Colère froide

Comme tout le monde, je suis en confinement depuis maintenant 5 jours. Et comme tout le monde sans doute, j’ai le sentiment de vivre cette période d’une façon unique. Avec mes propres émotions, un contexte qui n’appartient qu’à moi. J’écris aujourd’hui sur le sujet, j’espère ne pas le refaire avant la fin de cette pandémie. Pardon d’avance de m’y auto-citer autant mais j’ai pensé que les exemples pourraient éclairer ce que je voulais dire. Et même si j’ai toujours prôné la discrétion sur ses états d’âme dans des moments compliqués, je fais aujourd’hui une entorse que vous comprendrez sans doute à la fin après lecture.

Pendant toute cette période, je n’ai pas décroché du flux continu d’informations. Je l’avoue. La partie rationnelle de mon cerceau voit dans ce moment des éléments de communication et de sociologie trop passionnants pour réussir à regarder ailleurs. Ceux qui me suivent sur Twitter m’ont vu m’inquiéter devant des erreurs de postures et de communication que je jugeais grossières.

Dans le même temps, voyant dans la situation italienne un éclairage au quotidien sur ce qui nous attend, j’ai suivi de près la réalité des Italiens, puis des Espagnols, qui rendait toujours plus incompréhensibles les (non) décisions de nos gouvernants.

Au fur et à mesure de l’avancée en France, les témoignages humains, incarnés, plus audibles que les (pseudos) experts qui faisaient le tour des plateaux télé ont pris le dessus sur tous les papillons de lumière.

Je me suis débattu de façon sans doute totalement improductive devant l’irresponsabilité et l’égoïsme de certains de ceux que je connais de près ou de loin. Je me suis fâché avec des amis qui trouvaient qu’ “on va pas s’empêcher de vivre” ou qui n’avaient pas hésité à sauter dans le premier train pour fuir la capitale et essaimer le virus, j’ai bataillé avec ceux qui jouaient avec les règles du confinement en se trouvant tout à coup une passion pour le sport en extérieur, j’ai arrêté de suivre sur les réseaux sociaux tous ceux qui faisaient n’importe quoi (ça parait une goutte d’eau mais si on faisait tous pareil…). Comme si j’allais avec mon micro porte-voix faire infléchir un seul point de vue. Les témoignages humains qui affluent (oui, même des stars et des influenceurs sont touchés) vont faire leur oeuvre.

J’ai réalisé que mon “engagement” ne servait à rien, à personne. Que ce petit côté donneur de leçon pouvait vite me rendre insupportable, à moi-même en premier lieu. Alors j’ai décidé (hier) de regarder le verre à moitié plein. En m’intéressant à la solidarité et l’engagement de la majorité des Français.

J’ai aussi décidé d’occuper mon temps devenu très “libre” pour sortir la tête de ce flux continu, de chanter (mes followers sur Instagram n’en peuvent plus), de dire un maximum de conneries, de lancer des chaînes sur Facebook, de m’organiser des séances de sport avec des coachs proposant spontanément des séances gratuites en live…

Je me suis forgé la conviction absolue que la durée de l’impact nous empêcherait de retourner dans le monde d’avant. Et qu’on n’est jamais à l’abri d’un monde meilleur. Qu’on ne me parle pas de naïveté.

Mais la partie émotionnelle de mon cerveau a évidemment percuté chaque mouvement, chaque énervement, chaque information. Sans doute bousculé par une situation personnelle qui me plongeait au plus près du quotidien sur le terrain, malgré l’isolement de mon confinement parisien. Ce qui rend sans doute encore plus insupportable la désinformation ou l’irresponsabilité quand je les vois passer. Je dois donc accepter que mes énervements, quitte à ce qu’ils soient dans le vide, me servent au moins à moi, à ne pas oublier. Pourquoi ne pas partager mes interrogations, ne serait-ce que pour comprendre ?

Après 2 longues semaines de maladie déclarée, mon père est mort ce midi du Covid-19 dans son EHPAD. L’établissement a géré du mieux que possible la situation (malgré l’inquisition indigne de la presse principalement intéressée par des décomptes morbides). Et je porte ma décision difficile lundi de ne pas prendre le train pour rejoindre ma famille.

Et en attendant mieux, RESTEZ CHEZ VOUS.

18 Replies to “Colère froide”

  1. Mes plus sincères condoléances Éric.
    Très triste nouvelle, beaucoup de courage à toi et aux tiens.
    Je t’embrasse.

  2. Pas grand chose a ajouter car je retrouve pas mal de mes constat et sentiments dans ton billet. Toutes mes pensées a toi et ta famille pour le décès de ton père.

  3. Terrible réaction initiale qui a été de me dire de passer te voir, voisin.
    Avant de me souvenir de la situation.

    Toutes mes condoléances. Je penserai fort à toi.

  4. Toutes mes condoléances et merci pour ce message de civisme au milieu du chaos.
    Bon courage à vous et vos proches.

  5. C’est les larmes aux yeux à la lecture de ton post que je t’envoie mes plus sincères condoléances !!!!
    Rien ne sera plus jamais comme avant… prend soin de toi

  6. On se connait très peu mais je te suis depuis longtemps, les amis de mes amis… Toutes mes sincères pensées à toi et ta famille… et bien plus pour la décision de ne pas y aller… <3

  7. Certains veulent considérer cette période de confinement pour des vacances en ne prenant pas en compte la réalité, en ne voulant pas être dérangés.
    Quelle tristesse pour votre Papa. De tout cœur avec vous

  8. Nous aurions tant aimé lire une autre fin à votre billet si juste & bien écrit.
    Toutes mes pensées vont vers vous en cette terrible épreuve. Courage.

  9. Bien que je ne le connaissais pas, cette nouvelle m’émeut beaucoup… Je suis de tout cœur avec toi et tes proches pour ton papa.
    Pour le reste, tu as malheureusement les mots justes sur la situation actuelle et celle à venir.

  10. Toutes mes condoléances, j’ai peur pour ma mère également, je comprend bien la difficulté de la situation.

  11. Toutes mes condoléances Éric.
    Je suis de tout cœur avec toi. J’ai décidé également de ne pas fuir Paris pour respecter la règle qui s’impose à toutes et tous ! #OnResteALaMaison!
    Je dis à ces presque 200 000 parisiens que leurs comportements sont irresponsables (peu importe les raisons). Tu en avais une bonne de raison et tu as été très courageux ! Cette pandémie doit nous faire réfléchir sur notre façon de vivre ! J’espère que nous saurons tous en tirer les leçons à nos niveaux.
    Avec toute mon amitié.

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