et convaincre mes clients dans un cas similaire :

- Appliquer les règles de la communication de crise : prendre acte, s’excuser et montrer qu’on est dans l’action pour réagir, clôturer et enfin reconstruire. On notera que la temporalité du web impose d’entamer la reconstruction immédiatement après l’action, alors qu’on avait appris à le séparer en 2 séquences distinctes dans le cas de com de crise traditionnelle.

- Accepter un niveau raisonnable de prises de risque sans lequel un format trop institutionnel risquera de renforcer encore le problème de départ.

Merci donc à La Redoute et à son agence CLM BBDO (concurrente de la mienne, je le rappelle) pour le support qu’ils nous offrent afin de progresser tous ensemble dans le champ de mines que représente le nombre de Bad Buzz de grandes marques sur le web.

Gourmandises honteuses

24 janvier 2012 · Humeur · 4 Commentaires

On pourrait parler de Madeleine de Proust. Ou de souvenirs d’enfance. Mais il s’agit en fait de gourmandises un peu honteuses qui doivent forcément parler à d’autres que moi. Même si leur fonction première n’était pas exactement de ravir les papilles. En voici mon Top 3.

3. Timbres scolaires

Ils laissaient sur la langue un petit goût sucré qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. On détestait tous la maîtresse lorsqu’elle nous obligeait à utiliser une éponge pour coller ces timbres scolaires sur un enveloppe. J’ai probablement dépensé une partie de mes économies d’enfant dans des timbres juste pour pouvoir les coller.

 2. Colle Cléopatre

On n’a jamais dit que mes gourmandises étaient originales. L’odeur d’amande douce de la colle Cléopâtre nous renvoie forcément tous à notre enfance. J’ai passé des heures à la sentir. Je ne savais pas qu’elle était comestible et me cachait donc pour la goûter. Elle existe toujours aujourd’hui, dans une boite moins onéreuse.

 1. Pastilles Solutricine Vitamine C

La plus honteuse et la plus gourmande de toute. Parce qu’elle me poussait à faire semblant d’avoir mal à la gorge pour y avoir droit. Les pastilles au goût d’orange sont toujours en vente, le plastique ayant remplacé le métal de la fameuse boîte rectangulaire. Une version sans sucre est désormais en vente libre (sacrilège !).

 

Inside le Festival de Cannes

15 janvier 2012 · Cinéma · Evénement · RP · 9 Commentaires

De 1994 à 1998, j’étais un salarié de Kodak. Parmi mes attributions, les RP de la division Cinéma qui se concentraient principalement sur la médiatisation du partenariat de « Big Yellow » avec le Festival de Cannes. C’est donc en mai 1994 que j’ai découvert le Pavillon Kodak et les coulisses de l’événement le plus étourdissant auquel j’ai pu participer en 20 ans.

Dès les premiers jours, j’ai compris que, hormis les rédactions des quelques titres de la presse professionnelle quasiment acquis, intéresser un journaliste à autre chose que les films en compétition et les stars présentes sur la Croisette relevait du miracle, leur faire lever un sourcil devant l’intérêt des innovations qui permettaient l’explosion des effets spéciaux ne méritait même pas la moindre perte d’énergie. J’ai aussi réalisé que le statut de Partenaire Officiel de mon employeur ne m’apporterait aucun avantage pour bénéficier des entrées dans les lieux qui attisaient toutes les envies : les fêtes de films, les villas privées, les terrasses inaccessibles… C’était le règne de la débrouille et du Système D dans le plus grand Festival du monde.

Tout se passait loin de moi. Sans bureau fixe, j’errais dans toutes les rédactions qui ne m’attendaient pas. Mon seul plaisir de cette année là a été la découverte de la montée des marches et tout le cérémonial qui va avec : le smoking à 19h, la traversée de Cannes habillé en pingouin au milieu des badeaux,  le défilé des plus grandes stars de la planète, la qualité exceptionnelle de la projection dans la gigantesque salle du Palais des Festivals. Lors de ma première montée des marches, j’étais précédé de Catherine Deneuve, ma famille doit s’en souvenir (ça s’est vu à la télé). Très vite, je me suis lassé, le plaisir de porter un smoking par 25 degrés à l’ombre m’ayant en particulier très tôt échappé. Toutes les photos de l’époque en témoignent (celle-ci date de 1996).

Mon année blanche (ou noire) passée à essayer pendant 15 jours de créer de l’intérêt auprès de journalistes du monde entier qui m’ignoraient copieusement m’a permis de comprendre le fonctionnement de l’endroit, les passages obligés pour prétendre à la moindre existence du haut de mes 25 ans. Pour les mettre à profit l’année suivante.

En 1995, je suis donc arrivé armé : j’avais négocié un bureau au coeur du Palais des Festivals, une accréditation me donnant accès aux projections, conférences de presse et photo calls, suffisamment d’appareils photo jetables pour dealer des accès quand il le fallait, un premier jour rempli de rendez-vous négociés depuis Paris et un partenariat avec la terrasse du Martinez dont le potentiel d’attractivité m’avait paru intéressant. C’est donc le soir jusque très tard que je rencontrais les contacts utiles qui passaient me voir le lendemain au Palais des Festivals et finissaient toujours par me rendre un service en me plaçant auprès de telle ou telle rédaction. La présence plus photographique de Kodak me donnait quelques avantages supplémentaires : en devenant pote avec les photographes, ils me rendaient quelques services qui consistaient à hurler le nom d’un big boss américain ou d’un grand client lors de la montée des marches, me valant une reconnaissance éternelle.

La journée débutait à 8h30 en projection presse du grand film du jour et se terminait vers 5 heures du matin à la sortie de la fête du Film du lendemain. Je tenais avec 3 heures de sommeil par jour pendant 2 semaines, ce qui me valait immanquablement un Festival Blues au retour. J’y rencontrais des gens très loin de moi, jeunes acteurs ou réalisateurs qui deviendraient plus tard des stars (certains y sont parvenus), des starlettes à la recherche de notoriété, des producteurs de films venus pour le marché qui fait la vie business du Festival, beaucoup de journalistes du monde entier, pas mal de pros ou futur pros stagiaires de la communication que j’ai souvent recroisé depuis. Chaque année, c’était un rythme incroyable qui me permettait d’arriver à mes fins, sans prendre vraiment tout le plaisir que ma condition de privilégié pourrait laisser imaginer. Mais j’y ai appris beaucoup sur la préparation nécessaire en amont d’un événement, des leçons qui me seront très utiles pour assurer d’emblée une présence efficace au CES de Las Vegas en 1995.

Plus de 15 ans plus tard, je garde de Cannes quelques souvenirs en particulier.

Je me souviens de ma rencontre avec Johnny Depp. Alors que je trônais fièrement pour la première année au coeur du Palais, un bruissement inhabituel m’avait fait lever la tête et me retrouver face à Johnny Depp qui cherchait avec son staff le trajet le plus court pour accéder au photo call. Alors que croiser des stars au Festival relevait du quotidien, Johnny Depp -dont je n’étais pas particulièrement fan- reste le type le plus charismatique qu’il m’ait été donné de croiser. Andy MacDowell m’avait fait le même effet. D’autres m’ont paru bien fades.

Je me souviens d’une soirée dans la villa de Studio Magazine pour un anniversaire (je ne sais plus lequel) avec un nombre de stars internationales au mètre carré comme je n’en ai jamais revu depuis. Mais ce soir-là, j’étais impressionné d’y croiser Marc Esposito et Jean-Pierre Lavoignat, les rédacteurs en chef d’un magazine que je lisais depuis sa création et dont je connaissais chacune des signatures.

Je me souviens de ma dernière montée des marches en 1998 : très en retard, j’avais trouvé par miracle un taxi qui, pour une raison indéterminée, m’a déposé au pied des marches, à l’endroit réservé aux voitures officielles. C’est donc assailli de caméras et photographes que je suis sorti du véhicule, au son du commentateur qui souffrait visiblement devant son incapacité à mettre un nom sur mon visage. Il a fallu quelques secondes avant que tout le monde réalise que je n’étais pas le people qu’ils attendaient et tourneles talons après m’avoir fusillé du regard.

Depuis cette époque, je suis retourné quasiment chaque année au Festival de Cannes pendant quelques jours pour n’en vivre que le meilleur. Parfois pour y croiser des clients partenaires, parfois pour une week-end prolongé, toujours avec le plaisir d’y retrouver des amis et de nouvelles têtes chaque année. Avec depuis 3 ans de plus en plus des twittos auxquels je parle toute l’année. Rendez-vous en mai.