Je suis un déçu de Sex Education (mais j’ai honte)

Pourquoi prendre le temps d’écrire un billet sur une série qui m’a déçu alors que je préfère toujours parler de ce que j’aime ? Parce que je ne suis pas content d’avoir été déçu mais aussi parce qu’autour de moi, tout le monde aime. L’engouement est suffisamment fort pour que je perçoive bien le risque de me faire déchirer sur Twitter avec mon avis à contre courant. Donc il vaut mieux l’expliquer. D’autant que ça ne changera rien au fait que ce sera un beau succès d’audience pour Netflix et que je me laisse le droit de retrouver la flamme en saison 3.

Attention, ça va être plein de spoilers donc ne lisez pas si vous avez l’intention de regarder. Et si vous avez moins de 16 ans, filez ranger votre chambre, ça va forcément parler de cul par ici…

J’avais aimé la première saison. Elle réussissait l’exploit d’avoir trouvé la mécanique parfaite pour que le sujet du sexe qui occupe 99% des conversations ne soit pas caricatural. Une dimension éducative courageuse au passage puisque la série n’hésitait pas à traiter tous les sujets de façon assez frontale. Retrouver Gillian Anderson dans un personnage à des années lumière de la Scully de X Files était un plaisir. Tous les personnages avaient une place légitime et existaient même quand traités un peu vite.

Tout ce que j’ai aimé dans la première saison, je ne l’ai pas retrouvé dans la seconde. Pas du tout au début, à peine plus après les 2 premiers épisodes ratés.

Tout d’abord, je comprends bien qu’il faut renouveler les storylines, sortir du principe de consultation en sexologie par un gamin de bon conseil bien qu’inexpérimenté. Mais dès lors, le fait de faire vivre le sujet de la sexualité sans un fil conducteur consistant donne ce sentiment bizarre que 99% des préoccupations des personnages sont sexuelles, pas que chez les adolescents d’ailleurs. Les 1% restant sont pour la drogue et l’alcool, présentées comme des fléaux que les jeunes combattent. Admettons, à 16 ans, on ne pense qu’au cul et on se bat contre les grands qui consomment de la drogue. Soit.

Ensuite, la série continue à avoir le courage de parler d’un sujet rarement traité aussi frontalement. Mais quand même, il y a des ratés. Le problème d’érection visible d’Otis dans les premiers épisodes est assez ridicule dans son traitement (pourquoi ne pas tenter un slip ou un boxer ? Non mais sérieusement ?). Par ailleurs, la série est créditée d’aller encore plus loin cette saison. Certes, il est question de lavement avant un rapport anal mais pour une fois le sujet est relativement masqué (à part des schémas sur un tableau) par une conversation parallèle. Autre exemple, lorsqu’un doute sur le port du préservatif pendant un rapport est traité, il renvoie au risque pour la demoiselle de tomber enceinte (pilule du lendemain), pas du tout au risque d’IST qui devient d’un coup un non sujet… Bref, la dimension pédagogique est un peu laissée de côté.

De nouveaux personnages font leur apparition, en particulier Rahim qui retient notre attention puisqu’il est français. On aime son interprète Sami Outalbali qu’on a vu évoluer dans Les Grands et cartonner dans Mortel, il fait le job malgré un rôle ingrat à défendre. On a envie de connaitre plus son histoire, ce qui l’a rendu aussi à l’aise avec sa sexualité. J’ai l’impression d’un personnage plein de potentiel mais gâché, comme lâché en cours de route. Frustrant. Le (nouveau) personnage Ola Nyman est à peine mieux traité. Il ne fait pas bon être nouveau venu dans l’aventure.

Otis aime Maeve qui aime Otis mais leurs planètes ne s’alignent pas. Jean aime Jakub qui aime Jean mais leurs planètes se désalignent. Ces arcs narratifs dignes de comédies romantiques des années 90 s’étirent en longueur, beaucoup trop. Ca a fini par m’ennuyer.

Il reste quelques points positifs : parmi les nouveaux personnages, le méchant de la saison en fauteuil roulant est aussi ambigu que celui de la saison précédente. Quelques sujets sont traités finement tel que le sentiment d’insécurité qui peut (ne pas) s’exprimer de façon perfide. Je continue à aimer Gillian Anderson même si elle en fait parfois des tonnes, la franco-britannique Emma Mackey est parfaite, Ncuti Gatwa est énervant et attachant comme on aime. La relation d’Otis à son père (qui souffre forcément d’addiction sexuelle pour être dans le ton) m’a plutôt ému. Les relations d’un fils avec ses 2 mères également.

Et enfin, coup de chapeau à l’équipe de com de Netflix qui a déployé un dispositif courageux, efficace, presque plus puissant que la série. Voir en particulier ce manuel.

S’y retrouver dans les plateformes de streaming SVOD : j’ai fait mon choix !

On a beau s’intéresser au sujet de près, le suivre et le commenter régulièrement (voir mon dossier en 5 parties d’il y a 6 mois), suivre avec précision les articles des très bons médias de référence (je pense au dossier comparatif des offres de Numerama qui ne dit pas tout de ce à quoi les offres donnent accès), pas facile de s’y retrouver.

Lorsque comme moi, on compte bien continuer à ne rater aucun des grands rendez-vous séries de ces prochains mois sans succomber à la tentation (toujours plus forte) du téléchargement illégal, il faut s’accrocher pour faire les bons paris prenant en compte les évolutions des offres et des envies au gré de l’arrivée des multiples nouvelles plateformes.

Conformément aux prévisions, mon avis a évolué sur le sujet depuis mon papier qui prévoyait un Disney qui balaierait tout sur son passage, un retour massif au téléchargement, la fin des engagements longs termes, des erreurs successives de Canal+ et des acteurs nouveaux qui prendrait le rôle d’agrégateur intelligent.

J’ai donc fait mon choix qui tient à une décision importante et assez inattendue au regard de mon parcours avec les chaînes : je me suis engagé pour 2 ans avec Canal+.

Deux facteurs ont présidé à ma décision

Canal+ semble avoir construit l’écosystème le plus intelligent d’accès au catalogue le plus vaste possible, même si des mouvements sont encore à attendre avec des deals qui viendront à leur terme bientôt pour certains. Déjà en accord avec Warner depuis 2017 (catalogue FX, FoxPlay, Warner TV), intégrant OCS (et donc tout le catalogue HBO), Canal a lancé la distribution de Netflix à la rentrée et la rumeur annonce depuis hier suite à une info de La Lettre A celui à venir de Disney+. Canal+ assure désormais un point d’accès simple, intégré (y compris à ma box SFR) et pilotable facilement depuis l’appli et le site myCanal (qui peuvent encore progresser mais font tellement mieux que certains comme Prime Video). Le tout pour un prix très intégré également, assez imbattable, garanti 2 ans, qui me fait plutôt économiser de l’argent en supprimant OCS et Netflix de mes abonnements unitaires.

Mon goût assez récent pour les séries française de qualité est comblé puisque j’ai accès au meilleur de la production française payante (Canal et OCS) et continue à profiter gratuitement des offres gratuites (France TV Slash et Arte et même un peu de TF1). L’occasion de rappeler que je suis le dernier à me moquer de l’offre française Salto qui pourrait surprendre tout le monde au regard du niveau de la production française des derniers mois.

Catalogue pauvre et manque d’agrégation ont perdu

Ce que je n’ai pas choisi, c’est la nouvelle offre Apple+, accessible gratuitement pour faire le tour de l’offre assez faible à ce stade (et impossible à visionner chez moi sur un grand écran par manque de compatibilité Chromecast) et d’intégration dans les box.

Je n’ai pas vraiment choisi non plus Prime Video même si techniquement je l’ai par défaut. Interface insupportable, j’ai fait l’effort pour les rares séries qui en valent la peine (The Boys ou Mrs Maisel) mais c’est réellement pénible. Le manque d’intégration se joue encore au moment du lancement actuel de StarzPlay. Sur les films, le deal avec Sony Pictures est intéressant et pour les enfants, l’intégration de GulliMax et TFOUMax a du sens mais ne me concerne pas.

Je suis donc un client Canal satisfait depuis cette semaine et ce n’était pas gagné. Rendez-vous dans 6 mois pour le prochain point !

Les séries françaises entrent dans le game

Pendant des années, les séries françaises sont sorties de mon champ de vision. Je suis même passé à côté de jolis succès salués par la critique mais qui ne m’ont pas donné envie (“Le Bureau des Légendes”, “Engrenage”, “Maison Close”…). L’incapacité des acteurs de la SVOD (Netflix et Amazon en tête) à produire du français de qualité n’a pas aidé à créer l’étincelle.

Mais depuis quelques mois, les choses ont changé. TF1, France Televisions et Canal + ont produit des séries qui m’ont captivé ou plus simplement séduit. En faisant le compte aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait plus vraiment parler d’exception en dépassant les 10 coups de cœur.

Les bracelets rouges, Dix pour cent, Skam, Les grands, Hippocrate, Insoupçonnable, Calls, Baron Noir, Versailles, Working girls, Paris etc… Les quelques séries françaises que j’ai aimé depuis 2 ans.

A noter : j’aurais pu parler aussi de “A l’intérieur”, la mini-série thriller de France 2 avec Béatrice Dalle que je dois terminer (merci le replay de France Télé). Je n’ai pas aimé quelques succès notables (“Plan cœur” de Netflix par exemple). Et je dois encore découvrir les séries d’Arte “Fiertés” (dispo en intégralité ici) et “Il était une seconde fois” ainsi que la série d’horreur de Netflix “Marianne”. J’ai fait l’impasse sur “Soupçons”, le thriller amoureux de France 3 et “Le temps est assassin” sur TF1 dont les premières minutes ne m’ont pas donné envie.

Encore plus réjouissant, au moment de la clôture du Festival de la Fiction de La Rochelle, il devient évident qu’il faudra désormais compter avec les productions françaises. En particulier du côté des mini-séries. Voici un tour d’horizon de ce que j’attends avec impatience avec une sélection de 10 nouveautés à venir qui offre une petite sur représentation à Arte :

  • “Une belle histoire” (France 2) : lauréat de la catégorie “Série de 52 et 90 minutes” à La Rochelle, ça éveille forcément la curiosité, la compétition étant de haut niveau. Il s’agirait d’une variation autour des difficultés de 3 jeunes couples.
  • “Pour Sarah” (TF1) : adaptation d’une série québécoise, une quête de vérité pleine d’émotion mais palpitante au rythme de cliffhangers implacables. On nous annonce le meilleur, réponse dès la fin du mois sur TF1.
  • “Une île” (Arte) : Laeticia Casta et Sergi Lopez, présenté comme une variation moderne sur le mythe des sirènes. Primée à Series Mania 2019.
  • “Le bazar de la charité” (TF1) : à la tête de cette super-production historique, première en partenariat avec Netflix pour TF1, Audrey Fleurot et Camille Lou. Les premiers retours sont mitigés mais les premières images vues m’ont donné envie donc j’essaierai quand même.
  • “Les sauvages” (Canal +) : thriller d’anticipation politique et chronique familiale, la nouvelle série de Canal s’inscrit dans la lignée du phénomène “Years & years”. Peut-être moins désespérée. Marina Foïs, Roschdy Zem et Amira Casar.
  • “Trauma” (13ème Rue) : première production pour 13ème Rue, le casting mené par Guillaume Labbé excelle dans un thriller moderne. Annoncé pour novembre.
  • “Mytho” (Arte) : primée à Series Mania, menée par Marina Hands, les 6 épisodes seront diffusés au mois d’octobre.
  • “Moloch” (Arte) : thriller franco-belge autour d’inconnus qui prennent feu. Il y a Olivier Gourmet, Marine Vacth et Arnaud Valois. Il nous tarde du coup…
  • “Fertile crescent” (Arte) : Felix Moati et Mélanie Thierry plongée dans le conflit syrien
  • “Amour fou” (Arte) : Clothilde Hesmes et Jérémie Renier dans un thriller domestique

C’est donc le thriller qui s’impose comme le genre de prédilection des productions françaises de qualité. Arte devrait devenir l’une des premières chaînes auxquelles on pense quand on parle de séries françaises.

Mais TF1, France Télévisions et M6 en gardent forcément sous le coude pour l’arrivée de Salto auquel je continue à croire malgré les railleries.

On fait le bilan en fin d’année ?