Wake Up Call

Le mois qui vient de s’écouler avait tout pour être normal. Un début d’été parisien comme je les aime, les verres en terrasse avec les amis, des spectacles légers dont j’ai envie depuis longtemps, des albums que j’attends, des séries annoncées comme des événements. Tout était parfait.

Rien ne s’est passé comme prévu. Et je n’en ressors pas tout à fait le même.

Un monde très noir

Dans le passé, dans le présent et dans le futur, l’optimisme n’est pas de mise.

La série “Chernobyl” assure la première petite claque du mois. Tour à tour thriller politique, drame du quotidien oppressant, ambiance gore terrifiante, difficile de ne pas suffoquer. Le jeu en vaut la chandelle, la mini-série de HBO (diffusée en France sur OCS) est une véritable petite pépite.

Avant de basculer sur la saison 3 de “The Handmaid’s Tale”, dont on connait déjà la noirceur stylisée de rouge, une nouvelle dystopie est annoncée pour combler les lacunes de “Black Mirror”.

Très vite, on comprend que “Years and Years” va nous balader dans les 10 prochaines années en faisant le pont sur le nucléaire du traumatisme précédent et en élaborant notre futur sur les peurs bien réelles d’aujourd’hui. Montée des extrêmes, nouvelles dynamiques géopolitiques (et nouveaux réfugiés qui vont avec), effondrement des systèmes financiers ou encore dérives de la technologie sont notamment au programme. La série de la BBC et HBO, découverte à Canneseries et diffusée en France sur Canal +, est à mon goût encore meilleure que “Chernobyl”. Elle réussit à insuffler de l’humour (très british) et des bulles festives dans une succession de prédictions aussi terrifiantes que crédibles. Et surtout, même en couvrant en accéléré 10 années en 6 épisodes, on s’attache aux personnages instantanément. L’amateur de séries est comblé, le citoyen est terrassé.

Heureusement, côté musique, on peut légitimement attendre un peu d’air. Je vois enfin le “Fashion Freak Show” de Jean-Paul Gaultier, je suis embarqué mais ne peux m’empêcher de voir de grands morceaux de ma vie de ces 40 dernières années défiler sur scène. Exactement au moment où Mylène Farmer décide de boucler une boucle très émouvante pour moi, avec un spectacle qui montre la dureté du monde d’aujourd’hui.

En annonçant un nouvel opus aux accents portugais, je comptais sur Madonna pour venir réenchanter ce monde. Las, elle sort l’un des albums les plus politiques de sa carrière, je l’aime tellement qu’il tourne en boucle. Elle attend les tous derniers jours du mois pour sortir un clip majeur, God Control, véritable court-métrage qui déstructure une ère de 40 ans de clips qu’elle avait contribué à inventer. Et créé un objet frontalement militant.

Le combat doit continuer

C’est donc sur fond d’un monde qui s’écroule et d’une canicule qui rappelle que l’horloge du temps est en marche que je découvre sur la chaîne Histoire l’excellent documentaire de Benoit Masocco (CAPA) “L’étincelles, 50 ans de luttes LGBT”. Les 50 ans de Stonewall permettent de revenir sur des combats pas si lointains et sur la nécessité de ne pas s’endormir sur des acquis bien fragiles. Tout le monde devrait voir ce reportage, historiquement passionnant, il a fait sur moi l’effet d’un électrochoc.

Pas particulièrement fan des communautarismes quels qu’ils soient, de l’identité sexuelle en bandoulière et encore moins des démonstrations outrancières qui vont énerver au 20h de TF1, je n’en avais pas compris l’utilité majeure. En me désignant de facto parmi les “Nantis de la liberté”, Robert Badinter m’a bousculé dans la clôture de ce doc et fait réfléchir à la façon de contribuer à la lutte, prendre ma part. Assurer ma première Gay Pride parisienne sur un char n’était finalement pas si anecdotique et répondait à une première étape d’une ambition nouvelle : m’exposer plus pour mieux participer à la cause de ma communauté dont je suis forcément plus proche que je ne le pense moi-même.

C’est donc avec une énergie bâtie sur la colère que j’entreprends ce mois de juillet. Je compte bien en faire ressortir des projets utiles.

Ah oui, rien à voir. Il y a une semaine, j’ai eu 50 ans.

La révolution de la SVOD décryptée (bonus)

Après 5 longs chapitres de complexité pour un dossier SVOD projetant en 2020, voici la réponse à la seule question qui finalement intéresse tout le monde : quelles sont les prochaines séries à ne pas manquer dans les mois qui viennent ? Je partage ici ma liste (14 séries d’ici la rentrée quand même), par ordre chronologique de sortie, avec quelques justificatifs… et quelques inconnues !

“Dead to me” – 3 mai – Netflix

Comédie noire dont le casting donne très envie : Christina Applegate qu’on aime depuis “Mariés, 2 enfants” et Linda Cardellini d'”Urgences”. Les premières critiques ne sont pas délirantes mais saluent le duo semble-t-il super efficace. A tenter donc.

Catch 22 – 17 mai – Canal + Séries (Hulu)

Produite, dirigée et interprétée par George Clooney de retour à la télé, la série explore le terrain de la comédie militaire un poil loufoque. Parmi les autres acteurs, Kyle Chandler de “Friday Night Lights” et “Hugh Laurie” échappé de “Docteur House”. Canal + y croit très fort en le programmant sur son offre série et sur la chaîne historique. Tout le monde va en parler, autant se faire un avis.

Fleabag (saison 2) – 17 mai – Amazon Prime Video

J’avais adoré le portrait de cette londonienne un peu déjantée et ses relations familiales toxiques dans la saison 1 de 2016. Il parait que la saison 2 est au niveau. L’auteur et actrice principale Phoebe Waller-Bridge est géniale, Olivia Coleman est bluffante. Canal + préparerait un remake avec Camille Cottin.

What/If – 24 mai – Netflix

Le créateur de “Revenge” (guilty pleasure de Mike Kelley qui avait mal tourné) est de retour, Renee Zellweger aussi. Le teaser qui a été révélé cette semaine laisse penser qu’on va retrouver l’univers soap vénéneux qu’on adorait trouver too much il y a quelques années. A voir…

Mise à jour : après avoir vu, c’est plutôt NON :/

How to sell drugs online (fast) – 31 mai – Netflix

Avec les spectateurs de CANNESERIES, on a pu découvrir les 2 premiers épisodes. J’ai trouvé que cette série allemande donnait un mode d’emploi un peu embarrassant sur la façon de se procurer de la drogue en ligne. Mais c’est incontestablement efficace, un format moderne qui devrait cartonner. Envie de voir comment ça évolue.

The handmaid’s tale (saison 3) – 5 juin – OCS

La saison 2 n’a pas déçu. On est quelques-uns (aka le monde entier) à attendre fébriles la saison 3…

Pose (saison 2) – 9 juin – Canal +

J’ai dit ici tout le bien que je pensais de cette création de Ryan Murphy. C’est clairement la suite que j’attends avec la plus grande impatience. Cette saison couvrira en plus l’explosion du Voguing avec Madonna. Pas encore de bande-annonce mais une bonne occasion de revoir ce clip mythique.

Big Little Lies (saison 2) – OCS

Je redoute d’être déçu par cette saison 2 d’une mini-série qui ne devait à l’origine pas en comporter. Si David E. Kelley reste à l’écriture, Jean-Marc Vallée dont on reconnaissait tellement la patte laisse sa place derrière la caméra à Andrea Arnold qu’on ne connait pas trop. Meryl Streep arrive mais est-ce que ça suffira ? On regardera forcément pour savoir.

Les chroniques de San Franciso – 7 juin – Netflix

La mini-série de 1993 (suivie de 2 autres mini-séries en 1998 et 2001) avait été un de mes premiers coups de coeur série : osée, moderne, jamais vue pour l’époque. J’avais lu immédiatement l’intégralité d’Amistead Maupin qui est devenu l’un de mes auteurs préférés. Je ne veux pas trop en savoir sur ce qui est annoncé comme une “nouvelle adaptation” mais avec Laura Linney et Olympia Dukakis qui reprennent leur rôle 26 ans plus tard, ce qui est étonnant. La bande-annonce montre plus un passage de relais. Ellen Page et un gagnant de RuPaul’s Drag Race rejoignent le casting. Je saurai vite si la magie est rompue ou régénérée.

Dark (saison 2) – 21 juin – Netflix

Une autre série allemande, cette fois on est en terrain connu, on sait déjà qu’il faudra s’accrocher pour s’y retrouver et on compte d’ailleurs sur un “Previously on” béton pour ne pas passer les 4 premiers épisodes à patauger. Pour le reste, j’étais très d’accord avec Sélim qui en avait bien parlé ici. On va donc continuer à réviser notre allemand.

Veronica Mars (Saison 4) – 26 juillet – Hulu aux USA (inconnue en France)

C’était ma 7ème série préférée de la saison 2006/2007. Elle a pourtant laissé des traces dans la pop culture plus que d’autres. Retrouver Veronica Mars pour une 4ème saison 12 ans après la 3ème (et un film raté entre les 2) est réjouissant. Reste à savoir où et comment elle sera disponible en France pour nous éviter de commettre l’irréparable (oui je dramatise un poil).

Altered Carbon (saison 2) – cet été ? – Netflix

La saison 1, un peu déroutante, m’avait finalement séduit. La saison 2 est annoncée avec un nouveau lead (Anthony Mackie remplace Joel Kinnaman), le principe de l’histoire rend ce passage de relais beaucoup plus simple que Dynasty (l’esprit voyage de corps en corps). Pas encore de date, pas encore de bande-annonce mais on devrait être fixés cet été.

Years and years – 14 mai – Canal +

Le créateur de Queer as Folk (Russel T. Davies) à la tête d’un dystopie autour du Brexit avec Emma Thomson en lead : on veut absolument voir !! Canal est co-producteur (avec la BBC et HBO), ça devrait arriver vite.

Nehama – Rentrée ? – Canal +

Là encore, on a vu les 2 premiers épisodes à CANNESERIES, et on est nombreux à être tombé sous le charme de cette chronique israelienne de et avec Reshef Levi auquel on s’attache en quelques minutes. Canal + a acheté mais pour diffusion quand ?

Il y a évidemment plein d’autres séries attendues mais c’est la sélection que je regarderai. Sauf si des coups de coeur émergent au moment de leur sortie.

Mise à jour juin 2019 : je n’avais pas vu venir Chernobyl, la mni-série immanquable diffusée sur HBO en mai – juin (OCS en France).

Le début du dossier est ici

 

La révolution de la SVOD décryptée (5 / 5)

[Previously On] : La SVOD s’apprête à enrichir drastiquement son offre pour des consommateurs qui risquent de s’y perdre. Netflix montre des signes de faiblesse (que la presse commence d’ailleurs à sortir depuis 3 jours), Disney + vend du rêve avec une force de frappe de contenus quasi inégalable mais sur un principe qui semble copier ce qu’a inventé le leader, les autres (internationaux ou français) tardent à montrer de la clarté concernant leur plateforme.
Quel est le risque ? Il est double et il commence à émerger explicitement du côté des observateurs.
Quelles idées pour le contourner ? Dans cette suite et dernier chapitre du dossier SVOD, je tente des pistes de réponse qu’on n’entend à mon avis pas assez .

Vers une économie de la frustration à maîtriser pour éviter le pire

Véritable casse-tête, la situation la plus probable pour le consommateur sera de se retrouver avec un ou des abonnements qui créent de la frustration en ne donnant pas accès aux contenus qu’il souhaite voir. Il faudra alors composer avec des clients mécontents dont les plaintes risquent d’occuper les services consommateurs et les réseaux sociaux de tous les acteurs sans exception. On a droit à un avant-goût “grâce“ à Canal + qui a eu l’idée étrange de lancer enfin le bon package avec Canal + Séries en n’y intégrant pas tout son catalogue (pas de “Bureau de légende“ ni de “This Is Us“ par exemple). Le but est sans doute de préserver la valeur ajoutée de l’abonnement à Canal + historique mais l’opération tue dans l’œuf une offre qui avait pourtant tout pour prendre une place de choix. Au-delà de l’exemple, aucune plateforme n’est complètement à l’abri du risque de disqualification.

Retour au téléchargement illégal ou volatilité des consommateurs ?

Face à la frustration, les réponses consommateurs sont souvent extrêmes. Au moment où le premier épisode de la dernière saison de “Game of Thrones“ a été téléchargé illégalement plus de 55 millions de fois en 24h dans le monde (1,3 millions en France), la question du retour à une consommation hors plateforme légale se pose. D’autant que des services comme Popcorn Time offrent une qualité qui n’a pas grand-chose à envier aux plateformes payantes sans les complexités et le risque qu’engendrent le téléchargement peer-to-peer et l’accès par VPN. L’illégalité s’affranchit en plus des cadres réglementaires qui imposent une chronologie des médias fluctuantes par pays et des quotas de productions locales forcément contraignantes dans des équations de production / diffusion déjà complexes.

Papillonner entre les différentes plateformes d’un mois à l’autre, en profitant d’offres de premier mois gratuit pensées pour faire du recrutement, en y intégrant une consommation par piratage est un dommage collatéral moins extrême qui ne peut pas échapper aux spécialistes mais est finalement assez peu évoqué par les analystes. La véritable réponse viendra peut-être de la capacité du marché à structurer des offres points d’entrée vers l’ensemble des contenus à des tarifs optimisés.

Mon point de vue sur les innovations attendues

On doit tous espérer qu’un modèle rémunérateur viable avec une réelle valeur ajoutée du service (qualité du flux, interface, connexion communautaire…) voient le jour pour continuer à financer une production d’une telle richesse.

En termes de point d’accès centralisés vers les différentes plateformes, l’Apple TV pourrait reprendre complètement un sens qu’elle avait un peu perdu, si Apple TV+ n’induisait pas une méfiance sur la mise en avant des contenus. Les opérateurs auront sans doute leur rôle à jouer (mais sont-ils vraiment sur le coup ?), des acteurs tels que Molotov, aguerris à l’enjeu des droits, pourraient trouver une évolution intéressante.

En termes de marketing, chaque plateforme devra travailler sur une identité et une éditorialisation montrant un ADN reconnaissable et des spécificités, au-delà du marketing de chaque série qui est déjà très en place. Il me semble que le chemin à parcourir reste gigantesque dans le domaine. Un capital sympathie se grignote vite, certains pourraient en faire la cruelle expérience.

En termes de contenus, au-delà des productions anglo-saxonnes, les récents festivals SERIES MANIA et CANNESERIES ont montré le dynamisme du secteur partout dans le monde en récompensant des séries espagnoles, israeliennes, belges, norvégiennes, québécoises ou françaises. Le début de travail mené par Netflix pour faire de productions locales des succès internationaux pourrait s’accélérer pour reconstituer des catalogues de qualité et attractifs, s’affranchissant au passage de fins de droits et licences complexes sur les séries américaines. Là encore, la pensée marketing d’intégration dans l’identité des plateformes jouera un rôle clé pour assurer le bon niveau de considération par les utilisateurs.

Série espagnole primée au Festival CANNESERIES

Mais surtout, en termes d’usage, on pourrait rêver d’innovations qui paraissent évidentes mais sont aujourd’hui inexistantes ou déléguées. Par exemple structurer dans la plateforme une interface qui montre et organise les prochaines diffusions des épisodes et séries qu’on suit ou veut suivre, sur le modèle des applications TV (Show) Time ou Beta Series, serait tellement malin. Et intégrer une logique réellement communautaire sur le modèle de “Sens critique“ (ou “Rotten Tomatoes“ au niveau mondial) complémentaire à l’approche algorithmique simplifierait la vie de tout le monde. A commencer par la mienne.

Je serais ravi de constituer des playlists des séries que je conseille / regarde plutôt que de répondre quotidiennement à la question : “tu conseilles quoi comme série ? “. Et je serais encore plus content de suivre les recommandations de ceux auxquels je fais confiance pour me guider vers les « immanquables » malgré mes goûts éclectiques et bizarres (oui, je kiffe aussi bien “Dynasty“ que “Dark“).

Et puisque la question sur les recommandations séries reste plus que jamais d’actualité, la liste des prochaines séries à ne pas manquer selon moi à partir de cette semaine jusqu’à l’été est ici en bonus.

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La révolution de la SVOD décryptée (4 / 5)

[Previously On] : Dans le duel au sommet des bouleversements de la SVOD, Netflix pourrait montrer des signes de faiblesse avec des contenus qui disparaissent et une concurrence qui créent de nouvelles envies pour une base de clients fragile, en capacité de se désengager chaque mois.

Face à de nouveaux entrants peu innovants, Netflix peut pourtant marquer des points

C’est sans doute le plus gros étonnement : aucun des géants se lançant dans la bataille ne semble à ce stade proposer une approche réellement disruptive face aux principes structurés historiquement par Netflix.

Plutôt que de chercher à créer une expérience enrichie, chacun préfère montrer ses muscles.

Parfois avec un catalogue impressionnant : Marvel et la franchise X Men de la Fox chez Disney face à l’Univers DC chez WarnerMedia, le préquel de “Game of thrones“ sur WarnerMedia via HBO face au préquel du “Seigneur des anneaux“ sur Amazon Prime Vidéos, un volume impressionnant de succès planétaires pour NBC Universal ou Fox Play (sur Canal+ Séries en France jusqu’à nouvel ordre)… Parfois avec des grands noms signés en exclusivité : Ryan Murphy et Shonda Rhimes pour Netflix, Spielberg, J.J. Abrams et Ron Howard pour Apple TV+…

Parfois avec des investissements dans de nouvelles productions surpassant “Star Trek : Discovery », “The Crown“ ou même “Game of thrones“ : 1 milliard de dollars pour les 5 saisons du préquel du “Seigneur des anneaux“ d’Amazon PrimeVideo face aux 100 millions de dollars pour les 10 épisodes de la saison 1 de “Mandalorian“ de Disney+. Dix millions de dollars par épisode deviendrait un mètre étalon pour les séries ambitieuses.

Comme tous aiment à le répéter, la qualité prime plus que jamais sur la quantité. Y compris pour Netflix qui a pourtant pu mesurer à quel point ce ne sont pas les produits d’image qui font de l’audience sur la plateforme, plutôt consommée pour ses contenus mainstream, parfois cheap (ce qu’on sait même si la firme de Los Gatos fait de ses audiences un secret d’état absolu).

A l’arrivée, quelques atouts restent du côté de Netflix.

D’abord, une capacité à innover et prendre des risques sur le contenu comme récemment avec l’épisode interactif “Bandersnatch“ de “Black Mirror“ prolongé avec la série “You vs Wild“ avec Bear Grylls. Mais également une innovation qui s’étend aux formats à l’instar de “Bonding“ constituée de 7 épisodes de 15 minutes conçus pour mobiles par Blackpills Studio et lancée cette semaine.

Ensuite l’excellence du savoir-faire pour intégrer des productions hors langue anglaise, qu’elles soient maison (l’allemand “Dark“ par exemple) ou rapatriées (l’espagnol “Casa de papel“, le français “Dix pour cent“…). Avec un petit bémol sur les productions françaises qui n’ont à ce jour pas convaincu (“Marseille“, “Osmosis“, “Huge en France“…) . En la matière, Amazon Prime Video n’a pas fait mieux avec “Deutsch-Les-Landes“, on attend donc toujours la première bonne production française pour une grande plateforme américaine (peut-être avec “Family Business“ prochainement sur Netflix ?). Le roi incontesté dans le domaine reste Canal + qui a su convaincre critiques et public avec “Le bureau des légendes“, “Engrenages“, “Baron Noir“, “Versailles“, “Hippocrate“ et une bonne dizaine d’autres. Mais la filiale de Vivendi a gâché ce précieux temps d’avance en commettant une erreur stratégique sur laquelle on reviendra.

Présentation Disney +

Côté technologie, il y a encore tellement à faire pour optimiser l’expérience. Il semblerait que les acteurs se contentent de la moyenne plutôt que de miser sur l’excellence. Les points d’attention sont listés, rien n’est annoncé. Sauf révélation majeure, les utilisateurs devrait donc composer avec une qualité de streaming toujours pas au niveau et loin de s’adapter aux téléviseurs 4K ou OLED, des interfaces utilisateurs qui n’inventent rien malgré la difficulté démontrée par Netflix à faire découvrir sa profondeur de catalogue, des systèmes de recommandations défaillants qui peinent à établir une note fiable, des algorithmes qui poussent assez mal et de façon enfermante des pièces de catalogues liées au visionnages précédents, une personnalisation à faible valeur ajoutée et une dimension communautaire qu’un Spotify a parfaitement intégré (notamment avec ses playlists) mais totalement oubliée de l’expérience streaming vidéo…

Nous n’en sommes qu’aux prémices des annonces, Disney et Apple se sont contenté d’un tableau impressionniste des plateformes, préférant miser sur les gros labels et les grands noms. De acteurs majeurs -tels que Warner qui pourrait créer la surprise- n’ont pas encore vraiment dégainé, tous les espoirs sont permis.

Mais s’il n’y a pas d’évolution majeur,  c’est sur le terrain du prix que la guerre pourrait se jouer en 2020. Une fausse bonne nouvelle pour les clients et un très mauvais signal pour la dynamique de ce segment de marché stratégique. Pour les tarifs d’entrée, Netflix risque d’hésiter à augmenter ses 7,99 Euros mensuels alors que Canal+ Séries vient de se positionner à 6,99 Euros, tarif sur lequel Disney+ semble s’aligner pour son lancement au premier semestre de l’année prochaine.  D’autant que quelques modèles introduisant la publicité (à l’instar d’Hulu ou CBS All Access au USA) pour des abonnements inférieurs à 5 Euros sont annoncés, parmi lesquelles la française Salto.

A tarif égal, la longueur d’avance acquise par Netflix pourra lui profiter encore quelques mois mais au jeu des comparaison des contenus, le leader pourrait ne pas tenir la charge très longtemps.

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La révolution de la SVOD décryptée (3 / 5)

[Previously on] : Le paysage de la SVOD va complètement changer de visage et rendre la vie des accros aux séries pas forcément plus simple. De nouveaux géants, un millier de séries et des moyens d’y accéder complexifiés. Les observateurs prévoient un duel au sommet de Netflix face à Disney+ mais ce n’est pas forcément aussi simple.

Et si Netflix était un géant aux pieds d’argile ?

Si devant les marchés financiers, le patron Reed Hastings et sa garde rapprochée tentent de faire bonne figure en accueillant toute cette concurrence comme une réjouissante preuve de dynamisme d’un marché encore à conquérir, la réalité est nettement plus compliquée. Ironiquement, les contours et piliers d’un marché largement bâti sur le succès de Netflix en constituent les principaux freins pour le futur proche. De nombreuses études continuent à prédire que la longueur d’avance acquise par le pure player lui garantirait un leadership pour les années qui viennent. Et pourtant…

Reed Hastings, co-fondateur et directeur de Netflix

La bourse semble ne plus complètement croire en une croissance significative de ses 150 millions d’abonnés dans le monde pour faire face à l’explosion inévitable des coûts. Et le principe de l’abonnement pas cher sans engagement, en grande partie à l’origine de l’attractivité de la plateforme dès son lancement, rend particulièrement sensible toute augmentation du prix. La hausse récente aux USA n’a d’ailleurs pas été sans conséquence en termes de désabonnements immédiats.

Au niveau des contenus, deux grands axes sont à considérer, tous deux profondément percutés par le nouveau terrain de jeu.

Du côté des créations originales, il va falloir plus que jamais marquer les esprits avec des productions populaires et de qualité qui font l’événement, face à des plateformes concurrentes qui font monter les prix et les ambitions. C’est par exemple ainsi que les droits d’adaptation de la série événement préquel du « Seigneur des anneaux » ont échappé à Netflix au profit d’Amazon qui a déboursé quelques 250 millions de dollars. Et face aux 25 créations originales annoncées par Disney+, au savoir faire de HBO qui profitera à WarnerMedia et aux énormes moyens déployés par Apple TV+ avec la signature de grands noms, la pression monte. Les deals annoncés par Netflix avec les showrunners à succès Ryan Murphy et Shonda Rhimes assurent une production future efficace mais pas forcément le nouveau “Game of Thrones“.

Du côté du catalogue qui assure un volume conséquent et une diversité de contenus conformes à la promesse originelle, Netflix ne pourra pas bientôt compter que sur ses propres créations. Si elle a pu constituer une offre de qualité avec notamment “House of cards“, “Orange is the new black“, “Stranger Things”, “Narcos“  ou “Sense8”, nombre de ses séries à succès labelisées « Netflix Originals » en France ne sont pour autant pas des produits maison et pourraient lui échapper : “Better Call Saul“, “Riverdale“, “Dynasty“, “The Good Place“ ou encore “Designated Survivor“ sont proposés en exclusivité sur Netflix en Europe mais produits et diffusés par des grands networks américains historiques (en l’occurrence, AMC, CW, NBC et ABC).

Pire, l’hémorragie a déjà commencé avec l’arrêt de tous les héros Marvel (“Luke Cage“, “Iron Fist“, “Jessica Jones“, “Daredevil“…) appartenant à Disney. Et pour donner un sursis à “Friends“ en 2019, Netflix a dû débourser 100 millions de dollars alors que la série est destinée à rejoindre la plateforme WarnerMedia avec toutes les productions HBO, DC Universe et WC.

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La révolution de la SVOD décryptée (2 / 5)

[Previously on] : La révolution de la SVOD commence à se jouer. En dépit d’informations partielles qui arrivent en ordre dispersé, on commence à percevoir le risque : empirer ce sentiment pour le consommateur d’être perdu face à trop de contenus disséminés sur trop de plateforme…

Qu’est-ce qui attend un fan de séries en France en 2020 ?

Pour ce qu’on sait à ce jour, dans le courant de l’année 2020, le nombre de séries disponibles en France sera de l’ordre du millier. Une offre vertigineuse répartie sur au moins une dizaine de grandes plateformes différentes. Aux déjà existantes offres Netflix, OCS, Canal + Séries (incluant FOX Play et son immense catalogue), Amazon Prime Video et YouTube Premium, un fan de séries devra ajouter Disney +, APPLE TV+, WarnerMedia, NBCUniversal et Salto, l’arlésienne issue de l’union de TF1, France Télévision et M6 qui semble reprendre corps. Une projection qui exclut les plateformes SVOD par chaîne française (sur le modèle de CBS All Access au Etats-Unis) mais aussi Hulu, première concurrente de Netflix aux Etats-Unis, dont les ambitions internationales restent très floues et enfin, les quelques offres gratuites qui se profilent.

Si comme moi, vous voulez profiter en temps réel des nouvelles saisons de “Big Little Lies“ et “The Deuce“ (HBO aux USA / OCS en France), “Dark“ et “The Crown“ (Netflix), “Killing Eve“ ou « Le bureau des légendes » (Canal + Séries), “American Gods“ et “The Marvelous Mrs Maisel“ (Amazon Prime Video), “Weird City“ et “Wayne“ (YouTube Premium)….

Et si vous ne voulez pas rater les nouveautés dont tout le monde parlera parmi lesquelles “The Mandalorian“ dans l’univers Star Wars et « Loki » dans l’Univers Marvel (Disney+), “The Morning Show“ avec Jenifer Anister, “Little Voice“ du créateur showrunner culte J.J Abrams qui retrouvera Jenifer Garner et “See“ avec l’Aquaman Jason Momoa (Apple TV+), le préquel de “Game of Thrones“ et “The Nevers“ qui marque le retour du créateur de “Buffy“ Joss Whedon (sur HBO probablement pour la plateforme Warner), les prochaines saisons de “The Good Place“ et “Will&Grace“ (probablement rapatriées sur la futures plateforme NBCUniversal) ou les séries françaises exclusives promises par Salto qu’il ne faut pas sous-estimer…

… pas d’autres choix que de s’abonner à 10 plateformes, pour un budget probable de plus de 80 euros mensuels ! (Les séries citées le sont en pures spéculations : pour certaines rien ne dit qu’elles seront diffusées dès 2020 ni même que les saisons supplémentaires existeront)

Le challenge s’étend aussi à la multiplicité des moyens d’accès. Déjà aujourd’hui, consommer les séries de 5 plateformes nécessite une petite organisation si on veut comme moi en profiter sur un grand écran TV de qualité et pas seulement sur mobile. On pourrait imaginer des points d’entrée centralisés en un seul et même endroit mais on en est loin. Chaque foyer doit trouver son propre fonctionnement selon son équipement, ses opérateurs et ses propres habitudes. Ainsi, je passe par l’écran d’accueil de la box (SFR) pour Netflix, le replay de la même box pour OCS, l’application intégrée au smarthub de la TV (Samsung) pour Amazon Prime Video, la Chromecast (Google) depuis un mobile ou une tablette pour Canal + Séries et YouTube Premium. Si on pense que le grand écran de qualité a encore de beaux jours devant lui, l’enjeu de l’accès va constituer une autre bataille.

Autant dire qu’il faudra faire des choix et des paris, à moins que les consommateurs commencent à papillonner d’une plateforme à une autre en changeant chaque mois pour accéder au catalogue de nouveautés aux bons moments ?

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Décryptage de la révolution SVOD

De façon relativement imperceptible, les trois dernières semaines ont vu se jouer une énorme révolution du côté de la SVOD. Les plateformes de vidéo à la demande par abonnement ont fait l’objet de nombreuses annonces qui promettent à ce segment une place de choix au cœur du marché du divertissement.

Le mouvement des plaques tectoniques est tellement puissant qu’il est difficile d’y voir clair dans un paysage totalement redessiné dans quelques mois. J’avais prévu de passer deux ou trois heures sur le sujet pour mieux décrypter ce qui se prépare et faire les bons choix aujourd’hui pour le futur en tant qu’utilisateur gros consommateur. Il m’aura finalement fallu quelques semaines aux termes desquelles j’ai une vision plus claire (de la complexité) mais aussi quelques étonnements qu’il m’a semblé utile de partager.

L’autre “Game of thrones“

Pendant que le phénomène de société sans précédent qu’est devenu “Game of Thrones“ débute son ultime saison dans une torpeur mondiale, une autre conquête a débuté avec un suspens tout autant vibrant : quelles plateformes de streaming sortiront gagnantes de l’énorme bouleversement qui s’annonce ? “Winter is coming“, mais reste à savoir qui gagnera le trône.

Selon la grande majorité des observateurs, la bataille de la SVOD va se jouer entre 2 mastodontes : l’historique Netflix a profité depuis 2007 d’un quasi-monopole pour s’imposer face au géant Disney qui a mis du temps à se mettre en ordre de marche mais a finalement réussi à convaincre les observateurs dès sa première présentation formelle au début du mois. Et pourtant, il faudra aussi compter avec quelques autres leaders de leurs marchés parmi lesquels Amazon, Apple, AT&T Warner ou encore YouTube, qui n’entendent pas jouer les figurants.

Pour les utilisateurs, même les plus attentifs au sujet, difficile de s’y retrouver. Si j’ai pu en trois semaines entrer dans les coulisses des analyses et prévisions des plus grands spécialistes, c’est principalement grâce à la communication avec les investisseurs qui oblige les gros acteurs à révéler des postures stratégiques soigneusement dissimulées à leurs (futurs) clients consommateurs dont je fais partie. La communication grand public se concentre de plus en plus sur de grosses productions au moment de leur diffusion, via des campagnes d’affichage et sur le web.

Il aura donc fallu des heures de lectures, échanges et visionnages pour arriver à une conclusion très personnelle sur les enjeux de la SVOD. Plutôt que d’anticiper les mouvements de consolidations qui ne vont pas manquer de s’accélérer ou de jauger la pertinence stratégique déjà sanctionnée par les analystes financiers, je me suis intéressé au sujet en gardant autant que possible mon regard d’utilisateur. Même si comprendre les enjeux stratégiques des acteurs s’est avéré incontournable, et tout en n’ignorant pas le rôle fondamental des films de cinéma et documentaires sur l’échiquier, j’ai choisi le prisme particulier des séries sur le territoire français pour décortiquer le sujet.

La synthèse de tout ça reste un peu longue. Ce sera donc en 4 parties publiées chaque jour restant de la semaine :

Episode 1 : Qu’est-ce qui attend les fans de séries en 2020 ?

Episode 2 : Et si Netflix était un géant aux pieds d’argile ?

Episode 3 : Face à de nouveaux entrants peu innovants, Netflix peut pourtant marquer des points.

Episode 4 : Vers une économie de la frustration à maîtriser pour éviter le pire… 

Bonus : en attendant, les 14 séries à ne pas rater dans les prochains mois

Immersion dans mon expérience “Game of Thrones” (spoilers)

Après avoir expérimenté en 2011 les premiers épisodes de “Game of Thrones”, puis poussé la tentative jusqu’à la première saison dans son intégralité “pour être sûr”, mon verdict était sans appel et irrévocable : je n’avais pas assez de temps pour m’ennuyer devant une série. Trop de personnages, de longs discours inutiles et souvent obscures, des scènes de sexe et de violence souvent gratuites. Je pouvais donc m’enorgueillir d’être un des rares ultra fans de séries au monde à ne pas aimer #GoT, sous les huées de mes petits camarades.
 

Il aura fallu la conjonction de 2 éléments majeurs pour que je me lance dans l’aventure : souffrir du décalage ressenti avec une pop culture désormais omni présente et du temps disponible, beaucoup de temps !
Il y a 3 semaines, en décembre 2018, j’ai donc décidé de prendre le risque de “gâcher” 70 heures de ma vie en me forçant à regarder l’intégralité d’une série potentiellement inintéressante pour moi. Juste avant l’arrivée de la huitième et ultime saison de la saga, attendue en avril 2019.
 

J’ai ainsi vécu une expérience très enviée par les fans et incomprise par les autres : la découverte en binge watching de Game of Thrones après 7 ans de bouche à oreille effréné, d’événements traumatisants dont je savais peu de choses mais quand même (comment échapper à la mort et la résurrection de Jon Snow ?), d’une imagerie que je ne comprenais pas toujours mais qui était bien présente (il y a des dragons et une jeune demoiselle aux cheveux blancs qui les chevauche). Avec en toile de fond une légende autour de la série qu’on ne peut pas ignorer : elle fait mourir ses personnages principaux de façon souvent inattendue à tour de bras. Sachant tout ça, mon aventure a donc forcément été très différente de tous ceux qui ont découvert le phénomène en temps réel.
 

Ai-je succombé à mon tour à la folie “Game of Thrones” ? Mauvaise nouvelle les gars, il va falloir tout lire pour le découvrir. Voici donc une immersion dans mon aventure. Sans éviter les spoilers pour une fois, partant du principe que les fans ont de toute façon tout vu et que les autres s’en moquent. Mais vous êtes prévenus, passez votre chemin si vous n’avez pas vu mais prévoyez de regarder un jour
 
Trois semaines en trois phases
Pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis imposé 2 règles : assurer une attention à 100% à la série en m’interdisant le multitasking (le téléphone en mode avion, aucune source de diversion…) et pas recherche sur internet concernant la série (qui est tel acteur, en quelle année a été diffusée telle saison…) pour m’éviter un sur-spoiling garanti par le moindre article. C’est en vérifiant que l’acteur qui interprète Robb est bien celui de “Bodyguard” que je suis tombé directement sur un article au titre très explicite sur le destin de son personnage, j’en ai tiré les leçons. C’est donc armé des DVD Blu Ray des 3 premières saisons (offert il y a 5 ans) et d’OCS pour les autres saisons que j’ai lancé le premier épisode pour la troisième fois de ma vie. Sans oublier quelques remontants pour tenir le choc.
 

Les deux premières saisons ont confirmé que je trouvais l’ensemble assez ennuyeux. 
On m’avait dit que la fin de la saison 1 allait m’emporter, j’ai surtout trouvé le temps long avant qu’un personnage principal finisse par mourir alors qu’on pense qu’il va être sauvé, technique d’ailleurs largement exploitée dans la série par la suite. L’arrivée d’une ribambelle de nouveaux personnages en saison 2 (souvent venus de nulle part sans explication) a provoqué une lassitude supplémentaire. Il est évident que tout ce que je sais de la série gâche le plaisir : comment par exemple être surpris de la naissance de 3 dragons ?
Concernant ceux dont j’ai compris qu’ils étaient les vrais héros, Jon Snow et Daenerys Targaryen m’apparaissent assez fades, peu charismatiques, décevants. Il y a de bons méchants (Cersei et surtout Joffrey) mais il me manque de bons gentils. Je ne sais pas encore quoi faire de Tyron Lannister, que je pensais méchant mais qui est propriétaire des seuls (rares) moments drôles de la série. Je suis encore dans une pensée manichéenne.
 

L’épisode La Nera qui fait entrer en scène pour la première fois le feu Grégois m’impressionne et me captive. Je découvrirai plus tard que c’est souvent l’avant-dernier épisode de chaque saison qui est le meilleur.
Mais ce sont surtout les bonus inclus dans le Blu Ray qui me sauvent d’un ennui irréversible : ils m’aident à comprendre des liens entre des personnages que je n’avais pas intégré (j’étais pourtant concentré hein) et décortiquent les coulisses d’une production dont on ne peut qu’admettre les exploits techniques. N’empêche, on en m’enlèvera pas de l’idée qu’on n’est pas loin du soap de bas étages (coucheries et pouvoirs) relevé par des scènes de sexe explicites et du gore tous les quarts d’heure. Et malgré le rôle de téléphone portable joué à merveille par les corbeaux, on trouve quand même que les nouvelles se répandent bien vite et sans grande émotions entre les différents royaumes.
 

C’est à la troisième saison que la dimension addictive de “Game of Thrones” a enfin commencé à s’exercer sur moi. 
 
Ce sont bizarrement des personnages assez secondaires et féminins auxquels je me suis attaché, en espérant ne pas les voir se faire buter trop vite : Brienne de Torth et sa relation surprenante avec Jaimie Lannister, Ygrytte qui a enfin dépucelé ce grand nigaud de Jon Snow, Margaery Tyrrel et surtout sa grand-mère, Olenna Tyrell, personnage aussi jubilatoire que Maggie Smith dans “Downton Abbey”. Shae (amante de Tyron qui confirme son capital sympathie) et Ros (prostituée favorite de Theon puis Tyron) font plus étonnamment partie des personnages qui comptent à mes yeux, malheureusement plus pour très longtemps…
 

Le long calvaire de Theon est assez désagréable même s’il fait émerger un méchant qu’on va adorer détester : Ramsay. Les histoires de Jon et Dany continuent à m’indifférer mais des pièces de puzzle commencent à se dessiner, avec quelques récompenses d’avoir bien été attentif tout le temps.
Même si la presse me l’avait spoilée allègrement, j’avoue que la scène du mariage pourpre en fin de saison 3 a constitué un bon petit choc émotionnel. Avant ça, la main coupée de Jaimie Lannister passe pour un micro-phénomène.
Pour la suite, ce sont d’ailleurs souvent les mises à mort qui feront monter en pression l’intérêt pour la série : le roi Joffrey (jubilatoire), Oberyn Martell (gore), Tywin Lannister (dégradante), Lysa Arryn (délivrante) en saison 4.
 

La saison 5 sera pour le coup assez en dessous, en faisant disparaître des personnages dont on se fout un peu (Stannis Barratheon, sa femme et leur fille qu’on aimait bien quand même), Myrcella, la fille de Cersei et Jaimie qu’on n’a pas vraiment eu le temps de connaître. On note d’ailleurs que l’effort mis dans la création de mises à mort à chaque fois différentes pour les personnages clés souffre de plusieurs décès sur le bûcher, brulés vifs.
La mort et la résurrection de Jon Snow n’est ni une surprise, ni particulièrement frappante. Cette même saison 5 nous emmène dans des storylines parfois trop longues (la prise de pouvoir de la religion avec le Grand Moineau, l’apprentissage d’Arya pour devenir “Personne”…). Mais on a maintenant compris que toute mise en place un peu longue trouvera sa justification. Et la marche de la honte de Cersei nous récompense de supporter la dame depuis 5 saisons, même si on se doute que sa vengeance sera terrible.
 

Les saisons 6 (loin devant) et 7 justifient à elles-seules toute l’excitation autour de la série. 
Il aura fallu être patient mais chaque épisode fait avancer l’intrigue, s’appuyant souvent sur des éléments distillés au cours des saisons précédentes. Mon attention est définitivement récompensée lorsque je comprends en saison 7 la raison pour laquelle “Chaos is a ladder” est une mention de Bran qui provoque un émoi assez fort chez Lord Baelysh.
Les personnages principaux prennent enfin un peu d’épaisseur (Jon a gagné des abdos et Sansa du charisme), on a maintenant compris que les méchants sont parfois très méchants, parfois plus ambigus, les gentils aussi. Le manichéisme n’est plus de mise.
 

Des scènes épiques et spectaculaires, en tête desquelles l’impressionnante “Bataille des bâtards”, grandiose, tellement immersive qu’elle en devient suffocante, rythment de nombreux moments où le doute n’est pas permis : même sans l’appui des livres (depuis la saison 5), les showrunners savent très exactement où ils vont, depuis le début. Avec le final de la saison 6, la mort n’est plus distillée par petite touche régulière puisque l’explosion du grand septuaire voit disparaître une dizaine de personnages clés dont ma chouchoute Margaerys.
Comment assurer une montée en puissance en saison 7 ? En assurant un temps fort par épisode, en accélérant l’intrigue, en réunissant (enfin) des personnages centraux dans de grandes scènes marquantes, en faisant prendre conscience de ce que “Winter is coming” signifie réellement. Les fans de la première heure ont d’ailleurs plutôt reproché cette accélération, je l’ai littéralement adorée.
Le problème qui apparaît néanmoins est la surpuissance de Danaerys et ses dragons qui déséquilibre le bras de fer qui s’annonce contre les White Walkers. Mais le souci est diaboliquement bien résolu dans le dernier épisode de la saison. Avec un retournement majeur qui a réussi à me cueillir alors qu’il était évident : non, je ne parle pas de Jon qui couche avec sa tante mais de la perspective d’une saison finale qui se jouera aussi dragon contre dragon(s).
 

Si l’épisode de la “Bataille des bâtards” (saison 6 épisode 9) est considéré par beaucoup comme le meilleur épisode de la série et peut-être de toutes les séries confondues, c’est un autre moment qui m’a bouleversé en saison 6. L’épisode 5, intitulé “La Porte”, le surpasse à mes yeux. On y assiste à la mort de Hodor (et la Corneille à trois yeux qui passe le flambeau à Bran) mais surtout la révélation de l’origine de son nom, qui donne le vertige pour plein de raisons. Peut-être moins spectaculaire mais brillamment écrit par les 2 showrunners et mis en scène par Jack Bender.
Enfin l’absence de risque de spoilers…
J’ai pu depuis quelques jours commencer à parcourir le web pour trouver la réponse à toutes mes questions… et plus encore :
– Comprendre enfin que Lord Baelish/Littlefinger avait un air familier depuis le début puisqu’il était le personnage principal de Queer as folk version UK il y a 20 ans
– Confirmer que Diana Rigg, ex Emma Peel de Chapeau Melon et Bottes de Cuir et “James Bond Girl” il y a 40 ans est bien l’interprète de la divine Olenna Tyrell
– Découvrir que la marche de la honte de Cersei s’est appuyée sur un trucage numérique, la comédienne ayant été doublée pour le corps nu et maltraité, officiellement parce qu’elle était enceinte (mais on comprendrait que ce soit plus prosaïquement par pudeur). Mais ça a quand même coûté 200.000 dollars.
– Le remplacement mystérieux et sans aucune explication entre 2 saisons de l’acteur qui interprète Daario Naharis ne semble pas avoir été vraiment résolu (on préfère le nouveau donc on s’en fout un peu)
– La façon dont les doubleurs du monde entier ont résolu le casse-tête de traduire la révélation de l’origine du nom “Hodor” a fait l’objet de nombreux articles
– Il y avait eu un pilote où Daenarys et Catelyn étaient interprétées par des actrices différentes mais jugé tellement mauvais qu’il a été mis à la poubelle, le réalisateur viré.
Autant de coulisses que tous les fans connaissent depuis bien longtemps, que je continue à découvrir en attendant, comme le reste du monde, la diffusion de la dernière saison avec une impatience notable. Je me sens de nouveau connecté au monde qui m’entoure.

Séries trop complexes : gage de qualité ou coup de poker ?

Depuis quelques années, sous l’impulsion d’une considération des séries télé quasiment à la hauteur d’un art noble, la complexité s’est invitée dans les scénarios. Mais la ligne de démarcation entre la fascination troublante et l’agacement ultime est souvent ténue. Parfois ça marche en créant une véritable addiction, parfois c’est le drame, avec à la clé un rejet définitif.

Le sujet n’est pas nouveau et le ressenti très personnel. Ainsi, dans le passé, des séries exigeantes telles que “The leftovers” ou “Here and Now” (annulée faute d’audience) m’ont totalement embarqué alors que le carton planétaire “Game of thrones” m’a perdu à jamais (en tout cas je le pensais avant ça) à force d’ellipses et multiplicité de personnages difficiles à suivre.

Il se trouve que j’ai vécu l’expérience à quelques jours d’intervalle cette semaine en terminant deux séries que j’avais mises de côté pour un moment où je disposerais du temps de cerveau nécessaire. Avec à l’arrivée, une révélation et un rejet. Et cette fois-ci, je ne suis pas le seul, ce qui vaut une conclusion sans appel pour les scénaristes et showrunners qui doivent apprendre à ne pas aller trop loin.

American Gods

Un homme sort de prison, sa femme et son meilleur ami viennent de succomber à un accident de voiture, un drame linéaire percuté par une multitude de séquences oniriques, d’événements allégoriques, de scènes de sexe plus ou moins graphiques, d’effet spéciaux science-fictionnant et de situations globalement illisibles. Il faut plusieurs épisodes -ou la lecture préalable du pitch public de la série qui spoile allègrement- pour comprendre que notre personnage central est plongé dans une guerre entre les anciennes divinités et les nouvelles puissances que sont les médias, Internet, les technologies…

Au final, sans prétendre comprendre les divagations issues du roman de Neil Gaiman, l’univers de la série fascine. On s’attache à des personnages pourtant en lévitation, on sourit devant un humour parfois décapant, on se réjouit devant les cabotinages de Gillian Anderson -encore plus jeune que dans X Files – et ses imitations savoureuses de David Bowie et Marilyn Monroe. Au final, on fait abstraction de longues scènes incompréhensibles et de l’inévitable affichage de scènes de sexe frontal pour marquer sa-liberté-de-chaîne-du-câble. Même les “previously on”, qui aident parfois à s’y retrouver,  sont incompréhensibles en restant dans le ton exact de la série.

Déjà disponible en J+1 en France sur Amazon Prime dès sa diffusion, Canal + Séries a eu la bonne idée de la mettre à son catalogue, toujours disponible “A la demande” pour les retardataires comme moi.

Westworld – Saison 2

Le cas de Westworld est particulier : j’avais adoré la première saison malgré sa complexité narrative, la deuxième saison m’a complètement perdu très exactement pour la même raison.

Pour une fois, je ne me sens pas seul. Comme Pierre Langlais dans Télérama et beaucoup d’autres, j’ai pu assister à une force qui se transforme en faiblesse. On ne comprend rien à ce qui se passe pendant la plupart des épisodes, le temps devient bien long, aucune storyline ne vient nous sauver de l’ennui. Même l’attachement qu’on avait construit pour certains personnages s’efface.

C’est donc avec beaucoup d’efforts -et de temps libre- que je suis allé au bout d’une saison dont les labyrinthes ne m’emmèneront pas vers celle d’après.

Pour ceux qui ont besoin de vérifier de leurs propres yeux, la saison 2 est toujours disponible sur le replay de OCS.

Hollywood, prends garde à toi

On comprend bien les créateurs qui ont vu dans quelques-uns de plus gros succès critiques à la télé une complexité largement saluée. Sur des chaînes où l’audience n’est pas la mesure de succès prioritaire. C’est forcément tentant. Pourtant, à trop jouer avec les limites, ils pourraient perdre les critiques autant que les simples téléspectateurs comme nous. Auquel cas, il ne reste plus qu’à retourner au cinéma.

Sharp Objects, objet tranchant immanquable

Au lendemain de la diffusion de dernier des 8 épisodes de la mini série de HBO, en US + 24 sur OCS, “Sharp Objects” s’affirme clairement comme l’un des événements majeurs de l’année série.

Pour la réalisation toujours ciselée de Jean-Marc Vallée, pour l’interprétation (d’Amy Adams mais pas que), pour l’atmosphère poisseuse qui rappelle quelques autres bijoux télévisuels. Mais ce que les articles (nombreux à l’issue du premier épisode) ont moins couverts, c’est que l’ensemble sert une storyline glaçante addictive.

Pour découvrir comme je l’ai fait sans trop savoir, il faut plonger de ce pas dans l’univers torturé de “Sharp Objects” sans rien lire de plus…

Pour ceux qui auraient besoin de quelques arguments supplémentaires, quitte à déflorer un peu l’histoire, je déconseille la bande-annonce ci-dessous, faussement rythmée, peu représentative de l’univers réel de la série.

Une intrigue qui tient ses promesses

On pourrait penser lors des premiers épisodes que l’histoire ne constituera qu’un prétexte pour une galerie de portraits de femmes face aux démons d’une famille qui a dévissé suite à un événement tragique. Pourtant, l’enquête qui ramène la journaliste Camille Preaker (Amy Adams) auprès de sa mère, son beau-père et sa demi-soeur, après un internement psychiatrique et des années d’automutilation, est omni-présente. A l’inverse de “The Leftovers” ou “Big Little Lies” dont on ressent la filiation, le dénouement de l’intrigue compte. Les fans de twists (coups de théatre) en auront pour leur compte sans tomber dans l’accumulation caricaturale de “How to get away with a muderer”. Outre l’auto-mutilation, une maladie va se révéler centrale dans l’intrigue. Impossible d’en dire plus sans trop révéler l’issue, mais après vérification, cette maladie existe réellement.

De nombreux talents pour le meilleur

Quand l’univers du réalisateur de “Big Little Lies” rencontre celui de la scénariste de “Buffy” et “UNreal” pour servir l’auteur du livre dont a été tiré “Gone Girl”, on peut imaginer les fondamentaux de “Sharp objects”. Jean-Marc Vallée, Marti Noxon et Gillian Flynn ont ainsi créé un objet poisseux et souvent oppressant, rappelant parfois celui de la première saison de “True Detective”.

Très engagée, jusqu’à devenir productrice déléguée, Amy Adams habite un personnage torturé, alcoolisé, noir à tel point que l’actrice a déclaré fin juillet qu’une saison 2 était exclue, le rôle étant trop éprouvant.

Le reste du casting, moins cité, participe pourtant largement à la qualité de l’ensemble, Patricia Clarkson dans le rôle de la mère bourgeoise déviante et Chris Messina dans celui du détective ténébreux en tête.

Bénéfice collatéral : si vous pensez avoir une famille compliquée, vous allez assez vite relativiser au fur et à mesure que les épisodes s’égrènent et découvre les travers d’une famille dysfonctionnelle. Une image plus décontractée des actrices devrait aider à faire redescendre la pression pour tous les heureux téléspectateurs de “Sharp Objects” qui n’entendront plus jamais l’oeuvre de Michel Legrand ni ne verront une fiole bleue sans un frisson dans le dos.