Quelqu’un à qui parler

La première fois que je l’ai remarqué, c’était un jour de grève il y a quelques mois. Le chauffeur se lançait dans de grandes tirades pour demander aux gens de ne pas gêner la fermeture des portes. “… C’est pas pour moi vous savez, ça changera rien à mon travail, c’est plus pour vous, plus vous bousculez, plus vous arriverez en retard à votre travail. Enfin c’est vous qui voyez…”. Après avoir cru à un coup d’éclat isolé qui réussissait à provoquer des sourires, je me suis aperçu par la suite que quelque chose avait plus profondément changé.

metro-greve

Avant, coincé dans un métro entre 2 stations ou dans un trafic totalement perturbé, il n’y avait rien d ‘autre à faire que prendre son mal en patience, livré à soi-même. Aujourd’hui, le chauffeur est équipé d’un micro, les rames de haut-parleurs et on est informé. Avec plus ou moins de passion.

Si la plupart de ces nouveaux speakers font le job que la direction leur a assigné de façon tout à fait mécanique, purement informative (“nous stationnons quelques minutes pour régulation de trafic”), quelques-uns y trouvent une occasion d’exprimer un talent artistique trop longtemps enfoui.

Tiens cette semaine, ligne 1, une dame qui ferait facilement voix off à la radio nous racontait qu’on était vendredi, que le week-end approchait, que c’est pas un petit ralentissement qui allait nous agacer. Plus tôt, je me souviens d’un joyeux luron au taquet prêt à nous raconter une histoire drôle si on l’avait poussé un peu. Le tout provoquant invariablement un vague de sourires partagés entre voyageurs.

Même dans sa forme la plus automatique, j’aime assez savoir que la ligne a subi une petite panne électrique sans gravité ou que c’est ‘un voyageur malade à La Défense qui a provoqué un léger ralentissement. Ca ne change rien, mais au moins, on sait. Même si j’imagine que ça doit passablement gonfler pas mal de conducteurs auxquels on impose une nouvelle tâche.