Ma décroissance professionnelle assumée et heureuse

La question qu’on m’a le plus posée depuis 1 an n’est pas « Pourquoi tu n’écris plus sur ton blog ? ». J’ai bien noté que ça ne traumatisait personne hein. En fait, la question qu’on m’a le plus posée n’est même pas une question : « Ah, mais je savais pas que tu étais retourné en entreprise« . Si je raconte la vérité sur ce retour discret en version courte, j’ai peur de ne pas bien être compris. Alors pour fêter le premier anniversaire jour pour jour de mon retour au salariat, voici la version intégrale.

Lorsque j’ai raconté mon parcours en février 2021, j’étais un indépendant heureux, un professeur conquis, un producteur de podcast réjoui… et il me tardait de lire la suite. Après un congé sabbatique salvateur, j’avais compris et intégré ce qui ne me rendait pas heureux au travail : la quête incessante imposée d’une évolution hiérarchique sans fin, mon incapacité à éviter un investissement trop important (en temps de cerveau et en temps tout court), la position de dirigeant qui détourne de mon cœur de métier pour trop d’énergie consacrée à manager et gérer la politique ambiante, le besoin viscéral de m’impliquer sur des sujets qui ont du sens, qui comptent en les choisissant autant que possible. Autant de convictions qui m’avaient naturellement plus conduit vers l’indépendance qu’un retour en agence ou en entreprise. Pouvoir choisir de travailler moins quitte à gagner moins que les 20 années de direction d’agence s’avérait plus facile à gérer après l’expérience d’une année sabbatique sans aucun salaire.

Ce que je voulais ne m’offrait aucune perspective raisonnable de retour en entreprise, je n’en rêvais d’ailleurs pas particulièrement. Mes expertises à 52 ans après 30 années d’expériences professionnelles ne trouveraient sans doute plus jamais leur place dans une organisation sans un niveau de responsabilité élevé, du management d’équipes, des sujets imposés qui ne me plairaient pas forcément et l’obligation d’un niveau de salaire correspondant. Faire comprendre ma trajectoire de décroissance professionnelle choisie pour une qualité de vie meilleure me paraissait inaccessible.

Lorsque l’opportunité s’est présentée, je vivais ma meilleure vie : la pièce de théâtre dont je rêvais depuis 7 ans prenait enfin corps et s’apprêtait à me faire traverser les 5 semaines les plus incroyables, excitantes, bouleversantes de mon existence. Eprouvantes aussi. 100% de ma bande passante y était consacré, chaque étape demandait une énergie que je ne pensais même plus avoir. Aussi, passer des entretiens pour un poste que je n’aurais jamais relevait plus de l’exercice de style que du projet professionnel. De toute façon, qui confierait à quelqu’un avec mon profil un job d’ « expert », certes, mais très opérationnel, dans un cadre contraint que j’avais défini ? Ok pour gagner moins mais hors de question de travailler soir et week-end pour l’entreprise, pas de perspective d’évolution hiérarchique (c’est moi qui n’en veut pas), la liberté de mener des missions pour des clients si je le souhaite, de continuer à donner des cours aussi.

Franchement, en tant que recruteur, je n’aurais jamais misé sur quelqu’un comme moi, aussi certain de ce qu’il sait faire quitte à frôler l’arrogance, montrant aussi peu d’ambition avec un détachement assumé. Le seul signal d’une volonté d’investissement personnel reposait sur une attente clairement exprimée à chaque entretien : un environnement bienveillant.

Et pourtant, cette entreprise m’a fait confiance. J’ai accepté le poste un peu comme on me l’a proposé : un pari, qui se solderait par une expérience de passage au bout de quelques mois ou un engagement pour longtemps, personne ne savait. Et une seule certitude : la promesse d’exercer mes différents terrains d’expertise : les RP, les médias sociaux, les dispositifs d’influence, la communication sensible…

Je suis donc arrivé après une parenthèse enchantée au théâtre du Rond Point tous les soirs et la perspective d’une reprise pendant plus de 3 mois au théâtre La Bruyère. Ce qui me protégeait d’emblée de mon travers d’investissement trop important : tous les soirs à 19h, quoiqu’il arrive, je devais partir pour d’autres aventures. Pas de post sur LinkedIn pour annoncer en fanfare mon nouveau statut professionnel. Plutôt concentré sur la redécouverte du salariat en entreprise 20 ans et une pandémie mondiale plus tard. Avec une part de découvertes auxquelles je ne m’attendais pas, comme quand on ne s’attend à rien. Si je ne devais retenir que 3 enseignements inattendus pour moi :

Retrouver un corps social dont je ne savais pas qu’il m’avait manqué. Pour être honnête, ce sentiment d’appartenance à un groupe s’était amenuisé sans que je ne m’en aperçoive au fil de ma progression dans les hiérarchies. Diriger isole mais on ne s’en rend pas forcément compte ou on croit vivre bien avec. J’ai aujourd’hui la chance de travailler avec une équipe solidaire, qui m’a accueilli à bras ouvert, avec laquelle j’ai autant de plaisir de mener des missions qu’à faire des karaokés.

Assumer pleinement qui je suis dans mon travail. Ca ne me paraissait pas tellement nécessaire au-delà de l’attention portée à rejoindre une entreprise engagée dans la diversité, l’équité et l’inclusion. J’avais quand même pris soin avant la pièce d’affirmer clairement mon identité. Je suis ravi aujourd’hui de m’engager auprès du réseau Pride de mon entreprise et de partager complètement qui je suis avec mes collègues même pendant les karaokés (…), ça compte plus que je ne l’aurais imaginé.

Travailler sur une multitude de sujets passionnants pour une seule entreprise est possible. « L’assurance, c’est apporter des solutions simples et concrètes aux sujets de société complexes ». Je gagne tous les jours en expertise sur des sujets que je pensais pourtant bien connaître, le changement climatique en tête. Entouré de spécialistes de haut vol auprès desquels je prends un véritable plaisir à faire ce que je préfère au monde : les écouter, prendre des notes et apprendre.

Le dernier enseignement n’est pas que professionnel, il est encore plus inattendu et réjouissant : malgré un métier relativement sous pression, je me rends compte qu’avec les années, je n’ai plus jamais peur. Ca me rend sans doute pas simple à piloter mais sûrement un peu confortable aussi.

Est-ce que tout est parfait ? Non bien sûr, parce que ça n’existe pas. Mes travers me rattrapent-ils parfois ? Oui, mais je m’en rends compte et prends des mesures pour m’en protéger. Est-ce que je chante Dancing Queen en karaoké entre collègues ? Ca peut m’arriver.

Je ne manquerai pas de revenir ici pour la suite, j’ai toujours autant hâte de la lire !

Et je remercie Olivier sans lequel ce retour en entreprise n’aurait jamais existé. Et merci à cette entreprise qui a osé parier sur un profil atypique comme le mien.

C’est quoi, mon job ?

Quand je racontais mon métier il y a quelques années, c’était long et compliqué, sous des prétextes faussement techniques. Près de 20 ans plus tard, je n’ai pas tellement changé de métier, juste de façon d’en parler. 

« MON JOB, C’EST DE RENDRE INTERESSANT CE QUI EST IMPORTANT.« 

Cette formule, je l’ai empruntée à Philippe Vandel qui l’attribue au mythique journaliste américain Dan Rather, sans que je n’en ai jamais retrouvé la trace. Peu importe, elle embarque plein de dimensions qu’il m’aura donc pris 20 ans d’intégrer. Sous l’impulsion d’un environnement publicitaire qui sait dire un peu de mots ce qui pourrait prendre 100 pages. Dans la dynamique des médias sociaux qui ont montré l’attention générée par un contenu court et incisif plus que par de longues explications exigeantes mais laborieuses. En logique avec un rythme de pensée qui impose chaque jour un peu plus de rapidité, qu’on s’en réjouisse ou s’en désespère.

Je ne pense en revanche toujours pas que la communication se traite à coup de formules face aux grands enjeux de société modernes. Je ne suis pas fan des « éléments de langage » et me méfie des « punchlines ». J’ai seulement gagné la conviction que pour faire évoluer les pensées, il fallait éduquer. La pédagogie est nécessaire pour faire bouger les lignes. Or, pour éduquer, il faut intéresser, interpeller, créer l’envie. Une pensée qui dépasse largement le spectre du marketing des entreprises.

Tout les sujets peuvent devenir intéressants

Tout n’a pas le même potentiel à intéresser, je l’ai longtemps pensé. Mais après des années, à traverser des secteurs que je connaissais mal, j’ai compris. Ces enjeux liés au nucléaire, à l’eau en bouteille, au transports de matériaux, à l’épargne, à la transition alimentaire, aux matières premières comme le blé qui se raréfient, à la place des villes dans la transition écologique, à la chronologie des médias, au subtil équilibre du mutualisme, à la différence entre un virus contagieux et transmissible… Tout.

Mon job, c’est donc trouver l’angle, la pépite, l’éclairage qui va rendre attractive une information importante dont on devrait plus parler. Sans caricaturer. Sans tromper (communiquer, c’est choisir sur quoi on informe, pas désinformer). La question de la façon de porter cet angle viendra plus tard, la forme dépendra du fond, pas l’inverse. Pour identifier cet angle, je ne connais pas d’autres façon que d’apprendre à connaître le sujet, travailler, interroger, bousculer parfois. Et comme par magie, quand on connait bien le sujet, il devient passionnant dans son ensemble. Je n’ai pas de contre exemple, ça a marché à chaque fois.

Choisir les meilleurs formats pour éduquer dépend du fond

A l’ère des séries formatées Netflix, des streams sur Twitch, des événements expérientiels (même quand ils sont virtuels), des stories de quelques secondes, du gaming… nombreux sont les formats modernes pour intéresser. Mais fidèle à ma conviction « du fond avant la forme », je pense que la force d’un contenu prévaut sur l’évidence de la forme. Pour illustrer, choisir un projet personnel sera plus simple qu’un sujet professionnel.

Une pandémie mondiale a décimé 35 millions de personnes dans le monde depuis les années 80. Entre ceux qui l’ont vécu et préfèrent oublier et les plus jeunes qui n’ont pas été éduqués sur le sujet, le sujet me semble important, un devoir de mémoire s’impose. Comment orchestrer sa ? J’ai préféré la force de la narration plutôt à la modernité du format. Le théâtre pour toucher les jeunes n’est pas intuitivement l’idée la plus pertinente et pourtant… La suite est là.

La fois où le destin m’a empêché d’abandonner

30 octobre 2016

Je me laisse envelopper par la chaleur de cette eau tellement chaude que j’ai du serrer les dents pour m’y plonger. Mes amis (Mathilde et Olivier) sont probablement allé tester un bain moins chaud quelque part dans ce SPA géant plein d’étoiles. On ne s’est pas quittés depuis 3 jours de visite intense de Madrid, on s’est autorisé un bain à part.

Je suis sur le point de m’endormir. Seule la chaleur intense fait disparaitre la douleur. Je me sens bien et léger, enfin.

Je perçois une présence, j’ouvre un œil, un monsieur est venu s’assoir à côté de moi. Une quarantaine d’années, athlétique mais très mince, presque maigre, des cheveux mi-longs, un mini-maillot de bain coloré qui tranche avec les codes vestimentaires plutôt traditionnels de l’endroit, un large sourire communicatif, il me lance un grand « ¡Hola! ». Après lui avoir indiqué en anglais que je ne parle pas espagnol sur un ton qui laisse peu de doute sur ma ferme intention de ne pas poursuivre cette conversation, il me demande depuis combien de temps je souffre des épaules.

Forcément, je suis interloqué. Je subis une capsulite rétractile qui me pourrit la vie depuis quelques semaines (ce n’est que le début) mais ce n’est pas tellement supposé se voir. Devant mon incapacité à gérer cet étrange début de conversation, il enchaîne dans un anglais sans accent sans attendre la moindre réponse.

Je vous ai vu entrer dans l’eau, j’ai ressenti votre douleur. Est-ce que vous avez subi un choc psychologique dernièrement ?

C’est la question qu’on m’a le plus posée depuis 2 mois. Non. Je ne dis rien mais non.

Je pense que dans votre cas, c’est quelque chose qui vous pèse. Le travail, votre relation amoureuse, un projet dans lequel vous vous êtes engagé il y a 9 mois…

En tant que célibataire heureux dans mon travail, je cherche donc ce qu’il s’est passé dans ma vie il y a 9 mois. Je ne vois rien. Il n’y a rien qui me pèse. Je suis heureux. Heu-reux. Cette personne me raconte n’importe quoi, c’est évident. Je ferme les yeux, me rendors même peut-être. En tout cas, lorsque j’ouvre mes yeux, c’est à l’approche de mes amis et le monsieur est parti sans que j’y prête attention. Madrid, ses tapas et ses cocktails nous attendent, n’y pensons plus.

8 mai 2017

Ma capsulite rétractile a convoqué l’épaule droite alors que la gauche n’est pas encore remise. A part ça, tout va bien. Mais vraiment bien. Pour une raison que je ne comprends pas, je me suis réveillé le matin même avec une révélation qui m’a glacé : je me suis engagé dans un projet en août 2015 mais le contrat n’a été signé qu’en janvier 2016. Soit très exactement 9 mois avant ma visite de Madrid. J’ai bêtement pensé « il aurait pu préciser que c’est la signature qui comptait« …

Et s’il avait raison ? Si ce projet me pesait plus que je ne l’imaginais ? Je n’ai pourtant jamais pensé qu’il suffirait de quelques mois pour le réaliser, je savais que le chemin serait long et sinueux. Mais j’en suis à un point où n’importe quelle méthode pour faire disparaitre cette douleur lancinante dans mes deux épaules est bonne à explorer.

J’y pense toute la journée, je ne peux pas m’y empêcher. C’est le temps qui m’est nécessaire pour décider de tout arrêter.

Le soir, je dîne avec des amis (Pierre et Matthieu), ils connaissent mon projet, je suis sur le point de leur annoncer ma décision quand mon téléphone sonne. C’est un ami (Sabri), rien ne dit que c’est urgent et pourtant je sors pour décrocher. Il doit me présenter quelqu’un par rapport au projet, il est sûr que ce peut être une rencontre décisive. Je le crois. Je rejoins mes potes dans le restaurant et je me tais.

14 mai 2017

Nous dinons à 3 sur la terrasse de l’Hotel Providence, près du théâtre de la Renaissance, à 2 pas du Théâtre Antoine et du Splendide. Sabri me présente Virginie. Nous travaillerons ensemble, je le sais le soir même. Le lendemain, j’appelle celui avec lequel j’ai acheté les droits (Fred) et lui annonce que nous allons renouveler pour une année supplémentaire.

Quelques années plus tard, le 8 septembre 2021 débuteront au Théâtre du Rond Point les représentations de The Normal Heart, la pièce de Larry Kramer mise en scène par Virginie de Clausade. Je n’ai jamais autant pensé depuis quelques semaines à mieux discerner les bons signes du destin parmi tous les scories. (Et je pourrai lever les 2 bras dans la salle en signe de victoire, mes épaules vont bien, merci.)

Coup de cœur théâtre

Après quelques pièces qui ne m’ont pas emporté depuis la réouverture des théâtre, je suis allé voir ce soir « Mes adorées », un seul en scène d’Edouard Collin dont je n’attendais pour être franc à peu près rien. Comme il le dit lui même dès la première phrase de son spectacle, il est « trop lisse » (c’est ce qu’il a le plus entendu dans son métier) et c’est d’ailleurs à peu près ce que je pensais. Mais j’étais ravi d’accompagner un ami dans un théâtre à côté de chez moi où je n’étais jamais allé et puis, au pire, regarder Edouard Collin pendant 1h30 ressemble une punition tout à fait acceptable.

Bien sûr, j’avais vu passer des critiques particulièrement positives sur les sites de réservations mais j’ai appris à m’en méfier, je connais les trucs de communication, les amis qui veulent aider, les fans pas objectifs, je ne me fais plus avoir.

Dès les premières minutes, je me suis laissé cueillir par un principe narratif malin qui consiste à camper la galerie de personnages qui a peuplé sa vie sans pour autant tomber dans une succession de scénettes artificielles. Edouard est le narrateur de sa propre vie du début à la fin mais se retrouve comme possédé par tous ceux qui l’ont entouré, qui l’ont parfois porté, parfois détruit.

Les personnages, hauts en couleur, sont donc bien comme son histoire, tout sauf lisses. Sa mère, son père, les amants de sa mère, les dealers de sa mère, les flics, la dame de l’aide sociale à l’enfance… et bien sûr ses grands-mères, ses adorées. Tous prennent vie à travers son regard qui semble bloqué dans une enfance qui lui a été volée. De la truculente marseillaise à la bourgeoise qui n’a jamais travaillé en passant par le macho bas de plafond ou la junkie, chacun prend possession du récit, s’en empare, parfois violemment, parfois avec bienveillance.

Souvent, les yeux de l’acteur s’embuent, systématiquement avec certains de ses personnages, les yeux des spectateurs suivent. Dans la salle, on est chacun touché par des caractères. J’ai de mon côté particulièrement aimé « Mamie Cocotte » que j’ai eu l’impression de voir prendre vie devant moi. J’ai évidemment comme vous le serez été bluffé par l’interprétation de sa mère, il faut sans doute avoir vécu d’aussi près cet état de dépendance pour lui donner corps de façon aussi spectaculaire.

L’autre bonne idée de ce seul en scène, c’est d’avoir construit sur un terreau d’une dureté implacable un spectacle lumineux, plein d’amour, bourré d’humour avec de nombreux rires dans la salle. Et comme une ultime surprise, on découvre au passage qu’Edouard a une belle voix de chanteur.

En sortant, je n’avais qu’une seule envie, c’est d’appeler ma famille pour leur dire que je les aime. Quoi attendre de mieux d’une soirée au théâtre ?

Il ne reste plus beaucoup de places, uniquement pour la dernière représentation annoncée le 28 juillet au théâtre du Marais. Mais, à entendre les applaudissements aussi interminables à la fin qu’ils ont été retenus pendant toute la durée du spectacle, on devrait le retrouver très vite, à la rentrée, c’est tout le bien qu’on lui et qu’on souhaite à tous ceux qui iront le découvrir.

Bande-annonce de « Mes adorées » par Edouard Collin.

Quelque chose me dit qu’on reparlera bientôt théâtre par ici, stay tuned.

Une chanson vaut un long discours

C’est le mois des fiertés.

Dire que j’ai une relation au sujet compliquée est un euphémisme. Plutôt que parler de « fierté », j’ai longtemps préféré revendiquer un droit à l’indifférence… que je ne me suis en fait jamais vraiment accordé à moi-même.

Comment combattre pour qu’une inclusion plus naturelle dans la société s’opère pour les générations qui suivent sans s’accepter et s’exposer, au moins un peu ?

La pression sociale, les postures homophobes visibles ou rampantes, les campagnes de dénigrement orchestrées à chaque progrès vers plus d’égalité et de normalisation (dépénalisation, PACS, Mariage pour tous…), les positions extrêmes des activistes aussi parfois et les combats intérieurs ont contribué à donner une couleur particulière à ma vie.

Pour décrire, et adresser d’une certaine façon, ce que je ressens, il y avait la possibilité de m’allonger sur un divan (je ne suis pas un bon client), d’échanger sans fin sur le sujet (mais j’ai besoin de nuances et ce n’est pas tendance, la nuance), d’écrire en format long (ce que j’ai fait mais ne publierai pas, pas tout de suite en tout cas).

La musique est le moyen le plus sûr que je connaisse pour partager mes émotions.

Alors il y a un titre des Pet Shop Boys qui m’a plu avant même que j’en comprenne complètement le sens. Lorsque j’ai suffisamment parlé anglais pour tout comprendre, il a résonné encore plus fort mais j’étais encore trop jeune pour comprendre vraiment pourquoi.

A 52 ans, c’est un bon moment pour prendre à mon compte chaque phrase de ce titre chanté récemment par Elton John au profit de sa fondation, en duo avec Years & Years. Le sentiment qui s’est construit, depuis l’école jusqu’à l’âge adulte, ce que j’ai combattu, le rapport à la religion, ce qu’il en reste aujourd’hui, tout y est, je ne pourrais pas mieux dire. Alors autant la chanter.

Je n’ai à convaincre de rien. Je n’ai rien choisi. J’ai fait avec, comme je pouvais. Je suis heureux à chaque coming-out que je lis ici ou là, d’autant plus lorsqu’ils s’accompagnent d’autant de légèreté que possible. La fierté, j’aimerais la vivre mais ce n’est pas le cas. J’ai peur qu’on soit quelques-uns dans mon cas à souffrir d’une situation qui s’est imposée, par étape, comme autant de claques dans la gueule.

La fierté, je vais donc essayer de la créer. Ca passera par un engagement pour que les générations d’avant et leurs combats ne soient pas oubliés.

Comment la télé continue à faire l’opinion publique

Il est désormais d’usage de s’émouvoir d’une télé en linéaire de moins en moins consommées par les jeunes. Pendant que les médias sociaux feraient la pluie et plus rarement le beau temps de l’opinion avec des contenus qui leur sont propres. En réalité, un système beaucoup plus imbriqué s’est mis en place pour rythmer les conversations. Une fabrique à « buzz » qui échappe le plus souvent aux observateurs, ignorant une brique majeure de ce système : l’éditorialisation des fils Twitter des chaines de télévision qui font émerger des séquences qui auraient pu passer à la trappe.

Un cycle vertueux de l’information a été longtemps bien connu des professionnels des RP. En épaississant le trait : pour s’inscrire dans l’agenda médiatique, décrocher les 2 premières pages du Parisien constituait la voie royale pour les revues de presse radio du matin et le 20h de TF1 le soir. Les médias sociaux sont venus bousculer ce cycle, mais pas forcément tel qu’on le décrit en général.

Prenons par exemple les débats qui ont animé la première semaine de ce mois d’avril 2021.

Racisme et misogynie dans la télé des années 95

Tout commence en fait le 30mars 2021 lorsque TMC offre au chroniqueur de Quotidien Etienne Carbonnier un Prime intitulé « Canap 95 ». En retraçant ce que la télé osait montrer il y a 26 ans, avec la volonté évidente de démontrer que « les temps ont changé », une séquence retient l’attention des 1,76 millions de téléspectateurs. Bon score pour TMC mais en réalité, les français regardent beaucoup plus largement « La stagiaire » sur France 3 (4,56 millions) et la série américaine S.W.A.T sur TF1 (3,51 millions). A peine plus de 7% de public devant la télé est branché sur le Canal 10 de la TNT et Twitter est principalement occupé à vibreraux tribulations des aventuriers de Pekin Express suivi par 2,52 millions de personnes sur M6.

Cette séquence, c’est en fait surtout sur le compte Twitter de Quotidien qu’elle va se faire remarquer.

La séquence montre la sympathique co-animatrice noire de l’émission, Pepita, rire à un ensemble de blagues à caractère raciste et misogynes.

Retweetée plus de 15.000 fois, commentée avec la capacité d’analyse posée et nuancée qu’on connait de ce réseau du temps réel (lol), la machine médiatique est enclenchée : immédiatement, « l’émotion des internautes » est relayée par les médias en ligne. Les chaines infos repèrent le potentiel à débats dans l’ère du temps, sur fond de woke et cancel culture, elles prennent donc le relais dans la foulée, contribuant à nourrir la conversation sur les médias sociaux. Le reste de la presse, toujours heureuse de trouver un sujet à feuilletonner, se bat pour obtenir la réaction de la principale intéressée : TPMP sur C8 et Hanouna, grand spécialiste du feuilletonnage des polémiques, dégaine le premier, aussitôt suivi du Parisien. Pepita y raconte que ce buzz lui fait beaucoup plus de mal aujourd’hui que les « gentilles plaisanteries dont elle se considère complice à l’époque ». Moments de flottement mais autant de pièces remises dans la machine à buzz, CNews et Pascal Praud en tête de liste.

On imagine Patrice Laffont, animateur de l’émission, croulant sous les demandes d’interviews pour continuer le feuilleton, France 2 invité à commenter, les trop rares animatrices noires à l’antenne pressées à réagir… Rien ne dit que cette séquence est définitivement clôturée lorsque la suivante prend le relais.

Diners clandestins et affaire d’état

Le 2 avril, le 1945 de M6 diffuse un reportage sur des dîners clandestins réservés à quelques happy fews pour des prix exorbitants dans la capitale. La séquence est relayée sur le fil Twitter de M6 infos, la même machine s’emballe : 20.000 partages, des milliers de commentaires choqués-énervés-ulcérés. Mais cette fois, les internautes vont prendre le relais. D’abord en faisant le rapprochement entre ce mystérieux « collectionneur renommé » et le sulfureux mondain à tendance mythomane Pierre-Jean Chalençon puis en exhumant une interview où le très bavard ex-chroniqueur de l’émission à succès « Affaire Conclue » n’hésite pas à en foncer le clou dans l’implication supposée de ministres dans ces dîners illégaux. « Pour plaisanter », essaiera-t-il de faire croire pour sa défense après avoir réalisé que le stade du buzz était dépassé pour atteindre celui d’affaire d’état. Las, M6 dégaine le lendemain dans le 1245 l’intégralité de l’entretien, à visage découvert cette fois, histoire de ne laisser aucun doute sur le caractère très peu déconneur de ses propos. Très peu l’ont vu sur M6, beaucoup plus encore une fois sur Twitter.

https://twitter.com/m6info/status/1378089447271596038

Entre temps, le procureur de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête « pour mise en danger d’autrui » qui relève du pénal. Re-chaines infos, re-Hanouna, le même cycle se répète, surfant sur le sujet porteur des « castes privilégiées », amplifié cette fois par l’interpellation des politiques. Quotidien, qui tente de ne pas jouer dans le même caniveau que TPMP et CNews, retient pourtant l’histoire dès ce 5 avril comme fait média du jour. Avec à chaque fois de nouvelles envolées sur les médias sociaux.

https://twitter.com/Qofficiel/status/1379126992235282433?s=20

Particulièrement bon client à ce jeu là, Chalençon choisit le 6 avril, au moment où ce billet est écrit, une ligne de défense « poisson d’avril » de toute beauté. Avec une déclaration évidemment relayée par le compte Twitter de BFM et qui semble avoir été pensée pour nourrir les trendy topics de twitter. Succès garanti. En attendant la suite qui ne manquera pas de descendre encore plus bas.

Ces 2 actus ont relégué en bruit de fond prêt à revenir au premier plan la séquence Marie Portolano et Pierre Menes (qui avait suivi le même cycle), en attendant la prochaine séquence.

Est-ce que ces jeunes « qui ne regardent plus la télé » en entendront parler ? Bien sûr, en prenant de nouveaux chemins mais pas forcément en créant l’actu sur Twitch ou via des influenceurs YouTube. Quand on s’intéresse à ce qui occupe l’esprit de l’opinion publique, toutes tranches d’âge confondues, impossible d’ignorer les fils Twitter des médias et leur capacité à extraire les moments qui ont le potentiel d’occuper les conversations pendant 3 jours. On notera d’ailleurs que les présentateurs télé n’hésitent pas à taper sur les emballements Twitter sans préciser que leur chaîne participe à les nourrir.

Comment écouter le podcast Séries Oh. My. God! ?

Depuis le mois d’octobre 2020, Oh. My. God! a rejoint pour sa saison 2 la famille des podcasts Prisma Audio. On se réunit entre amis pour échanger sur nos coups de cœur du moment, on débat et on rigole en mode décomplexé, on vous donne des idées de prochaines séries à ne pas manquer.

Pour l’écouter, il suffit de passer par votre plateforme de podcasts favorites. Mais le choix est large, voici donc toutes l’accès pour les principales plateformes de podcast.

Evidemment, on attend avec impatience vos retours et commentaires (et étoiles dans Apple Podcast). Et on se retrouve le premier dimanche de chaque mois à 10h pour un nouvel épisode.

Le CV raconté (mis à jour)

Si toutes mes aventures professionnelles ont parsemé ce blog depuis 2005, pas forcément simple de s’y retrouver parmi la diversité des sujets traités. J’ai donc réintégré ici dans un format plus linéaire 30 ans d’aventures pros.

De mes études marquées par la biochimie et la communication, je me suis surtout arrêté sur les stages, en particulier celui qui m’a amené à vivre plusieurs mois dans l’univers de la musique, chez Delabel. En revanche, mon détour par le service militaire m’a suffisamment marqué pour que je le raconte plusieurs fois ici. Si j’ai osé la photo en treillis, je n’ai jamais dévoilé le look jeune cadre dynamique de l’époque, déjà sans cravate, que je m’étais créé.

De mon premier vrai travail, au sein de l’agence Kingcom, j’ai retenu les pratiques d’avant la technologie mais je n’ai pas encore raconté la superbe aventure avec les 60 ans des briquets Zippo ni la joie de lancer une marque de lingerie féminine (Vanity Fair) auprès des journalistes modes de la presse féminine dont certaines sont devenues des amis pour longtemps.

C’est la sortie d’un film qui a été l’occasion de me replonger dans mes années Kodak, je ne suis pas sûr qu’on y mesure à quel point j’ai été chanceux de vivre ces années là. Sauf peut-être quand je passe en revue les exceptionnels voyages que la fonction m’a amené à vivre. Et pour une raison indéterminée, je fais l’impasse sur le lancement à Londres des films APS Advantix avec Carla Bruni (pas encore Sarkozy) dans une robe très photographique.

De mes 3 années en charge des RP Europe pour Thomson multimedia, aucune trace. Si je n’ai pas particulièrement apprécié la pression politique permanente, j’y ai rencontré des gens exceptionnels et développé ma phobie de l’avion qui m’amenait chaque semaine dans un pays d’Europe différent. Encore un sujet à creuser donc. Je garde en tête le lancements de téléviseurs créés par de grands designers tels que Matali Crasset (et Starck avant elle).

De mes années agence, chez Ketchum puis Ogilvy, je ne me suis arrêté que sur les formations, avec l’Advanced Management Program d’Omnicom et son rebond, puis le SMP côté WPP. De la période Ketchum, je n’ai raconté que ma pire expérience professionnelle pour un client de l’époque. En revanche, rien sur les moments incroyables que m’ont fait vivre des marques exceptionnelles : côtoyer Pixar époque Steve Jobs (sauf une mention à la fin de ce billet), l’arrivée de Starbucks en France ou les 75 ans de la montre Reverso de Jaeger Lecoultre dans les jardins du Musée Rodin pour n’en citer que quelques-uns.

Chez Ogilvy pendant 14 ans, j’ai eu la joie de relancer le business RP de l’agence, piloter sa communication, diriger le réseau français et européen d’expert en social média, développer l’offre « contenus » et assurer la fonction de référent com de crise…

Si j’ai raconté l’expérience incroyable qu’ont été les same sex marriage réalisés pour Google en hangout, il manque quelques-uns des moments incroyables que j’ai vécu.

D’abord avec les pandas : pour la ville de Chengdu en Chine en accompagnant l’arrivée en France de 2 pandas au Zoo de Beauval, en recouvrant l’esplanade de Beaubourg de pandas pour le WWF. Mais aussi (rien à voir) avec George Clooney pour la sortie de son film Monuments Man. Il y a eu cette expérience marquante pour Water for Africa.

De toutes mes années de gestion de crise, je ne peux pas dire grand chose. C’est pourtant souvent de ce côté que les expériences les plus fortes ont été vécues. Sans que ce soit de la crise, je garde une affection particulière pour la contribution à la réunion des 1000 maires du monde entier à la Mairie de Paris dans le cadre de COP 21… 3 semaines après les attentats du 13 novembre 2015. Fort, émouvant, difficile, passionnant.

En 2018, j’ai décidé qu’il fallait donner un nouvel élan… en commençant par un congé sabbatique beaucoup plus productif que prévu. J’en ai fait le bilan. Au retour, je me suis lancé dans l’entreprenariat en devenant consultant indépendant dont j’ai assez vite parlé, à chaud. L’accueil a été très touchant et inattendu pour moi. Depuis, une crise sanitaire est passée par là mais l’activité se porte étonnamment bien, sans visibilité long terme mais avec une activité qui reste au final soutenue. En parallèle, je me suis lancé dans l’enseignement pour les Masters de l’INSEEC et j’ai créé un podcast sur les séries que je continue à produire et animer.

Rendez-vous dans quelques années pour la prochaine mise à jour (il me tarde de lire, ahah).

Petit bilan 2020.

Une bien chouette année, on ne le dira jamais assez. J’en ai profité pour abandonner un peu mon blog. Après le bilan 2019 (on était jeunes et innocents à l’époque), j’ai parlé un peu séries, forcément. En commençant par la déception Sex Education qui a pourtant séduit le reste du monde. J’ai équilibré in extremis avec mon coup de cœur 2020 et le bienveillant TED LASSO. J’ai aussi parlé programme de flux à la télé avec la bonne surprise Stars à nu. Et puis il y a eu ce cadeau régressif avec l’intégrale de Marie Laforêt que j’ai tant aimé. J’ai aussi raconté un voyage, parce que oui, j’ai eu la bonne idée de voyager en février 2020, juste avant le… bref, j’ai raconté le Nicaragua.

Bon, forcément, il y a eu quelques petits événements moins légers que j’ai essayé de traduire de façon posée alors que j’étais en looping arrière tendu à l’intérieur. Ca s’appelait Colère froide du coup. J’ai tenté de compenser la période avec une série de vidéos qui s’intéressaient aux autres, j’ai adoré faire Le Monde d’Après, vivement le prochain confinement hein.

D’ailleurs, c’est aussi sur YouTube que j’ai publié des vidéos qui auraient fait l’objet d’un post écrit il y a quelques années… Par exemple mon premier test PCR Covid

2020 est aussi l’année où, avec l’équipe de Oh. My. God! (le podcast séries décomplexé, tu sais ?), on a été accueilli dans l’offre Prisma Media (merci Sabri), on a continué a bien rigoler avec les copains Emilie, Virginie, Fabrice et Sélim et même un remplaçant de luxe (coucou William). On est toujours sur vos plateformes de podcast préférées et on revient très vite en 2021. En cadeau ici, le dernier épisode de 2020 pour ceux qui ne l’ont pas encore écouté (j’ai les noms)

Pour répondre à la question qu’on me pose le plus (et vous éviter l’écoute de 10h de podcasts), voici le classement de mes nouvelles séries préférées de l’année :

Côté plateformes, Apple TV+ vient donc se caler tout à côté de Netflix pour m’offrir mes séries préférées. Une mention particulière à la saison 4 de The Good Fight, toujours aussi efficace mais toujour spas dispo sur Prime Video. Une autre mention pour Now Apocalypse, la série de Gregg Araki sortie en 2019 mais découverte seulement 2020, vrai coup de coeur.

A noter que je n’ai pas vu Normal People dont je pense que ca sera un autre coup de coeur en retard.

Vivement le bilan 2021, il sera plein de photos de voyages, de fêtes entre amis, d’embrassades et hugs en pagaille. Il sera aussi sur la scène du Théâtre du Rond Point, enfin… Ca va être chouette !

TED LASSO est ce qu’il vous faut

Longtemps que je n’ai pas écrit sur les séries. Il faut dire qu’on en parle tous les mois avec les copains dans le podcast Oh. My. God (allez l’écouter d’ailleurs, ici ou sur vos plateformes habituelles, j’en profite…). Résultat, j’avais moins de raisons d’en parler ici. Il fallait un coup de coeur suffisamment gros pour que je m’y remette. Si en plus, il apparait que tout est en place pour que vous ratiez votre coup de cœur potentiel, je me sens investi d’une mission de premier ordre : vous convaincre que vous allez aimer TED LASSO. Alors voilà.

Tout part d’un quiproquo.

Fan de la première heure de son initiateur-interprète Jason Sudeikis (ex « SNL« , « Comment tuer son boss ? », « Les Miller« …), je suis quand même allé lire les critiques de nos grands magazines avant de me lancer, plonger dans une série étant devenu l’un des plus gros engagements des temps modernes. Nos amis critique séries ont malheureusement d’emblée confirmé mes craintes. Pour Première  » On a un peu de mal à envisager que quelqu’un qui ne s’intéresse pas du tout au football – ou plutôt au soccer comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique – puisse se passionner pour TED LASSO« , pour Les Inrocks « Une comédie sportive sur fond de choc des cultures« , pour Le Point « ... blagues sur le monde du foot (un peu paresseuses et s’appuyant surtout sur des clichés), des intrigues de vestiaires (un peu cousues de fil blanc) et des cocasseries nées du fossé culturel et social américano-britannique (efficaces mais pas très originales)… » (même si la critique du Point est au global plutôt bonne). En plus des clichés tant redoutés, on nous promet une morale dégoulinante de bons sentiments jusqu’au dégout. Pas envie.

Oui, TED LASSO est bien l’histoire d’un coach de football américain d’une naïveté confondante qui confine à la crétinerie, confronté à la culture anglaise qu’il ne comprend pas mieux que notre bon vieux « soccer » européen. Plus exactement, c’est le point de départ qui creuse le sillon des pastilles humoristiques créées pour la promo de NBC Sports en 2013, toujours en ligne sur YouTube ici ou ici. Mais la série dérivée pour Apple TV+ n’a finalement pas grand chose à voir. Il m’a fallu croiser le chemin sur Twitter de quelques ardents défenseurs auxquels je fais confiance (Poke Gonzague) et un nouveau confinement où perdre du temps n’est plus tellement un enjeu pour décider à me faire un avis par moi-même.

Parlons de TED LASSO, la série.

Il m’arrive de me demander si les auteurs des critiques ont vraiment regardé les séries dont ils parlent. Comment peut-on voir devant TED LASSO une série humoristique sur le football et le choc des cultures ? L’émotion recherchée étant de toute évidence autant les larmes que les rire et la toile de fond sportivo-culturelle servant surtout quelques gags (et souvent pas les meilleurs d’ailleurs). On aurait pu compter sur l’intelligence de la promo par Apple TV+ pour corriger le tir mais c’est un espoir qu’on a perdu depuis longtemps. C’est donc sur fond d’affiches et bande-annonces qui disent « football » et « choc des cultures »qu’il faudra trouver sa voie.

Hannah Waddingham et Jason Sudeikis

Alors de quoi ça parle ? Lorsqu’une femme humiliée par son mari se retrouve à la tête d’un club de foot de Richmond dans la banlieue londonnienne, elle décide de détruire l’image du club en engageant à son insu un coach de football américain de toute évidence incompétent en matière de Premier League.

TED LASSO met au centre de tout l’optimisme et la bienveillance. Alors bien sûr, c’est cousu de fil blanc, on comprend en quelques minutes qu’on va s’attacher à ce personnage caricatural ridicule au prime abord, mais c’est beaucoup plus que ça.

Le « Succession » de la bienveillance

Si on réussit à ce point à trouver passionnants les protagonistes de « Succession » pour leur capacité à être détestables, pourquoi une série qui réussit à rendre l’intégralité de ses personnages attachants le serait moins, passionnante ? Et on est heureux de les aimer autant ces personnages qui révèlent tous, plus ou moins rapidement, leur part d’humanité. Passée au tamis d’un irréductible optimisme, c’est l’attention aux autres qui impose le meilleur, avant toute autre chose ou qualité. On comprend assez vite que les quitter va être difficile donc on déguste chacun des épisodes avec attention et précaution. D’autant que chaque épisode ne dure que 30 minutes, le nouveau format qui semble s’imposer en 2020. Comme pour « Succession », il faudra passer le premier épisode pour rentrer dans le ton de la série, un peu déstabilisant au départ si on n’est pas accoutumé à l’humour de Sudeikis.

Jason Sudeikis et Brett Goldstein

On est d’accord, TED LASSO retourne un peu vite certains personnages (sa façon de se mettre les médias dans la poche doit faire rêver au plus haut sommet de l’état), on se prend parfois à espérer un peu plus d’images de foot quand les matchs ne sont vus que des vestiaires juste avant et juste après. Certes, autant dans bienveillance condensée dans une seule personne n’est pas d’une crédibilité à toute épreuve. Mais encore une fois, l’enjeu central de TED LASSO n’est pas son réalisme. La question qui finit par émerger est : comment les scénaristes vont-ils réussir à nous faire aimer l’intégralité de ses personnages ? Ceux qu’on déteste au départ, c’est assez classique, on connait les rouages. Mais surtout, ceux dont on se fiche, qui sont habituellement une façon d’habiller le second plan.

Des sujets de société au-delà du choc des cultures

La vraie toile de fond de TED LASSO va puiser dans des sujets de société autrement plus intéressants que la passion du thé ou d’un plaquage au sol : l’âgisme, la grossièreté machiste, la pression de la réussite… Avec le parti pris initial d’une naïveté enveloppante qui offre au final un regard nouveau sur ces enjeux bien plus profonds. Le petit miracle est de réussir à les traiter avec humour (on sourit souvent, on éclate de rire une ou deux fois) ou émotion qui nous met les larmes aux yeux. Exercice qui atteint son paroxysme dans les 30 dernières secondes devant lesquelles toutes les personnes sensibles comme moi seront dans la situation étrange de mélanger des larmes et un éclat de rire.

Juno Temple

Casting au diapason

Si Jason Sudeikis s’est écrit un rôle sur mesure, il nous offre en plus le plaisir de revoir Juno Temple (qu’on aime depuis « Mr. Nobody » et qu’on avait adoré il y a 2 ans dans la première saison de la série « Dirty John »). Mais ce sont d’autres retrouvailles ou découvertes qui sont encore plus jubilatoires : l’actrice chanteuse Hannah Waddingham, l’hillarant Jeremy Swift (vu dans « Downton Abbey »), les rivaux Brett Goldstein (le beau plus tout jeune, qui a semble-t-il participé à l’écriture) et Phil Dunster (le beau gosse tombeur), Brendan Hunt (en coach socialement pas bien armé, très drôle à chaque rare réplique) ou encore, dans un petit rôle à l’écran central dans l’histoire, Anthony Head devenu moins sympa depuis les années « Buffy ».

On ne sait pas encore qui sera au rendez-vous des saisons 2 et 3 déjà annoncées, sous l’impulsion des bonnes critiques et de l’engouement aux Etats-Unis (contrairement à la France). Mais quoiqu’il arrive, on sait déjà qu’on sera content de les retrouver.

TED LASSO est la série la plus attachante de l’année, oubliez cette envie irrépressible de buter tout le monde depuis que 2020 a décidé de nous offrir un condensé de tout ce qu’on ne voudrait pas vivre. Foncez déguster les 10 épisodes de 30 minutes sur Apple TV+.