Elodie Frégé, La fille de l’après-midi

Le 4 octobre prochain sortira le nouvel album d’Elodie Frégé, la Fille de l’après-midi. Depuis 4 ans, plein de choses se sont passées entre Elodie et moi : un album qui m’a retourné en 2007, un concert qui m’a emballé en 2008, une pause dans notre « relation » en 2009 avant de nous croiser par surprise et de découvrir en avant-première son album en 2010.

Grâce à Mathilde (merci merci), j’ai pu cette semaine non seulement assister au showcase d’Elodie mais aussi participer à une interview-concept en duo.  Voici donc un extrait de l’un de mes titres préférés de l’album (Heures inertes) et la fameuse interview, pas aussi décalée que prévue notamment parce que réalisée sous l’objectif de la caméra de 100% Mag qui tournait les coulisses, mais un moment hors du temps.


Eric et Mathilde : Bonjour Elodie. On a écouté ton album mais on n’en sait rien de plus. Qui se cache derrière les titres ?

Elodie Frégé : j’ai presque tout écrit et composé sauf une chanson de Florent Marchet, un texte d’un écrivain qui s’appelle Grégoire Louis et trois chansons co-écrites ou co-composées avec Benjamin Tesquet qui est l’arrangeur des morceaux avec moi avant que Jean-Philippe Verdin prenne le bébé et réalise le disque. Il a apporté sa touche sur des chansons déjà arrangées pour les sublimer.  La disparition de certaines personnes autour de moi qui n’avaient pas le temps de travailler avec moi m’a forcé à me mettre dans un nouveau costume et je suis ravie, même si je retravaillerai évidemment avec Benjamin Biolay, en tout cas j’espère. Mais là, ça a été une chance d’avoir le champs libre.

Mathilde : Tu touches donc désormais à l’arrangement ?

Elodie Frégé : j’ai essayé oui, c’était une première expérience avec l’arrangement de 8 morceaux. C’était très enrichissant, j’ai pu y mettre beaucoup de moi, de mes influences : Benjamin Biolay, Serge Gainsbourg – Mélodie Nelson surtout pour les cordes, Portishead, Sia et des trucs un peu trip hop, y a même carrément du Massive Attack même si je n’écoute jamais les albums en entier mais par touches.

Eric : quelle est la genèse de cet album aux airs d’album concept ?

Elodie Frégé : c’est pas vraiment concept parce que j’ai écrit la plupart des chansons sans penser à une histoire en continu, elles se sont écrites au fil des moments en deux ans et demi. Je n’en ai pas écrit beaucoup plus que le nombre de chansons qu’il y a sur le disque parce que je suis extrêmement lente et j’ai besoin de mûrir les choses. Et c’est après que je me suis rendue compte qu’elles parlaient toutes un peu des mêmes choses, très banales, mais avec un ton très particulier.

Eric : et sur scène, comment l’album sera transposé ?

Sur scène, ça ressemble au disque mais je ne peux pas avoir toutes les cordes donc il y aura ma violoncelliste Mathilde, ensuite Vincent mon guitariste et Benjamin qui est aussi mon bassiste, mon batteur Christophe et David au clavier. Il y aura des titres de l’album précédent, la ceinture, la fidélité…

Mathilde : on t’a vu sur scène avec Yann Destal et Vincent Baguian, avec qui d’autre aimerais-tu faire un duo ?

Elodie Frégé : (elle réfléchit) j’aimerais bien chanter… avec… Damien Rice, Ludéal et sinon, des gens morts en général !

Eric : ce serait quoi le titre de l’article rêvé de l’article sur ton album, le plus beau compliment qu’on pourrait te faire sur l’album ?

Elodie Frégé : l’album du sièce ! (elle rit). C’est dur, faut que je réfléchisse (et elle réfléchit).

Mathilde : qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent ?

Elodie Frégé : En fait j’aimerais que les gens soient troublés, qu’ils ressentent toutes les nuances qu’on a essayé de mettre dans chaque chanson, que chacune soit comme une nouvelle ou un petit film. Le disque entier raconte l’histoire d’une fille qui pourrait être l’héroïne d’un film sur les années 50 – 60. C’est un peu une Cléo de 5 à 7, une Belle de Jour. J’aimerais que les gens se disent que je me suis livrée et abandonnée à quelque chose de plus précieux que ce que j’avais pu livrer avant. J’ai envie qu’ils soient surpris par toutes les nuances et par les choix Folk trip hop, ce mélange de grandiloquence tout en étant parfois juste seule. J’ai voulu que ce soit vivant et encore plus vibrant, plus dans l’abandon et le plaisir. Avec l’apprentissage de soi aussi.

Eric : et où en es-tu avec le cinéma ?

Elodie Frégé :  J’ai juste une petite apparition dans un film de François Ozon, Potiche. Le film est vraiment génial, je vous conseille d’aller le voir mais je ne suis pas encore Marion Cotillard ou Catheirne Deneuve. J’aimerais beaucoup mais je suis curieuse de plein de choses. J’aimerais apprendre la poterie, la peinture, à jouer du piano, me remettre à la danse… Le cinéma fait partie de ces envies, c’est une manière d’exulter, de se mettre dans le costume de quelqu’un d’autre, un peu comme une thérapie. Je sors de mes gongs assez irrégulièrement mais c’est très fort, jouer pourrait m’aider à canaliser. D’ailleurs, La fille de l’après-midi est plusieurs filles en fait.

Mathilde : ton album m’a vraiment troublée et j’ai trouvé en particulier que ta voix avait changé

Elodie Frégé : oui… je l’ai perdue ! Enfin à un moment, elle s’est cassée, je l’ai perdue à l’été 2008, vraiment très longtemps, pour des raisons que je ne citerai pas, un truc con, j’étais très malade… Mais du coup maintenant, j’aime bien ma voix maintenant parce qu’elle est plus usée et elle a plus de vie et de densité en fait. J’ai baissé d’une tonalité. Et c’est pas plus mal. Ca va avec qui je suis. Parce que je n’ai ni le physique, ni la voix, ni le regard de qui je suis. Ca induit beaucoup les gens en erreur. Je vais pas dire que j’ai une vie dépravée mais j’ai beaucoup plus d’aspérité qu’il n’y parait.

Eric : est-ce que le prochain single après La fille de l’après-midi est choisi ?

Elodie Frégé : en fait, il n’était pas sur la première version de l’album le prochain single. Il y a une version pour la Fnac avec des titres en plus dont La belle et la bête que j’ai écrit et composé avec mon bassiste Benjamin Tesquet. Elle est assez catchy, il y a du chien dans cette chanson et du coup ça allait assez bien avec l’album et elle sera sur la version définitive. Mais vous ne l’avez encore jamais entendue.

Mathilde et Eric : merci beaucoup Elodie

Bon là, on lui a fait plein de compliments parce qu’on est des fans de base. Parce qu’elle est sublime et lumineuse aussi. On a filmé toute l’interview mais on garde ça rien que pour nous, comme un bijou tellement précieux qu’on ne veut pas le sortir.

Mon seul regret est que l’interview ait eu lieu avant le showcase qui nous a montré à quel point Elodie se lance avec plaisir dans l’explication de texte, le sens plus ou moins caché de chacun de ses titres. Du coup, il y a plein de questions que je n’ai pas osé poser sur l’album dont je ne me serais pas privé si j’avais su.

J’attends donc notre rendez-vous de 2011 pour ça, avoir la chance d’un backstage pendant un concert serait une belle évolution dans nos rencontres.

La vérité sur l’audience d’un blog

La question la plus stupide pour vérifier l’influence et l’impact d’un blog, par exemple en amont d’une opération marketing menée par une marque, est de demander son audience. Son page rank ou le nombre d’abonnés au flux RSS, je comprends, le nombre de fois où il est linké sur Twitter, d’accord, l’audience de la home page, éventuellement, l’audience moyenne par article et la qualification de cette audience, bien sûr, un indice lié à un mix de critères, plus raisonnablement. Mais demander à un blogueur l’audience de son blog pour justifier auprès de services marketing du choix d’un blogueur sélectionné est stupide et qu’une agence participe à ce fonctionnement est irresponsable.

Rien de nouveau, mais puisque je continue à recevoir cette demande là régulièrement et puisqu’il semble rester quelques lecteurs marketing très sérieux pour ce blog qui ne l’est pas toujours, j’ai décidé que j’allais en faire une démonstration  illustrée. Avec le seul blog dont je connaisse en détail le lectorat : le mien.

Donc si on me demande le nombre de visiteurs, je peux répondre sans mentir (source Stat Counter à l’appui, sachant que Google Analytics est encore plus généreux) :

– 600 visiteurs uniques par jour en moyenne / 15,000 VU par mois

– 800 visites par jour en moyenne / 24.000 visites/vues par mois

Oui mais voilà, si on regarde un tout petit peu dans le détail, sur les 500 dernières visites, seules 32 arrivent sur la home page, 23 sur l’un des derniers articles et 312 sur des billets consacrés à Abercrombie & Fitch.  Soit 62% tout de même.

La raison ? : Google est un excellent fournisseur de lecteurs pour PRland, mais exclusivement sur des requêtes ayant trait à A&F (particulièrement marquant ici, 10% sont habituellement réservés à d’autres requêtes).

Evidemment, tous ces visiteurs ne verront jamais les autres articles en général et celui que j’aurais écrit sur la marque en particulier.

Les 850 visiteurs uniques, 1.000 pages vues sont atteints à chaque fois qu’un nouveau poste est publié, ce qui permet d’estimer à 250 visiteurs systématiques pour chaque nouveau billet dans la journée suivant la publication.

La réponse honnête à la question de l’audience de mon blog ? Je dirais que chaque article est vu 500 fois en moyenne. Ce dont je suis très fier. Mais ce qui ferait aussi tomber de haut un « annonceur ».

Evidemment, le système publicitaire repose sur une autre logique et un widget dans la colonne de droite bénéficiera bien de 24.000 vues potentielles par mois.

En conclusion, je suis clairement un influenceur. Pour Abercrombie & Fitch (je dis ça, je dis rien). Pour le reste, il faudrait rentrer dans le détail de la typologie de lecteurs -dont les meilleurs indicateurs sont dans les rubriques visiteur / derniers lecteurs à droite- pour valider la pertinence avec les cibles de la marque. Mais ça devient une mission d’agence à part entière.

Alors, c’est quoi l’audience de votre blog ?

Auto suggestion

Depuis quelques semaines est apparu un système de recommandation un peu gonflant sur le site Twitter : le « Who to follow » ou « Suggestion » en français. Sans doute utile pour les nouveaux arrivants mais polluant pour les plus anciens qui se voient en général recommander des gens qu’ils ont choisi de NE PAS suivre. Par exemple, je n’ai définitivement pas envie de suivre Patrick Sebastien qui m’est recommandé 40 fois par jour si je ne le supprime pas manuellement.

Ce serait donc chouette que ça s’arrête. Mais comment sélectionner de nouveaux followers reste sans doute un sujet. Les moyens possibles sont multiples : les Follow Friday #FF, les personnes en conversation avec vos contacts, les recommandations directes par vos contacts ou tout simplement la bio…  J’ai choisi un autre camp.

Pour m’éviter de remonter dans l’historique des timelines histoire de statuer sur l’intérêt pour moi d’un nouveau following potentiel, je regarde en général les listes qui me donnent une première idée rapide de l’identité et des centres d’intérêt de la personne.

En même temps, si je fais l’exercice pour moi (histoire de ne vexer personne), je ne suis pas immédiatement sûr de la pertinence de ma méthode.

Parmi les dénominations exotiques sous lesquelles je suis listé, il y a  surveillance de dortoir, madmen, voix de la raison, offrir un mojito, scooby gang extended cut, moches en vrai, parigourdin mais cool, timeline de guedin, nouvelle -ba – star, open, zombie apocalypse team, beaucoup mieux que Glee, regarde à gauche, curating, pr stands for papy rémy, vus nus sur chatroulette, allez Andy dis moi oui, ketchup baby, gazon, frères Mickey…

Il y a aussi des éléments perturbateurs qui sont intéressants mais qui me définissent assez mal : geek, arty, littéraire, it crowd, racaille numérique, journalistes, célébrités, politique…

Pour être honnête, les termes qui reviennent le plus souvent sont RP, marketing, web, consultant, blogueur, livetwitteur, agence… plus proches de la réalité dans la vraie vie mais reflet d’une réalité assez peu exprimée sur Twitter.

Au final, je peux en déduire que mes « twitto-listeurs » sont un peu dingues mais surtout que mis bout à bout, le système de liste dit globalement assez bien qui je suis pas seulement sur Twitter.

Et vous, est-ce que vous vous reconnaissez dans vos listes ?

Les séries détrônent les films sur les murs de New York

Lors de mes visites à New York, ce sont l’omniprésence des marques, les affiches pour les comédies musicales et les actions plus ou moins événementielles pour les films qui m’avaient marquées. Les marques habitent toujours Time Square et les comédies musicales sont toujours à l’affiche sur Broadway. Mais les films semblent relégués au rang de la figuration.

La vraie révolution m’a paru tellement énorme que j’ai éprouvé le besoin de la valider. Mon goût prononcé pour les séries orientait peut-être mon sentiment. J’ai demandé autour de moi. Mais quand même, les images ci-dessous parlent d’elles-même.

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Le système Abercrombie & Fitch

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En déplacement à New York, j’avais parmi mes visites programmées : Times Square, Central Park… et Abercrombie & Fitch. Parce que la marque à l’élan, attendue à Paris au 23 avenue des Champs-ELysées dès 2011, est un modèle de marketing qui peut agacer en tant que consommateur mais qui suscite l’admiration des trend setters et le respect des marketeurs dont je fais partie. L’animation magasin y est élevée au rang de spectacle, la file d’attente pour pénétrer dans l’antre de la branchitude chic en est l’un des signaux extérieurs les plus évidents.

Quand on connait d’autres magasins A&F dans le monde (Londres par exemple), pas de surprise énorme, le principe du flagship New-Yorkais reste le même, en plus grand et en plein coeur de la 5ème avenue.

Alors, comment ça marche, le système A&F ? Après une bonne demi-heure d’attente, vous arrivez au seuil de l’entrée, accueilli par des vendeurs de toute évidence issus d’une agence de mannequin, dans la taille de chemise suffisamment trop petite pour que les muscles débordent de partout. Vous avez droit à un sourire et quelques phrases (en français dès que vous avez dit 2 mots), un accueil chaleureux identique à celui qui ravira des mamies québécoises sorties en bande, des parents venus chercher la commande du fiston, un couple gay très visiblement adepte de la marque, une horde de jeunes filles déjà très émoustillées et un New-Yorkais qui pourrait travailler dans le magasin. La musique a démarré très fort dès l’ouverture avec du Lady Gaga en version remix club, les gens entrent avec la vigueur d’un premier jour de solde. Il est 10 heures, le flagship store vient d’ouvrir.

Dès l’entrée, un des vendeurs torse nu pose sous l’objectif d’une photographe habillée très sexy, ni les demoiselles ni le couple gay n’osent plonger devant l’objectif mais on sent bien que ça arrivera tôt ou tard. A l’intérieur, tous le staff est habillé de la même façon et semble sortir du catalogue de la marque, mis à disposition pour la modique somme de $10 (le catalogue, pas les vendeurs). Il suffit que vous posiez vos yeux sur un vêtement pour que l’un des membres viennent vous demander comment ça va, sourire à l’américaine gravé aux lèvres.

A la caisse, ça rigole un peu moins mais les premiers mots qu’on vous adresse sont « check it out on Facebook » sur un ton robotisé qui demande encore un peu de travail. C’est ce même message qu’on retrouvera au fond du sac qui a accueilli la chemise proche de celles des vendeurs (forcément, vous voulez ressembler à ça), pour la somme de $60. Contrairement à l’idée reçue, ce n’est finalement pas tellement plus cher que chez Gap à quelques blocks sur la 5ème avenue.

Ca donne envie d’en voir plus ? J’ai bien essayé de filmer mais les vendeurs mannequins ont visiblement une troisième mission cachée : vigile. Si vous souhaitez donc voir 2 vendeurs et une vendeuse plonger sur vous pour vous expliquer que filmer et prendre des photos est totalement interdit, rien de plus facile, sortez un appareil. J’ai réussi à sauvegarder les premières secondes de l’entrée dans le magasin, très incomplet mais ça reflète assez fidèlement l’ambiance bouillonnante. Et pour les plus attentifs, tous les protagonistes cités plus haut sont visibles dans la vidéo.

Encore une fois, ce marketing poussé à l’excès, comparable à un Disneyland qui aurait ingurgité trop d’hormones,  est agaçant mais j’aime les vêtements de la marque (à un moment où il est de plus en plus trendy de s’en moquer), les prix avec la conversion dollars euros sont très intéressants et l’efficacité est toujours louable. J’attends plus que jamais l’ouverture du magasin parisien.

Media Sociaux et ROI : regardons la vérité en face

En lisant les excellents billets de Greg et Nicolas sur le ROI des médias sociaux, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il fallait bien finir par admettre la dure réalité. Si les entreprises ont en 2010 encore du mal à comprendre la véritable valeur ajoutée des médias sociaux après plusieurs années de pédagogie, c’est forcément que nous sommes, nous agences, un peu mauvais. La bonne nouvelle est que ce n’est pas une exclusivité française. Nulle part dans le monde, les professionnels de la communication n’ont réussi à définir des metrix suffisamment percutant lorsqu’on parle de ROI. Et pourtant, à l’instar du WOMMA, tout le monde cherche activement. Chacun dispose de ses tableaux de rationalisation très complexes qui ne convainquent personne.

Et lorsque comme moi, on croit à la filiation des stratégies digitales avec les RP, plaçant au coeur des dispositifs l’influence entre les pairs et quelques référents, on a de quoi être inquiet : 150 ans après la formalisation de la discipline, les indicateurs de performance restent terriblement pauvres. Le plus souvent, la mesure adoptée est également la plus mauvaise : une équivalence publicitaire des retombées dans les médias. Chacun en comprend les limites mais personne n’a trouvé mieux. 150 ans…

Trouver des metrix simples et signifiants est donc notre mission à tous. Alors je me suis dit aussi que m’auto flageller ne suffirait pas, je devais proposer. Voici donc une piste.

Depuis toujours, le rêve des professionnels des RP était de disposer des budgets permettant de réaliser des études de perception voire de comportement auprès des cibles avant et après une campagne. Sans jamais les obtenir, les budgets.

La bonne nouvelle est que nous disposons dorénavant d’outils permettant de mesurer par extrapolation la perception des consommateurs / citoyens à travers leurs conversations sur le net. Pour un prix limité puisque l’écoute fait partie intrinsèque de tout programme digital digne de ce nom. Dès lors, fixer des objectifs liés à l’augmentation des conversations en volume par les cibles et de la part de voie positive au global serait un premier pas qui fixe des objectifs plus sensés que le nombre de fans sur une page Facebook.

Bon, à vous maintenant.

TF1 et moi

Je me serais bien arrêté à la version « mise en perspective », « réflexion quand tu nous tiens » et autres « analyser je sais faire si je veux » pour raconter comment je me suis retrouvé dans les locaux de TF1 la semaine dernière. D’ailleurs je l’ai fait ici sur le site du Figaro histoire de ne pas leur imposer que des billets sur la gay pride (les pauves).

En vrai, j’ai amené avec moi quelques Twittos  (on peut trouver un autre nom pour ça vite sinon ?) dans une visite orchestrée par Manu qui se cache derrière @TF1etvous, juste histoire de lui faire croire qu’on allait débarquer à 200 et aussi faire le mariole dans le fauteuil de Laurence Ferrari pour admirer la vue.

J’en ai profité pour narguer le présentateur de LCI dans son petit studio (comparé à l’immense plateau du 20 heures de TF1) et à animer un peu celui de Télé Foot tout abandonné (je vous montre pas l’image, c’est trop triste).

L’omniprésence de Monsieur Météo Louis Bodin des répétions sur fond bleu jusque dans la cantine a réussi à créer de l’émotion. Preque autant que si on avait croisé Jean-Luc Reichman quoi.

On a été reçus comme des rois et nous sommes désormais des défenseurs de Manu et TF1etvous contre vents et marées, c’est l’horrible réalité des sensibles que nous sommes. Très influençables en somme.

D’ailleurs, depuis, je vois TF1 partout. Tenez, en plein milieu du meeting Areva, Denis Brogniart a débarqué pour nous faire jouer les figurants avec tout le stade dans le film qu’est en train de tourner Regis Wargnier. True Story.

Sinon, Koh Lanta revient fin août, tout le monde est prêt pour le livetwitt ?

Envie de séries

Soyons clairs, depuis deux ans, j’avais perdu le mojo niveau série. Mes derniers vrais coup de coeur en sont maintenant aux saisons 3 ou 4 (Breaking Bad, Mad Men…), trop de vampires ont été joués à toutes les sauces depuis, trop peu d’innovations ont été proposées  comparé au début des années 2000 qui en regorgeait.

Bonne nouvelle : la saison 2010/2011 s’annonce haute en couleur. Un peu comme si la fin des séries de l’âge d’or -telle que Lost- réouvrait enfin une nouvelle envie de série, comme dans le bon vieux temps. C’est pas toujours très original sur le papier mais un petit quelque chose me donne très envie à chaque fois. C’est notamment l’occasion de suivre quelques-uns des acteurs qui me manquent.

On fera quand même un petit bilan en octobre pour être sûr mais en attendant, voici le tour d’horizon de tout ce qui me rend très impatient. Continuer la lecture de « Envie de séries »

Mon histoire professionnelle avec la musique

Mon rendez-vous professionnel avec le monde de la musique aura été tout aussi précoce qu’éphémère. Un peu douloureux, moins léger que prévu et terriblement formateur. Pas que professionnellement, justement. Je ne m’en suis souvenu que très récemment.

Note février 2021 : 20 ans plus tard, j’ai finalement retravaillé pour une maison de disque mais en tant que consultant… et 20 ans de plus.

En 1991, j’entame en même temps qu’une licence de Biochimie une école de communication choisie pour son accès au stage. Je veux travailler alors que la solitude face aux paillasses qui accueillent les décérébrages de grenouilles à la chaîne me pèse. Après que le service des stages de l’EFAP m’ait placé tous les après-midi dans l’Association des Paralysés de France pendant 3 mois pour répondre à mon envie première (me rendre UTILE), j’ai besoin de légèreté à un moment où 10 mois de vie militarisée se profilent. Je décide donc de suivre un ami dans une aventure qui m’amuse alors qu’il y joue depuis quelques semaines déjà son envie professionnelle à peu près comme si sa vie en dépendait. Ma formation musicale et les écouteurs de mon waklman Sony scotchés à mes oreilles 24/7 ne m’ont pour autant jamais donné cette envie là. Il s’agit plus d’éprouver la capacité des stages à tester des univers différents et de s’exposer à la possibilité de surprises inattendues que de réaliser un rêve. Tellement ont ça dans le sang, ça me rend quelque peu exotique. J’aime l’idée. Je vais forcément m’amuser. Quoiqu’il arrive.

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En janvier 1992, j’entame donc 6 mois de stage chez Delabel, filiale de Virgin France créée 2 ans plus tôt par Emmanuel de Burtel. J’ai de la chance. Au catalogue, se trouvent quelques artistes que j’aime vraiment (Les Negresses Vertes, les Rita Misouko…) et un groupe qui monte (I am). Lorsque je mets les pieds pour la première fois dans le grand loft qui sert de bureau, je sens une ambiance électrique. Mon pote Pierre est en train de finaliser le texte d’un artiste qui vient d’être signé. Il a une couleur rouge violacée qui m’oblige à vérifier que ce n’est pas l’éclairage de la pièce qui est défectueux. La numéro 2 de la maison de disque dont on m’a déjà signifié les crises d’hystérie plus ou moins passagères vient de l’humilier publiquement en lui balançant son texte à la gueule. Ca tombe bien, c’est elle justement qui doit m’expliquer mon job dans 10 minutes. Avec probablement l’étiquette du « coopté par son pote incompétent » scotchée sur le front.

Par je ne sais quel délire de mes neurones pourtant supposés être au pic de leur forme à 22 ans, j’ai mis l’un de mes Jean’s les plus troués pour mon premier jour de travail. C’est Christophe, en charge de la programmation clubbing, qui m’accueille avec un grand « tiens voilà la chair fraîche pour mes soirées, il a déjà compris ce qui m’excitait au niveau des fringues, c’est un bon début« . C’est la première fois de ma vie que je me fais ouvertement brancher par un mec. Je suis d’emblée mort de honte. Personne n’ayant eu la bonne idée de me prendre en photo à ce moment là, je ne peux que m’imaginer victime de la couleur de peau contagieuse de mon pote Pierre. Christophe fait partie de ces gays qui portent leur orientation sexuelle comme un étendard, sans doute pour éviter les chuchotements et LE moment où il faut avoir cette discussion qui consiste à « révéler » le secret si mal gardé. Je le déteste immédiatement pour son absence évidente de bienveillance. Mais je n’aurai qu’à ignorer ses remarques lourdes… et adopter pour la première fois de ma vie une tenue de banquier (toute proportion gardée), bordel !

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A peine le temps de retrouver mon plus beau teint de jeune homme que Marie-Jeanne, la responsable promo qui coiffe donc toute l’équipe et gère la presse écrite, m’accueille. Elle parle vite, de façon saccadée, ses ongles sont rongés. De son bureau, on aperçoit celui du big boss. A peine le temps d’y discerner des personnes qui parlent à mots couverts, des cassettes empilées et une énergie qui me parait a priori créatrice et attractive, que Marie-Jeanne me tire déjà par le bras dans la direction opposée.

« Bon, ton travail est très simple. Je te montre. Nos communiqués sont tous imprimés en encre blanche sur du papier marron corporate. C’est l’identité de la boite, tu comprends. C’est TRES important. Le stagiaire précédent faisait n’importe quoi, il faut vraiment que tu sois minutieux, le papier se coince souvent dans la photocopieuse, il a de la main, tu comprends. Et il absorbe l’encre si on ne met pas le papier dans le bon sens. C’est HORRIBLE. Et comme tu en imprimeras plusieurs centaines par jour, tu laisseras passer des unités qui ne sont pas parfaites. C’est INACCEPTABLE. Tu gâches tout notre travail si tu laisses passer ça, tu comprends ? Tu arrives bien à 14h précises tous les jours et tu restes jusqu’à ce que tout sois bien imprimé, mis sous pli et apporté à la Poste. Ce sera toi aussi. Mounia te montrera où est la Poste. C’est à 17 heures mais tu reviens ensuite parce qu’il faut avancer le travail du lendemain. Parce que ton prédécesseur hein… enfin bref. »

Elle ouvre des bacs dans tous les sens pendant qu’elle me parle de la machine qu’elle n’a de toute évidence jamais utilisée. Je la regarde hagard, seul mon bloc note me donne une sorte de constance, j’y ai noté des mots que j’ai toujours chez moi, 20 ans plus tard : « Marie-Jeanne – 3 janvier 1992 – imprimer les CP marron sur blanc. Attention au sens du papier. La main ? Imprimer plusieurs centaines. Horrible. Poste à 17h (Mounia). Tu comprends ?« .

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Sur le chemin qui me dirige vers mon bureau, je croise une bombe atomique sautillante qui porte une mini jupe qui permet de connaître au premier mouvement la couleur de son string. Je lui dis bonjour, elle ne me regarde même pas, préférant aller se marrer avec son pote Christophe qui, lui, me regarde bien. Je pose enfin ma veste et mon sac sur mon bureau, juste en face de Pierre qui continue à galérer. J’essaie de détendre.

– Dis donc, elle a l’air sympa Sophie Marceau version ultra court
– Emmanuelle ? Mouais, elle s’occupe de la promo radio télé en couchant avec tous les programmateurs de la place de Paris, ça marche super bien. Elle sait pas aligner 2 mots grammaticalement corrects mais c’est pas trop trop ce qu’on lui demande. Si tu l’ignores, ça se passera bien. Comme avec Christophe en fait, mais ce sera plus dur.

Je jette un oeil sur son texte. Ca parle de chanteur nigérian repéré dans le métro par le directeur artistique. De façon plus brillante que je ne saurais jamais le faire. Un peu littéraire à mon goût pour un communiqué de presse sensé être froidement informatif, mais définitivement inspiré.

– Je dois finir ce putain de texte dans 5 minutes : l’artiste est dans le bureau du patron qui VEUT un texte maintenant. J’ai eu le temps d’écouter un titre seulement, c’est pas trop ma came. Tiens écoute.

Les sonorités funk me plaisent immédiatement. Ca parle du rythme de l’amour. C’est une bombe, je le sais immédiatement. Je décris à Pierre ce que j’ai ressenti en l’écoutant, il griffonne 3 phrases qui bouclent son texte et fonce dans le bureau de Marie-Jeanne « pour validation ». Trente secondes plus tard, je vois Marie-Jeanne foncer dans l’inaccessible bureau du patron pour expliquer qu’elle est désolée de présenter dans un format brouillon ce texte qu’elle vient de dicter en quelques minutes. Bon esprit. Tout le monde semble ravi, Pierre gère comme il peut son mélange de fierté et de frustration, il me remercie du coup de main.

– Au fait, il s’appelle comment, l’artiste ?
Keziah Jones, l’album c’est Bluefunk is a fact, le lead qu’on a écouté, Rythm is love.

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Mes après-midi de photocopieuse se déroulent sans encombre majeure. J’ai décidé de ne même pas essayer de faire reconnaître le moindre talent -que je ne pense de toute façon pas avoir. Inutile de risquer de provoquer l’exploitation abusive, sur le modèle de celle que subit quotidiennement Pierre. Il accepte de n’échapper à aucune humiliation d’une Marie-Jeanne qui le déteste probablement pour cette capacité d’écriture qu’elle n’a pas, ça me dépasse. Chacun a droit à son moment dégradant, sauf moi, protégé par ma non-mission que j’exécute avec brio, c’est à dire sans ronchonner. Mounia est devenue mon amie qui m’accompagne pour le plaisir à la poste tous les jours. La gestion du bourrage papier est l’aventure la plus extrême qui m’arrive pendant mes heures de bureau mais je dévore chacun des textes de Pierre avec plaisir et profite de l’écoute des albums avant même leur sortie avec délectation. J’échappe par bonheur le matin, alors que je suis en cours, aux descriptions détaillées des soirées plus ou moins décadentes de l’équipe auxquelles nous ne sommes bien évidemment pas invités, nous, les stagiaires.

Je n’ai toujours pas échangé un seul mot avec Emmanuelle, Christophe continue inlassablement son rentre dedans très direct, plus pour le jeu que pour le principe en lui-même à ce stade. J’ai fini par le trouver drôle même lorsqu’il m’explique qu’il attend avec impatience le prochain stagiaire qu’il espère plus coopératif. Pierre continue à me poser des questions pour inspirer ses textes et ça me plaît. Marie-Jeanne essaie mais ne sait visiblement pas quoi me dire quand elle se retrouve plantée devant moi au gré de ses va et viens incessants dans les bureaux pour des raisons que personne ne comprend. Je n’ai toujours pas vu à moins de 5 mètres Emmanuel de Burtel que je trouve donc peu sympathique mais brillant, de principe.

Un jour je croise Helno des Negresses verte, le lendemain Catherine Ringer et Fred Chichin, tous plus adorables, attentionnés et prévenants que l’équipe qui est censée me coacher. Je comprends vite que je n’aimerais pas vivre dans leur univers mais l’observer en spectateur me plait et m’enrichit. Les marseillais d’I Am sont à Marseille. Kéziah est là tous les jours et me raconte le rêve éveillé qu’il vit, son titre commençant à cartonner sérieusement, et pas qu’en France.

Entre deux sessions de photocopieuse, je m’ennuie, donc je me lance dans la conception d’un système de classement des titres selon un référencement qui me parait utile pour les télés, la radio, la presse écrite et les boîtes de nuit. J’ai remarqué que l’archivage déplorable de l’ensemble des titres au catalogue génère une perte de temps pour tous. C’est 2 mois après mon arrivée que je fais passer le résultat à Marie-Jeanne puis Emmanuelle et Christophe. Marie-Jeanne ne m’en parle pas. Emmanuelle me dit bonsoir pour la première fois. Christophe vient me remercier avant d’ajouter immédiatement appuyé par un clin d’oeil décontractant qu’on devrait aller fêter ça lui et moi dans son appartement. J’en ai gagné 2 sur 3, je me sens à quelques millimètres du strike.

Pierre continue à vivre sa part de rêve dans la douleur, lui seul ne s’aperçoit pas que c’est en fait un cauchemar éveillé. Pendant qu’il souffre tous les soirs sur des textes qui ne conviennent jamais, je profite avec de moins en moins de scrupule des places de concerts qu’Emmanuelle et Christophe me distribuent comme des bons points à chaque fois que je leur rends des services. J’ai toujours l’impression de ne pas servir à grand chose mais j’ai trouvé un équilibre qui me va plutôt bien.

Le 30 juin 1992 est mon dernier jour. Pierre a signé pour 1 an, j’ai signé pour d’autres trous de combat. Marie-Jeanne me convoque dans son bureau sans que je ne m’y attende vraiment. Si elle me parle de la qualité de mes photocopies, je me sens prêt à improviser une suite d’insultes comme on lui en a rarement servi. Elle me remercie en fait pour mon intégration « dans une équipe difficile » et pour ce que j’ai apporté « par mes nombreuses initiatives ». Elle est émue. EMUE. Vraiment. Je n’en crois pas mes yeux. Ce qui m’interdit toute malhonnêteté intellectuelle. Je lui explique que j’ai énormément appris sur les gens, sur ma capacité à rester à ma place, sur un monde dans lequel je ne voudrais travailler pour rien au monde, sur ce que je ne ferais jamais dans l’hypothèse peu probable où je deviendrais un jour patron d’une équipe comme Emmanuel et elle. Autant d’enseignements que je me suis avoué pour la première fois, un peu pris au dépourvu, dans son bureau.

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Dans les mois qui ont suivi, alors que la caserne m’apprenait d’autres choses pas moins utiles loin de là, j’ai eu l’occasion de repenser à Delabel à plusieurs reprises, notamment grâce à Pierre qui continuait à y évoluer. L’annonce du décès par overdose d’Helno, le succès exceptionnel du premier album de Kéziah, le départ successif et plus ou moins volontaire de Marie-Jeanne, suivi de Christophe et Emmanuelle…

Pierre est depuis devenu auteur, il a écrit un bouquin sur l’idole qu’on partageait, Marie Laforêt, puis Etienne Daho. Il continue à publier régulièrement et exerce parallèlement son métier de journaliste lorsqu’il ne s’écrit pas un album. Je suis tombé hier sur un bouquin qu’il a co-écrit. Emmanuel de Burtel a évolué au gré du rachat de Virgin par EMI et du rapprochement avorté avec Time Warner en 2000. Jusqu’en 2004, année à partir de laquelle il poursuit une voie plus indépendante mais toujours aussi influente dans le monde de la musique.

Je ne l’ai jamais rencontré, Emmanuel, je me demande à quoi il ressemble en vrai.

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