On a retrouvé Les Enfants de la télé

C’est la nouveauté la plus réjouissante de l’année à la télévision française. Je sais, c’est un peu surprenant de parler de nouveauté pour un programme qui a plus de 23 ans. Mais après de multiples errances sur TF1 sous la houlette d’Arthur qui tournait en boucle sur les mêmes invités chaque mois en prime, le retour au source par le vrai passionné de télé qu’est Laurent Ruquier fait mon bonheur.

Ainsi, depuis le 3 septembre, chaque dimanche en début d’après-midi, Ruquier reçoit 4 personnalités et régulièrement une icône de l’histoire de la télé. Ainsi, Denise Fabre, Danièle Gilbert, Christophe Dechavanne, Sylvie Vartan, Sheila, Dave, Marc-Olivier Fogiel ont précédé Evelyne Leclerq, Christian Morin, Annie Pujol, Sophie Favier, Marc Toesca et Dorothée lors du prime de ce jeudi soir.

L’enjeu réside moins dans les casseroles des invités que dans le plaisir de retrouver des madeleines de Proust télévisuelles. Ruquier semble avoir vécu la même enfance que moi (sur les mêmes programmes en tout cas) et c’est donc un vrai plaisir complice. On a donc retrouvé la tonalité des 2 premières années du programme sur Antenne 2 avec Arthur épaulé alors de Pierre « Magic » Tchernia qui apportait la caution « expert de la télé » dont Ruquier n’a pas besoin.

Je ne suis pas certain que ça puisse séduire un public de moins de 40 ans mais sur moi, ça marche vraiment bien. Et on est visiblement quelques-uns avec mes potes séniors à aimer ça : près de 1,5 millions de téléspectateurs en moyenne le dimanche, plus de 2,5 millions en prime, c’est un carton d’audience qui me fait croire encore un peu en l’humanité (je sur-réagis, je sais ^^).

Lors du prime de cette semaine, toujours dispo ici en replay ici, j’ai en bonus enfin pu retrouver les images que j’avais vues en direct de Récré A2 qui consistait à choisir un nom pour la nouvelle arrivante Isabelle.  C’est Zabou elle-même qui m’avait indiqué que je m’étais trompé sur le deuxième choix en 2006 dans ce billet. Mais je n’avais jamais réussi à retrouver les images. On est donc sur un vrai moment de plaisir régressif.

A noter également 2 chroniqueurs à l’énergie communicative, Jérémy Charbonnel et Jérémy James qu’il faut aller voir sur scène.

Vivement la rentrée des Enfants de la télé !

Mon bilan série 2017

Après une année 2016 très riche, je m’attendais à une cuvée 2017 un peu décevante au rayon des nouveautés. Ca n’a pas été le cas. Mais tout le monde a déjà raconté ses coups de coeur de l’année, multi-récompensés. Voici donc un classement un peu plus resserré.  Une trilogie très concentrée sur la condition des femmes confrontées à une violence omniprésente (un peu le thème 2017 donc). Et plein de catégories spéciales pour sortir des sentiers battus.

Top 3 nouveauté de l’année :

1.  The Handmaid’s tale

C’est mon coup de coeur absolu, je ne suis pas le seul. Depuis Top of the lake, je sais qu’Elisabeth Moss est une actrice exceptionnelle. Depuis Black Mirror, je sais que les dystopies fonctionnent sur moi. Je connaissais l’histoire de « La Servante Ecarlate » mais je ne m’attendais pas à un tel choc après mise en image. Un univers visuel très puissant au service d’une histoire glaçante, cela créé un malaise dont on ne peut pas se détacher. La façon dont le tout résonne dans la société contemporaine participe à la dimension terrifiante de l’oeuvre. La saison 2 est attendue en avril, j’ai foi dans sa capacité à tenir le niveau.

2. 13 reasons why

Voici une série à laquelle je ne croyais pas. Selena Gomez productrice d’une série sur le suicide d’une ado dont les premiers épisodes sont quasi primesautiers, ça partait mal. J’adore les séries mécaniques, dont chaque épisode suit une construction similaire pour mieux la casser ponctuellement. J’adore quand le ton bascule, quand le drame s’invite, quand la dimension « d’utilité publique » apparaît. J’avoue que j’ai des doutes sur la saison 2, 13 reasons why a tous les attributs d’une série faite pour donner le meilleur en une saison. Wait and see.

3. Big little lies

Un « Desperate housewives » revu par celui qui m’a fait aimer les séries, David E. Kelley, et mon réalisateur canadien préféré, Jean-Marc Vallée : tout était réuni pour le coup de coeur. Seul le casting pouvait gâcher le plaisir : si ma passion pour Nicole Kidman reste intacte au gré de ses chirurgie esthétique, Reese Witherspoon et Laura Dern font partie des 2 actrices qui m’agacent le plus au monde. Et pourtant, à l’arrivée, c’est mon binge watching de l’année (grâce à OCS Max <3), tellement loin du Desperate Housevices (que je déguste de nouveau le samedi matin sur M6 quand même hein).

Catégorie nouveauté dont on n’a pas assez parlé :  « The good place »

Cette série diffusée sur Netflix en France est un OVNI. Un format sitcom plein d’originalité : des effets spéciaux, des twists totalement improbables, une saison 2 qui rebat les cartes, encore meilleure que la saison 1… « The good place » reste totalement sous le radar : il me semble que personne n’en parle, personne ne la récompense, personne ne regarde… Et ça me parait très injuste. Je ne pouvais pas ne pas l’intégrer parmi mes coups de coeur de l’année (avec le plaisir en bonus de retrouver Veronica Mars).

Catégorie série française injustement traitée : « Paris etc »

J’aime Zabou Breitman, c’est pas nouveau. La série de Canal qu’elle a porté a bénéficié d’une promotion massive. L’attente était forte. Les retours des téléspectateurs ont été mitigés. J’ai trouvé que la promotion ne sonnait pas très juste et que les commentaires des vrais téléspectateurs flottaient face à cette fausse promesse. L’histoire de « Paris etc » a des faiblesses avec un temps de mise en place trop long, un enjeu sur un des personnages (celui de Zabou justement) qui rythme le scénario mais arrive trop tard et ne tient pas vraiment la route. Mais ces histoires de femmes de 5 générations qui se croisent plus que ne le laissait présager la promo m’a emporté, par son rythme et surtout sa mise en scène. Chaque plan est inventif, unique, jubilatoire, je me suis régalé. Merci Zabou Breitman de ne jamais me décevoir.

Catégorie « une série prend fin, je suis désespéré » : « The Leftovers »

Cette série aura eu un destin particulier : une saison 1 compliquée suivi d’une saison 2 incroyable laissait beaucoup d’interrogations sur la saison 3. Des audiences faible et même pas de nominations au Golden Globes pour une saison 3 qui entre au panthéon de mes saisons préférées, aux côté de la saison 5 de « Breaking Bad ». Entre poésie et réalisme, linéarité et défragmentation, désespoir et noirceur. Justin Théroux est le mec le plus hot de l’univers depuis qu’il a plus de 40 ans, ça le rend particulièrement attachant. Beaucoup de raisons à ma tristesse de devoir dire au revoir à The Leftovers.

Catégorie « Guilty Pleasure » : « Dynasty »

J’ai toujours eu des passions inavouables pour des séries soit incomprises (Buffy, Arrow), soit franchement moyennes mais agréables pour se vider la tête (Revenge, Dallas). Celle-ci a une saveur particulière puisqu’elle trouve son intérêt surtout dans le travail incroyable fait sur la dimension reboot : l’histoire suit la trame de l’original que je regardais enfant mais embarque des torsions très étonnantes avec une fluidité culturelle très assumée. La cousine Sammy Jo (Heather Locklear) devient un homme gay mexicain, la famille rivale est black, tout en conservant les arcs sénaristiques de la série diffusée par France 3 il y a 30 ans. Alexis Carrington se fait attendre et on a très envie de voir quel twist sera inventé. Can’t wait !

Catégorie pas vu !

Elles sont sur ma liste mais toujours pas vu, l’honnêteté me force à l’avouer. « Mindhunter », « Dark », « Will & Grace » et « Legion » sont prévues très bientôt. Peut-être auraient-elles rejoint le haut de ma liste ou gagné leur catégorie spéciale.

Ah, et sinon, je ne suis toujours pas sensible aux charmes de Stranger Things, Game of thrones et The Walking Dead. On me juge beaucoup pour ça mais j’assume.

J’ai raté d’autres choses ?

[EDIT Janvier 2018] Evidemment que j’ai oublié quelque chose : « Alias Grace » (« Captive » en français), dans la droite ligne de « The Handmaid’s tale » qui réussit à créer un trouble déstabilisant en 6 petits épisodes. Somptueux.

Les fausses promesses du « Marketing d’influence »

Depuis 2 ans, un nouveau buzz word a émergé jusqu’à s’inscrire au plus haut des investissements marketing prévus en 2018. En France, la traduction d’ « Influencer marketing » s’est installée pour faire du « Marketing d’Influence » l’un des eldorados de choix pour les marques défiées par les consommateur dans leurs communications traditionnelles. Ce que certains décrivent comme une mutation profonde du marketing, pour quelques bonnes raisons légitimes mais surtout pour de mauvaises raisons très insidieuses, participe à créer une dérive destructrice de valeur et inquiétante pour le futur.

Sortir de l’authenticité incantatoire

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de prétendre que l’influence et le marketing ne peuvent pas s’associer, encore moins que l’influence n’a pas d’efficacité ni de ROI mesurable. Il s’agit plutôt de combattre une idée qui semble s’installer : l’authenticité, unanimement défendue comme nécessaire dans toute démarche d’influence marketing, pourrait sans dommage intégrer des relations rémunérées de façon plus ou moins transparentes. Sans compter l’incohérence qui semble justifier cette nouvelle discipline star : un consommateur étant plus sensible à l’opinion de ses pairs que des élites, les marques y apporteraient une réponse en s’appuyant sur des « influenceurs » aussi puissants que possible pour assurer la force de frappe qui impactera des indicateurs de réussite toujours très ambitieux.

Retour aux fondamentaux de l’influence

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut revenir à ce qu’on sait de l’influence. En reconstituant toutes les pensées sur le sujet, on pourrait attribuer aux influenceurs la capacité d’infléchir une pensée ou faire adopter un point de vue à un cercle d’individus plus ou moins large, en se différenciant de la manipulation par leur transparence (sur l’émetteur et l’objectif), authenticité, indépendance et légitimité. Chaque individu dispose d’un pouvoir d’influence sur un nombre plus ou moins grand de personnes, sur des sujets spécifiques. Leur capacité d’influence est acquise de façon variable, puisqu’ils peuvent être journalistes, leaders d’opinions, experts, célébrités ou disposer d’une communauté (petite mais très spécialisée ou énorme mais généraliste) sur les médias sociaux.

Quand plus d’investissement devient contre productif

Le problème du « Marketing d’Influence » réside dans les dérives des définitions du terme telles qu’on peut les lire sur Google, dans les descriptions qu’en font des agences spécialisées ou les acteurs de la communication. Et dans ce qu’on entend à longueur de conférences par des « experts ».

Dans certains cas, il étend le « Celebrity Marketing » aux influenceurs sur les médias sociaux, souvent Instagrammeurs ou YouTubeurs. Dans d’autres cas, il considère qu’un accord commercial avec un « micro-influenceurs » permettra d’impacter de multiples petites communautés par celui qui sera considéré comme un pair. Autrement dit, rémunérer une star internationale ou une centaine d’instagrammeurs pourrait constituer une stratégie d’influence structurée puisque les retombées sont anticipables. Les investissements en forte hausse permettraient ainsi de mieux maîtriser le ROI. Une posture tellement plus rassurante que de compter sur un bouche à oreille non sécurisé par un contrat, soumis à des bonnes idées et des mécaniques imparables. On comprend bien. Mais avec quel impact ? Des nouveaux influenceurs sont à leur tour défiés dans leur indépendance, donc moins puissants, donc moins utiles pour les marques.

Reprendre de la hauteur vers l’écosystème d’influence

Le « Marketing d’Influence » est sans doute la mauvaise traduction d’ « Influencer Marketing » qui serait mieux compris si on parlait de « Marketing avec des influenceurs ». Démarche légitime qui devrait commencer par une étude précise de l’écosystème d’influence d’une marque sur la base des objectifs business. Chaque groupe d’influenceurs pourra alors être traité de façon ad hoc, selon leur typologie. Et réembarquer le « Celebrity Marketing », les RP, le « (Digital) Influencer Relationship Management », l' »advocacy »… pour développer les dispositifs (avec partenariats payants et sans) qui tireront au mieux parti de leur capacité d’influence, sans destruction de valeur, ni pour la marque, ni pour l’influenceur. En préservant ce graal de l’authenticité tellement maltraité depuis quelques années.

Il s’agit sans doute d’un dommage collatéral supplémentaire à la bulle spéculative des médias sociaux à laquelle s’ajoute la mauvaise compréhension des mécaniques d’influence. Dans tous les cas, une approche responsable ne pourra pas faire l’économie en amont d’une idée centrale forte, capable de profiter de façon construite et lisible de la force d’influenceurs participants à une histoire commune.

La bulle d’influence spéculative des médias sociaux

En janvier 2016, j’écrivais sur le miroir aux alouettes que représentaient parfois les réseaux sociaux en général et Instagram en particulier. Depuis, rien ne s’est arrangé puisque la puissance d’Instagram a continué à gonfler en même temps que l’achat d’abonnés et de followers, l’organisation de réseaux communautaires pour des commentaires et likes croisés.

En participant à un (excellent) événement du Monde la semaine dernière sur les médias sociaux, j’ai bien réalisé que qualifier les médias sociaux de bulle d’influence spéculative allait nécessiter un peu plus qu’une mention rapide à l’occasion d’une table ronde.

L’histoire qui se répète sans fin

Quand on a connu voire participé à l’avènement des forums, des blogs, de YouTube, de Facebook, de Twitter, de Snapchat et d’Instagram, on a vu la même histoire se répéter inlassablement. Un réseau devient tendance, on ne parle plus que de lui, quelques acteurs y prennent le pouvoir (les influenceurs), le lieu devient l’eldorado de l’authenticité qui fait vendre, les marques se jettent dessus sans réel rationnel, avant que les marques se demandent si le retour sur investissement en vaut la peine, puis un nouveau réseau explose, laissant le précédent pour mort.

Or, en 2017, les forums sont toujours capables de désosser un sujet (autour de la santé ou de l’alimentation par exemple), les blogs (de parents entre autres) sont toujours très puissants, Facebook continue de croître, Twitter reste le lieu de l’info live par excellence…

Mesure et équilibre

Au final, le système met sur un piédestal puis au pilori, de façon toujours exagérée, ce qui réclamerait beaucoup plus de mesure.

Ainsi, l’exemple actuel d’ Instagram est symptomatique. Que toutes les marques misent sur l’influence enfermé dans ce réseau social très peu viral n’a pas de sens. Et que toutes les marques le désertent demain quand un autre prendra la place du réseau trendy n’aura pas plus de sens. Certes, un Instagrammeur avec un million d’abonnés engagés (ils sont très peu en France) a construit la puissance d’un média. Sa force d’influence sur son sujet de prédilection est souvent vérifiable. Mais il reste toujours surprenant que les marques s’intéressent aussi peu à la réalité de la communauté, sa typologie, sa géographie… Comme si un annonceur investissait dans un média en ne s’intéressant qu’à la marque média et pas au lectorat.

Une bulle d’influence spéculative aux effets multiples

A l’arrivée, les influenceurs professionnels ont bien compris qu’ils devaient tirer le meilleur du système Instagram actuel (qui a par ailleurs cette année gagné la bataille des stories) mais assurer aussi une forte présence sur les autres réseaux sociaux (souvent Snapchat mais aussi Twitter) et surtout se prémunir d’une tombée en disgrâce avec un espace propriétaire qui leur appartient. Le retour en force des blogs se profile.

Du côté des marques, on a pu ponctuellement cette année donner du sens à des stratégies d’influence qui assurent le meilleur mix entre tous les réseaux pour attendre de façon pertinentes les cibles. Une nouvelle pensée de l’écosystème d’influence des marques émerge, avec elle le retour à des sphères plus traditionnelles, qui redonnent aux journalistes, experts et leaders d’opinions une place prépondérante même si leur présence digitale n’est pas centrale.

Une très bonne occasion pour moi de reprendre les clés de ce blog (parce que Medium, c’est bien mais pas vraiment chez moi).

Les cartes de l’influence se rebattent, vivement 2018 !