Le premier jour du reste de ta vie

C’est mon coup de coeur ciné depuis très longtemps. Le premier jour du reste de ta vie vient se classer direct dans mon top 10 et c’est rare que ce soit aussi limpide dès la sortie de la projection.

Avec un générique inventif, à la fois ludique et rythmé et avec ce je ne sais quoi d’émouvant que porte le Super 8, le ton est donné pour les deux heures qui suivront. Le réalisateur Rémy Bezançon réussit ensuite un coup de maître en proposant mieux qu’un film choral : les 5 héros ont chacun droit à leur chapitre, à l’occasion de 5 jours décisifs dans la chronique d’une famille ordinaire. En concentrant sur 5 journées les moments forts de chacun, entre 1988 et 2000, il nous plonge dans un univers familial qui nous renvoie inévitablement aux joies et aux douleurs de notre propre enfance, adolescence et vie d’adulte.

Le film nous balade de la comédie au drame, en permanence. Avec du vrai rire et de vraies larmes, aucun doute. La bande son, composée par Sinclair et truffée de morceaux aussi connus que réjouissants (notamment le Nouveau jour de Daho dont est tiré le titre du film), incarne quasiment un sixième personnage à part entière qui renforce ou tempère chacune des émotions.

Le premier jour du reste de ta vie doit incontestablement beaucoup à son casting, mieux qu’impeccable.

Jacques Gamblin, dans le rôle du père de famille gros fumeur et fan de guitare électrique, est égal à lui-même, à la fois terrien et lunaire.

Zabou Breitman, en mère désorientée par le départ de ses enfants et en pleine crise de la cinquantaine approchante, retrouve enfin un rôle à sa mesure. Ce que je pense de sa mesure, je l’avais dit ici il y a longtemps déjà. Elle hérite de quelques-unes des scènes qui resteront dans les mémoires collectives, j’en suis sûr.

Pour camper les 3 “enfants” à l’âge adulte, trois vraies découvertes : Déborah François, Marc-André Grondin et Pio Marmaï sont beaux, terriblement attachants, toujours justes dans des rôles complexes. On n’a d’ailleurs pas fini d’entendre parler de Marc-André, jeune acteur canadien lumineux aux faux airs de Gaspard Ulliel, puisqu’on le retrouvera bientôt dans bouquet Final avec Depardieu, le dernier film de Jean-Paul Salomé Le Caméleon et il sera le Regis Debray choisi par Steven Soderbergh dans la deuxième partie de Che : Guerilla.

Emportés par leur talent et la force du montage et des dialogues, on remarque à peine les quelques clichés (c’est le grand frère qui protège les petits, la plus jeune traverse une crise d’adolescente sévère…) et on passe un moment d’une qualité réellement exceptionnelle. Le film finit en nous laissant des larmes plein les yeux et on sort pourtant heureux, avec l’irrépressible envie d’appeler ses parents pour leur dire qu’on les aime.

Ca fait beaucoup de raisons de foncer voir ce film, étrangement distribué en plein été quasiment sans promo. Entre X Files et Le premier jour du reste de ta vie, j’ai fait mon choix.