Wake Up Call

Le mois qui vient de s’écouler avait tout pour être normal. Un début d’été parisien comme je les aime, les verres en terrasse avec les amis, des spectacles légers dont j’ai envie depuis longtemps, des albums que j’attends, des séries annoncées comme des événements. Tout était parfait.

Rien ne s’est passé comme prévu. Et je n’en ressors pas tout à fait le même.

Un monde très noir

Dans le passé, dans le présent et dans le futur, l’optimisme n’est pas de mise.

La série “Chernobyl” assure la première petite claque du mois. Tour à tour thriller politique, drame du quotidien oppressant, ambiance gore terrifiante, difficile de ne pas suffoquer. Le jeu en vaut la chandelle, la mini-série de HBO (diffusée en France sur OCS) est une véritable petite pépite.

Avant de basculer sur la saison 3 de “The Handmaid’s Tale”, dont on connait déjà la noirceur stylisée de rouge, une nouvelle dystopie est annoncée pour combler les lacunes de “Black Mirror”.

Très vite, on comprend que “Years and Years” va nous balader dans les 10 prochaines années en faisant le pont sur le nucléaire du traumatisme précédent et en élaborant notre futur sur les peurs bien réelles d’aujourd’hui. Montée des extrêmes, nouvelles dynamiques géopolitiques (et nouveaux réfugiés qui vont avec), effondrement des systèmes financiers ou encore dérives de la technologie sont notamment au programme. La série de la BBC et HBO, découverte à Canneseries et diffusée en France sur Canal +, est à mon goût encore meilleure que “Chernobyl”. Elle réussit à insuffler de l’humour (très british) et des bulles festives dans une succession de prédictions aussi terrifiantes que crédibles. Et surtout, même en couvrant en accéléré 10 années en 6 épisodes, on s’attache aux personnages instantanément. L’amateur de séries est comblé, le citoyen est terrassé.

Heureusement, côté musique, on peut légitimement attendre un peu d’air. Je vois enfin le “Fashion Freak Show” de Jean-Paul Gaultier, je suis embarqué mais ne peux m’empêcher de voir de grands morceaux de ma vie de ces 40 dernières années défiler sur scène. Exactement au moment où Mylène Farmer décide de boucler une boucle très émouvante pour moi, avec un spectacle qui montre la dureté du monde d’aujourd’hui.

En annonçant un nouvel opus aux accents portugais, je comptais sur Madonna pour venir réenchanter ce monde. Las, elle sort l’un des albums les plus politiques de sa carrière, je l’aime tellement qu’il tourne en boucle. Elle attend les tous derniers jours du mois pour sortir un clip majeur, God Control, véritable court-métrage qui déstructure une ère de 40 ans de clips qu’elle avait contribué à inventer. Et créé un objet frontalement militant.

Le combat doit continuer

C’est donc sur fond d’un monde qui s’écroule et d’une canicule qui rappelle que l’horloge du temps est en marche que je découvre sur la chaîne Histoire l’excellent documentaire de Benoit Masocco (CAPA) “L’étincelles, 50 ans de luttes LGBT”. Les 50 ans de Stonewall permettent de revenir sur des combats pas si lointains et sur la nécessité de ne pas s’endormir sur des acquis bien fragiles. Tout le monde devrait voir ce reportage, historiquement passionnant, il a fait sur moi l’effet d’un électrochoc.

Pas particulièrement fan des communautarismes quels qu’ils soient, de l’identité sexuelle en bandoulière et encore moins des démonstrations outrancières qui vont énerver au 20h de TF1, je n’en avais pas compris l’utilité majeure. En me désignant de facto parmi les “Nantis de la liberté”, Robert Badinter m’a bousculé dans la clôture de ce doc et fait réfléchir à la façon de contribuer à la lutte, prendre ma part. Assurer ma première Gay Pride parisienne sur un char n’était finalement pas si anecdotique et répondait à une première étape d’une ambition nouvelle : m’exposer plus pour mieux participer à la cause de ma communauté dont je suis forcément plus proche que je ne le pense moi-même.

C’est donc avec une énergie bâtie sur la colère que j’entreprends ce mois de juillet. Je compte bien en faire ressortir des projets utiles.

Ah oui, rien à voir. Il y a une semaine, j’ai eu 50 ans.

Madonna a l’épreuve du temps

“Madame X” a perturbé la presse, les fans, le monde de la pop. Ce qui est toujours mieux que l’indifférence, dirons-nous.

Si on met de côté ses productions très moyennes des années 2010 (“MDNA” et “Rebel Heart”), mes albums préférés de Madonna sont ses pires échecs. “American Life” (5 millions en 2003), “I’m breathless” (6,5 millions en 1990, tiré de “Dick Tracy”) et “Erotica” (7 millions en 1992) sont des albums que j’écoute encore aujourd’hui régulièrement alors que je n’écoute plus vraiment “True Blue” (25 millions en 1986), “Like a virgin” (21 millions en 1984) ni même ceux que j’ai tant aimé à leurs sorties “Ray of light” (20 millions en 1998) ou “Confessions on a dance floor” (12 millions en 2005).

J’ai donc une mauvaise nouvelle pour Madonna (qui me lit, j’en suis sûr, laissez-moi) : je sais déjà que “Madame X”  aura sa place parmi mes albums préférés. Peut-être même la première place, ce qui pourrait annoncer le pire échec de sa carrière.

Engagé, déroutant, fouillis, quasi expérimental… La presse n’a pas su gérer l’extrême modernité alors qu’elle avait pointé (à juste titre) le manque de renouvellement des 2 derniers opus. Elle salue l’engagement mais reproche le manque de tube évident, comme si un peu de facilité était en mesure de rassurer tout le monde. A la première écoute, j’aurais sans doute écrit la même chose. Deux semaines plus tard, l’album tourne en boucle et j’en aime chaque titre. Certains encore plus que d’autres.

La liste de mes préférés est longue. Elle va encore évoluer. Si je devais tenter TOP 10 à date :

  1. “God Control”, la rencontre du fight d'”American Life” et du disco de “Confessions”. Inventif, puissant, somptueux.
  2. “Extreme Occident” : un des titres intégrant un mélange d’accords classiques et de sons hispaniques qui détonnent sur un album pop en 2019. Sans vraiment savoir pourquoi, “Extreme Occident” me touche particulièrement, plus que les autres.
  3. “Killers Who Are Partying” : l’inspiration portugaise y est bien évidente. La force du message fonctionne, peut-être aussi parce que la voix de Madonna n’est pas transformée. Enivrant.
  4. “Dark Ballet” : le titre qui aurait fait le tube le plus évident s’il n’était pas complètement twisté à mi-parcours (entre effets classiques et robotiques). En deuxième position de l’album, il provoque ce sentiment d’expérimentation sur les titres qui suivent, même si c’est ici qu’il se joue le plus fort. Culotté.
  5. “Looking For Mercy” : encore une fois des accords classiques (décidément très présents). Ca marche sur moi mais j’accepte qu’on me juge pour ça.
  6. “Future” : le reggaeton de l’album. Un titre qui me fait danser dans la cuisine le matin restera forcément un incontournable pour la vie.
  7. “Crave” : une ballade pop comme je les aime qui me fait retrouver du pur Madonna avec le petit featuring (Swae Lee) qui va bien . Et c’est pas mal non plus que la Queen rappelle au Monde qu’elle aussi, elle sait faire.
  8. “Faz Gostoso” : une autre inspiration portugaise, évidente dès le titre, qui fonctionne particulièrement bien sur moi sans doute aidé par mes quelques mois de vie à Lisbonne
  9. “I Don’t Search I Find” : un titre qui aurait complètement trouvé sa place dans l’album “Ray Of Light”. Pas forcément le plus inventif donc, mais efficace.
  10. “Medellin” : le premier extrait de l’album, qui m’a paru très faible à la première écoute ne figure toujours pas parmi mes coups de cœur mais a trouvé son sens au sein d’un album aussi inventif.

“Come alive”, “Batuka”, “Crazy” et “Bitch I’m Loca” ferment la marche, mais ça peut bouger, les derniers seront les premiers, un jour.

Pour tout le reste, l’imagerie et le look, les faussetés sur la scène de l’Eurovision, cette façon bizarre de bouger, le nouvel arrière-train, sa volonté de choquer avec des facilités (oulala, elle a léché l’orteil de Maluma…), Madonna m’a un peu perdu. Sur Instagram, elle a lâché la rampe il y a bien longtemps en prenant un malin plaisir à se montrer sous ses pires angles. Et pourtant, dès qu’elle “joue” les bitchs en interview, je retrouve la personnalité réjouissante, drôle, brillante, moderne et au-dessus du reste du Monde qu’elle restera pour toujours. Il n’y a qu’à voir (en entier) son interview chez le génial Graham Norton.

J’ai choisi de ne pas aller la voir au Grand Rex, par peur d’une performance vocale compliquée sans les renforts d’un grand show. Et je pense malheureusement qu’elle ne chantera pas en playback. Ahah. Je sais déjà que je vais le regretter et que, là aussi, elle va inventer. Mais comme pour tout le reste, j’ai le droit de changer d’avis, hein.

L’horloge

Mylène Farmer et moi, c’est une relation compliquée à expliquer. Du choc de 1989 aux larmes de 2019, il faut plus que quelques mots pour raconter comment les 7 concerts d’une chanteuse que j’apprécie assez modérément ont marqué ma vie.

Le 22 novembre 1989, dans ma province natale, j’ai 20 ans. Depuis quelques mois, je dépense l’argent de poche gagné en jobs d’étudiant dans les concerts qui passent par le Palais des Sports de Besançon. Je ne fais pas le difficile, j’aime voir des artistes en live et profite sans rechigner de ceux qui acceptent de passer par la discrète capitale franc-comtoise. Du côté des français, j’ai la joie de profiter des performances de quelques artistes que j’aime : Daniel Balavoine, Etienne Daho, France Gall, Francis Cabrel… Je vais aussi voir sans grande conviction des français qui font partie du paysage et sont souvent des phénomènes du moment qui m’intéressent peu : Patricia Kaas, Indochine, Jeanne Mas… Peut-être un jour aurai-je une bonne surprise.

En 1989, Mylène Farmer est une des plus grosses vendeuses de disque en France. La mémoire étant bizarrement sélective, mes quelques souvenirs précédant cette période sont cabossés. Je n’ai quasiment pas vu passer son premier hit “Maman a tort”, mais j’ai en tête “On est tous des imbéciles” découvert dans l’émission de Jacky “Platine 45”. Très mauvais titre, échec cuisant, mais émission qui vaut le coup d’oeil 34 ans plus tard, tant il est impossible d’imaginer le phénomène à venir.

Personne n’a pu passer à côté du clip de “Libertine”, avec des moyens inédits en France, je me souviens très exactement du jour où je l’ai découvert en intégralité dans le Top 50 de Marc Toesca. Pourtant, c’est le titre et son clip précédents qui m’avaient vraiment marqué : “Plus grandir” est mon premier coup de coeur pour la chanteuse, il regroupe tout l’univers qu’on retrouvera plus tard… et déjà le temps qui passe. Je danserai et chanterai comme tous le monde sur les tubes qui suivront.

J’arrive donc au concert ce 22 novembre 1989 avec quelques titres que j’aime bien, des clips qui m’ont marqué mais aussi avec un énorme doute sur la capacité scénique d’une jeune femme à la voix fragile. Je ne m’attends à rien.

Je n’oublierai jamais le début du spectacle, des bruits inquiétants mi-enfants, mi-animaux, couverts par celui d’une horloge lorsque les grilles sont ouvertes. Je reconnais le premier titre du premier de ses deux albums écoutés en boucle, sans qu’ils me passionnent, pour préparer le concert. A l’apparition en clair obscur de la chanteuse, je réalise autour de moi l’effet qu’elle a sur ses fans. Un effet que je vois en vrai pour la première fois et qui me sidère.

La suite voit se succéder tantôt des chorégraphies  inédites, tantôt et le plus souvent, l’univers (et les acteurs) des clips. Des clips qui ont continué à marquer : “Pouvu qu’elles soient douces”, “Tristana”, “Sans logique”, “Sans contrefaçon”, “Ainsi soit je”… Son énorme futur succès “Désenchantée” n’existe pas encore mais l’univers est déjà installé, populaire, puissant. Je suis transporté à chaque tableau. Les larmes coulent sur scène, tout est millimétré, le show est à l’américaine, l’émotion en plus. Elle est à son comble à la clôture du spectacle sur un titre de la chanteuse de mon enfance : “Je voudrais tant que tu comprennes” de Marie Laforêt se finit en sanglot sur scène et le sentiment d’avoir pris une grosse claque de mon côté.

Pendant 30 ans, je n’ai plus jamais raté un concert de Mylène Farmer. J’ai à chaque fois été cueilli par la créativité, les moyens mis au service de l’innovation (ah le fameux rideau d’eau pour “Avant que l’ombre….”), la justesse d’une voix finalement pas si fragile que ça, cette façon de mêler grand show ‘à l’américaine” et proximité “so French”. Son incapacité à communiquer entre deux titres autre chose que de vagues “merci” murmurés et les larmes tellement systématiques qu’elles peuvent énerver n’ont jamais gâché le plaisir. Les albums sont passés à chaque fois avec un peu plus de distance avec mes goûts mais les révisions d’avant concert sont devenues de plus en plus simple tant la liste de classiques que tout le monde connait s’est allongée.

Dire que je n’aime aucun titre de Mylène Farmer serait mentir. “Je te rends ton amour”, “Sans logique”, “Comme j’ai mal” ou encore “California” font partie de mon panthéon.

Prétendre que le personnage n’a pas continué à m’intriguer n’aurait pas de sens. En cultivant sa face sombre tout en multipliant les sourire de plus en plus présents (voir même l’humour comme dans le clip de Besson “Que mon coeur lâche”), en nourrissant le mystère par la rareté, elle réussit à faire de chacune de ses sorties un événement.

Mais mon seul moment de communion véritable est celui des concerts, tous les 5 ou 6 ans. Le retour sur scène de 2019 s’annonçait donc comme des retrouvailles, une fois de plus. Le show s’annonçait gigantesque, je savais que j’allais encore être emporté.

Je ne pense pas avoir déjà vu autant de moyens sur un spectacle. La setlist est intelligente, les orchestrations des classiques et les chorégraphies sont modernisées intelligemment, les nombreuses références résonnent. Dans la salle, un public de tous les âges, tous les styles, loin des caricatures souvent montrées.

J’avais entendu parler de la fin du spectacle, j’ignorais son effet sur moi.

En jetant au feu son personnage de scène sur le titre qui débutait le premier spectacle, j’ai eu ce sentiment bizarre de voir 30 ans de ma vie partir en fumée. C’est excessif et ridicule mais c’est littéralement ce que j’ai ressenti. Le texte de Baudelaire sur la puissance inexorable du temps devient une boucle qui semble avoir été pensée il y a 30 ans, abyssale. Pour la première fois, les larmes n’étaient pas sur scène mais sur mes joues.

Même si aucune annonce officielle n’est faite, il semble assez évident que ce spectacle sera le dernier grand show de Mylène Farmer. Elle fera d’autres choses, sortira des disques, confirmera son talent de comédienne, continuera le dessin, l’écriture… Je suis un peu jaloux des fans qui profiteront de leur idole autrement. Ca me concernera sans doute assez peu.

En assistant à la dernière représentation du 22 juin (je n’ai pas pu résister), j’aurai à l’issue forcément le sentiment d’être définitivement privé d’un moment que j’attendais et qui comptait finalement beaucoup plus que je ne le pensais.

Les Crevettes Pailletées : un succès réjouissant

Pas de suspens inutile : j’ai adoré “Les crevettes pailletées” ! Pourtant, ce n’était pas gagné, loin de là. Après avoir vu le film, on mesure à quel point le succès populaire, particulièrement réjouissant, n’en est qu’à ses débuts.

Une attente contrastée

La première fois que j’ai entendu parler des crevettes pailletées, j’étais un heureux bénévole aux Gay Games de Paris. C’était encore sous la forme d’une vague rumeur. Le 4 août 2018, en plein cérémonie d’ouverture, il se tournerait la scène d’un petit film français. Quelques mois plus tard, la participation du film au Festival de l’Alpes d’Huez permettait d’en savoir un peu plus sur une histoire qui frappe par sa ressemblance avec le dernier grand succès français sorti en octobre 2018. J’ai détesté “Le Grand Bain”, ça n’augure rien de bon. Pourtant, on entend parler d’une salle enthousiaste avant même que le film remporte un joli Prix Spécial du Jury en janvier 2018.

Lorsque la promotion commence, ma plus grosse crainte n’est pas balayée. La presse “branchée” (Slate, Les Inrockuptibles…) évoque beauferie et clichés. Pour se rassurer, il faut aller du côté du Parisien ou du Figaro qui ne sont pas forcément mes références de prédilection en matière de goûts artistiques. La promotion se prend au passage une polémique stupide de mon point de vue (qui m’a valu de me faire déchirer sur Twitter toute une journée).

Mais surtout, la bande-annonce laisse cette impression désagréable d’en montrer beaucoup trop et de réunir l’intégralité des quelques blagues qui font comprendre la dimension clichés. Au mieux, ce sera un moment sympa, ce qui serait déjà pas si mal.

Le plaisir de multiples bonnes surprises

Je suis entré dans la salle de cinéma 3 jours après la sortie avec un niveau d’attente limité à un capital sympathie malgré le succès Paris ET Province du premier jour. Echaudé par des succès au box office qui n’ont pas marché sur moi (“Le Grand Bain” ou “Les Petits Mouchoirs” font partie de mes pires souvenirs cinématographiques), aucune de mes craintes n’avait disparu.

En 5 minutes, le problème était réglé : j’étais déjà dans le plaisir d’un film efficace, avec la meilleure mise en place de l’histoire des mises en place. En 3 scènes, le contexte est posé, l’enjeu est dessiné, on comprend déjà que la bande-annonce est loin de révéler tout le film. La suite le confirme largement. Dans la foulée, il est assez évident que la journaliste du Monde qui écrit que “le film ne revendique aucun réalisme” connait assez mal le sujet. Quand le curseur est poussé, ce n’est jamais caricatural, c’est seulement la facette la plus drôle et festive qui est montrée. Mais surtout, les scénaristes-réalisateurs Cédric Le Gallo (qui s’offre un cameo) et Maxime Govare nous offrent cette magie rare : quand on rit, c’est à gorge déployée, quand on pleure, c’est en mode torrent de larmes (on va encore dire que je suis sensible). Les autres qualités ne peuvent pas être dévoilées sans spoiler l’histoire mais il y en a beaucoup.

Les forces des “crevettes pailletées” sont parfois aussi à l’origine de ses quelques faiblesses : on s’attend à un film chorale, 3 personnages sont pourtant assez vite au centre des storylines les plus fortes. On s’en doutait dès la bande-annonce pour Matthias Le Goff / Nicolas Gob, c’est une belle surprise pour Jean / Alban Lenoir et Cédric / Michael Abitboul. Les autres membres de la bande apportent tous un élément de “diversité” nécessaire, de multiples beaux arcs courts, on aurait aimé qu’ils soient tous aussi dense que les 3 rôles de premier plan.

En intégrant une scène de “Club” sans doute utile au milieu du film mais bien trop longue, le film souffle d’un ventre mou facilement évitable en réduisant de 10 bonnes minutes la scène.

Si je suis sorti particulièrement réjoui (bien que les yeux rougis) de la salle de cinéma, c’est aussi parce que j’ai compris que le succès du premier jour (dans le Top 5 des meilleurs démarrages français) n’était que le début. Un vrai film sans prétention mais populaire, qui donne envie de dire merci et faire un hug à l’ensemble des acteurs auxquels on s’est attaché instantanément, qui va voir s’enchaîner applaudissements et standing ovations dans les salles partout en France. On peut prédire pour pas mal des acteurs une très jolie suite. C’est tout le mal qu’on peut leur souhaiter,  c’est déjà largement en route pour Albin et Mickaël (à qui j’ai plein de raisons de souhaiter toujours plus de succès).

Free

J’ai reçu mon badge des 1 mois. C’est quoi 30 jours dans une vie ? Un détail dans pas mal de domaines, une jolie victoire pour moi aujourd’hui.

1988 – 2018

Trente ans séparent ces 2 photos (je sais, j’ai pas bougé, lol). Trente années pendant lesquelles je n’ai pas passé une seule journée sans me réveiller le matin avec comme première tentation l’envie d’allumer une cigarette.

J’ai arrêté de fumer le 1er avril 2019. Je pourrais raconter que mon inimitable sens de l’humour m’avait amené à choisir cette date pleine de blagues potaches pour changer drastiquement ma vie. Mais comme je n’ai jamais menti ici, je vais pas commencer maintenant : rien de tout ça n’a été calculé. Pire, je suis incapable de donner le moindre conseil sur la meilleure façon d’arrêter. Je peux juste raconter mon expérience.

Le jour où tout a basculé

Je me lève à 8h et m’apprête à partir à la salle de sport. Un seul préalable : je n’ai plus de cigarettes, je file donc m’acheter 3 paquets que j’essaierai de faire tenir dans la semaine, histoire de ne pas gâcher tout ce sport quotidien.

En remontant chez moi, je regarde la vidéo d’une humoriste dont tout le monde parle suite à l’agression qu’elle a subie avec son ami. En laissant dérouler la vidéo suivante, j’entends Laura Calu raconter fièrement qu’elle a arrêté de fumer il y a 50 jours. Je me rappelle que cette victoire racontée par les autres est très contre-productive pour moi : elle me rappelle à quel point la démarche est lourde, compliquée, de l’ordre du sevrage d’une drogue reconnue comme plus addictive que l’héroïne.

Dans la vidéo, Laura mentionne une application qui l’a aidée.

Machinalement, je vais voir du côté de l’App Store. Il y a pas mal d’applis, celle que je repère s’appelle “Smoke Free” et coûte 5 euros. Et là, il se passe quelque chose que je suis absolument incapable d’expliquer. Moi qui n’ai jamais vraiment eu envie d’arrêter en 30 ans. Moi qui ai vaguement tenté toutes les solutions existantes (patch, hypnose, cigarette électronique, même le Champix qui m’avait rendu dingue sans calmer mon envie de fumer…), le tout sans aucun succès faute de motivation. Moi qui suis résigné à mourir un jour à cause du tabac. Je m’apprête tout à coup à arrêter de fumer alors que ce n’était même pas un plan 5 minutes plus tôt.

Dépenser 5 euros pendant cette période de congés sabbatiques où je fais un peu attention à tout ce que je dépense n’est pas une option si c’est pour ne rien en faire. Je ne pense pas aux 27 euros que je viens de claquer avec mes 3 paquets, juste aux 5 euros de l’appli. Si je clique, si je l’achète, il est absolument hors de question que je n’arrête pas de fumer. Je regarde les paquets de Winston Light sur la table, je soupire, et je clique. Je ne fumerai plus, je viens de le décider.

Vérifier tout ce qu’on sait déjà… et plus encore

S’occuper, penser à autre chose, ne pas trop provoquer le destin en évitant dans des situations “à risque”… Les 2 premiers jours auront été finalement assez simple. Je suis déterminé même si un peu triste de passer à côté de multiples petits moments de plaisirs dans la journée : boire un café, me poser à la terrasse d’une brasserie et de multiples autres petites choses n’ont plus le même sens sans allumer une cigarette. Je ferai le deuil de ces petits plaisirs, ce n’est pas grave. Je n’en parle à personne, j’ai retenu autre chose de la vidéo de Laura : les autres n’aident pas. Les anciens fumeurs rappellent qu’il leur arrive encore des années plus tard d’avoir envie d’une cigarette. Les fumeurs qui ont essayé racontent leur échec. Sans malice, plus par projection d’un enjeu personne. Mais ça n’aide pas.

Le 3ème jour, je me réveille après une bonne nuit en comprenant pour la toute première fois ce que l’état de manque veut dire. Rien à voir avec cette furieuse envie de cigarette après 12h d’avion. Non, ça c’était presque fun à côté. Ce serait plus de l’ordre du cerveau qui semble vouloir exploser dans sa tête, une incapacité absolue à réfléchir, un sentiment de violence qui fait un peu peur.

Arrêter sans aucun support était quelque peu présomptueux, j’avoue mon excès de confiance. C’est à ce moment précis que mon application “Smoke Free” s’est révélée utile. En mettant en avant une série de “quick win” bénéfices santé (pouls à la normal, taux d’oxygène dans le sang, expulsion totale du monoxyde de carbone…) dès les premières heures, remis à 0 à la première cigarette fumée. La tentation de se mentir en se disant “une cigarette, ce n’est pas grave” est combattue activement. J’oublie donc immédiatement d’ouvrir le tiroir dans lequel j’ai rangé mes 3 paquets de Winston.

Je cours plutôt chez ma buraliste qui me connait assez bien, forcément, et lui demande la cigarette électronique la plus simple d’usage possible. Je me retrouve équipé de my Blu, un indice de nicotine limité à 0,8%, avec la ferme intention de ne pas me mettre à vapoter mais de continuer à arrêter de fumer avec ce support en guise de rempart à la cigarette panique. En recréant le geste mais aussi une grande partie des sensations liées au fait de fumer, ça fait complètement le job. En attendant de pouvoir faire sans.

Parmi tous les autres désagréments connus, celui de la prise de poids aura été le plus immédiat chez moi : en une semaine, sans avoir l’impression de manger tellement différemment et sans arrêter le sport, j’ai gagné un début de jolie bouée au niveau de la taille. Faire un peu attention n’étant pas dans mon caractère, j’entame immédiatement un régime “Carb Cycling” qui consiste grossièrement à pratiquer des jours sans aucun glucide (mais un quasi open bar lipidique bien sympa qui permet de vérifier que “le gras, c’est la vie”). L’impact est quasiment immédiat, la bouée diminue jusqu’à s’effacer, je peux continuer tranquillement.

Le bénéfice auquel on n’avait pas pensé

Un mois sans cigarette, c’est le retour du goût et de l’odorat, une respiration claire (après quelques jours de toux et mal de gorge), une  haleine plus sympathique au réveil, une peau qui se détend, des dents plus saines (après quelques jours de saignement de gencives), des longueurs à la piscine enchaînées sans devoir reprendre son souffle toutes les 10 minutes…

Mais le vrai bénéfice ressenti est ailleurs.

C’est pendant le Festival CANNESERIES et ses projections de plusieurs heures qu’un sentiment est apparu : celui de la liberté absolue. Finies les stratégies pour pouvoir sortir fumer une cigarette discrètement, oubliée la nervosité liée à l’impossibilité de fumer pendant un long moment (dans les transports, chez des amis…). Et soudain, on réalise à quel point la cigarette était une prison.

Ce badge du premier mois est un joli symbole de liberté.

J’ai décidé assez vite de mentionner mon arrêt de la cigarette à mes amis au fur et à mesure que je les croisais. Plus pour expliquer le vapotage probable que pour rendre visible un “combat” ou attendre une motivation. J’ai continué à profiter des bénéfices en y ajoutant la disparition de l’odeur de la cigarette dans mes vêtements et les économies réalisées avec lesquelles je m’autorise quelques “cadeaux plaisir”.

Je ne sais pas combien de temps je continuerai à compter les “jours sans cigarette”, je garde le sentiment que j’aurai vraiment gagné le jour où je ne compterai plus. Mais je commence à comprendre qu’on compte peut-être les jours sans cigarette comme on compterait des jours de liberté. Et en attendant, on est le 1er mai 2019, ça fait un mois que je ne fume plus !

La révolution de la SVOD décryptée (bonus)

Après 5 longs chapitres de complexité pour un dossier SVOD projetant en 2020, voici la réponse à la seule question qui finalement intéresse tout le monde : quelles sont les prochaines séries à ne pas manquer dans les mois qui viennent ? Je partage ici ma liste (14 séries d’ici la rentrée quand même), par ordre chronologique de sortie, avec quelques justificatifs… et quelques inconnues !

“Dead to me” – 3 mai – Netflix

Comédie noire dont le casting donne très envie : Christina Applegate qu’on aime depuis “Mariés, 2 enfants” et Linda Cardellini d'”Urgences”. Les premières critiques ne sont pas délirantes mais saluent le duo semble-t-il super efficace. A tenter donc.

Catch 22 – 17 mai – Canal + Séries (Hulu)

Produite, dirigée et interprétée par George Clooney de retour à la télé, la série explore le terrain de la comédie militaire un poil loufoque. Parmi les autres acteurs, Kyle Chandler de “Friday Night Lights” et “Hugh Laurie” échappé de “Docteur House”. Canal + y croit très fort en le programmant sur son offre série et sur la chaîne historique. Tout le monde va en parler, autant se faire un avis.

Fleabag (saison 2) – 17 mai – Amazon Prime Video

J’avais adoré le portrait de cette londonienne un peu déjantée et ses relations familiales toxiques dans la saison 1 de 2016. Il parait que la saison 2 est au niveau. L’auteur et actrice principale Phoebe Waller-Bridge est géniale, Olivia Coleman est bluffante. Canal + préparerait un remake avec Camille Cottin.

What/If – 24 mai – Netflix

Le créateur de “Revenge” (guilty pleasure de Mike Kelley qui avait mal tourné) est de retour, Renee Zellweger aussi. Le teaser qui a été révélé cette semaine laisse penser qu’on va retrouver l’univers soap vénéneux qu’on adorait trouver too much il y a quelques années. A voir…

Mise à jour : après avoir vu, c’est plutôt NON :/

How to sell drugs online (fast) – 31 mai – Netflix

Avec les spectateurs de CANNESERIES, on a pu découvrir les 2 premiers épisodes. J’ai trouvé que cette série allemande donnait un mode d’emploi un peu embarrassant sur la façon de se procurer de la drogue en ligne. Mais c’est incontestablement efficace, un format moderne qui devrait cartonner. Envie de voir comment ça évolue.

The handmaid’s tale (saison 3) – 5 juin – OCS

La saison 2 n’a pas déçu. On est quelques-uns (aka le monde entier) à attendre fébriles la saison 3…

Pose (saison 2) – 9 juin – Canal +

J’ai dit ici tout le bien que je pensais de cette création de Ryan Murphy. C’est clairement la suite que j’attends avec la plus grande impatience. Cette saison couvrira en plus l’explosion du Voguing avec Madonna. Pas encore de bande-annonce mais une bonne occasion de revoir ce clip mythique.

Big Little Lies (saison 2) – OCS

Je redoute d’être déçu par cette saison 2 d’une mini-série qui ne devait à l’origine pas en comporter. Si David E. Kelley reste à l’écriture, Jean-Marc Vallée dont on reconnaissait tellement la patte laisse sa place derrière la caméra à Andrea Arnold qu’on ne connait pas trop. Meryl Streep arrive mais est-ce que ça suffira ? On regardera forcément pour savoir.

Les chroniques de San Franciso – 7 juin – Netflix

La mini-série de 1993 (suivie de 2 autres mini-séries en 1998 et 2001) avait été un de mes premiers coups de coeur série : osée, moderne, jamais vue pour l’époque. J’avais lu immédiatement l’intégralité d’Amistead Maupin qui est devenu l’un de mes auteurs préférés. Je ne veux pas trop en savoir sur ce qui est annoncé comme une “nouvelle adaptation” mais avec Laura Linney et Olympia Dukakis qui reprennent leur rôle 26 ans plus tard, ce qui est étonnant. La bande-annonce montre plus un passage de relais. Ellen Page et un gagnant de RuPaul’s Drag Race rejoignent le casting. Je saurai vite si la magie est rompue ou régénérée.

Dark (saison 2) – 21 juin – Netflix

Une autre série allemande, cette fois on est en terrain connu, on sait déjà qu’il faudra s’accrocher pour s’y retrouver et on compte d’ailleurs sur un “Previously on” béton pour ne pas passer les 4 premiers épisodes à patauger. Pour le reste, j’étais très d’accord avec Sélim qui en avait bien parlé ici. On va donc continuer à réviser notre allemand.

Veronica Mars (Saison 4) – 26 juillet – Hulu aux USA (inconnue en France)

C’était ma 7ème série préférée de la saison 2006/2007. Elle a pourtant laissé des traces dans la pop culture plus que d’autres. Retrouver Veronica Mars pour une 4ème saison 12 ans après la 3ème (et un film raté entre les 2) est réjouissant. Reste à savoir où et comment elle sera disponible en France pour nous éviter de commettre l’irréparable (oui je dramatise un poil).

Altered Carbon (saison 2) – cet été ? – Netflix

La saison 1, un peu déroutante, m’avait finalement séduit. La saison 2 est annoncée avec un nouveau lead (Anthony Mackie remplace Joel Kinnaman), le principe de l’histoire rend ce passage de relais beaucoup plus simple que Dynasty (l’esprit voyage de corps en corps). Pas encore de date, pas encore de bande-annonce mais on devrait être fixés cet été.

Years and years – 14 mai – Canal +

Le créateur de Queer as Folk (Russel T. Davies) à la tête d’un dystopie autour du Brexit avec Emma Thomson en lead : on veut absolument voir !! Canal est co-producteur (avec la BBC et HBO), ça devrait arriver vite.

Nehama – Rentrée ? – Canal +

Là encore, on a vu les 2 premiers épisodes à CANNESERIES, et on est nombreux à être tombé sous le charme de cette chronique israelienne de et avec Reshef Levi auquel on s’attache en quelques minutes. Canal + a acheté mais pour diffusion quand ?

Il y a évidemment plein d’autres séries attendues mais c’est la sélection que je regarderai. Sauf si des coups de coeur émergent au moment de leur sortie.

Mise à jour juin 2019 : je n’avais pas vu venir Chernobyl, la mni-série immanquable diffusée sur HBO en mai – juin (OCS en France).

Le début du dossier est ici

 

La révolution de la SVOD décryptée (5 / 5)

[Previously On] : La SVOD s’apprête à enrichir drastiquement son offre pour des consommateurs qui risquent de s’y perdre. Netflix montre des signes de faiblesse (que la presse commence d’ailleurs à sortir depuis 3 jours), Disney + vend du rêve avec une force de frappe de contenus quasi inégalable mais sur un principe qui semble copier ce qu’a inventé le leader, les autres (internationaux ou français) tardent à montrer de la clarté concernant leur plateforme.
Quel est le risque ? Il est double et il commence à émerger explicitement du côté des observateurs.
Quelles idées pour le contourner ? Dans cette suite et dernier chapitre du dossier SVOD, je tente des pistes de réponse qu’on n’entend à mon avis pas assez .

Vers une économie de la frustration à maîtriser pour éviter le pire

Véritable casse-tête, la situation la plus probable pour le consommateur sera de se retrouver avec un ou des abonnements qui créent de la frustration en ne donnant pas accès aux contenus qu’il souhaite voir. Il faudra alors composer avec des clients mécontents dont les plaintes risquent d’occuper les services consommateurs et les réseaux sociaux de tous les acteurs sans exception. On a droit à un avant-goût “grâce“ à Canal + qui a eu l’idée étrange de lancer enfin le bon package avec Canal + Séries en n’y intégrant pas tout son catalogue (pas de “Bureau de légende“ ni de “This Is Us“ par exemple). Le but est sans doute de préserver la valeur ajoutée de l’abonnement à Canal + historique mais l’opération tue dans l’œuf une offre qui avait pourtant tout pour prendre une place de choix. Au-delà de l’exemple, aucune plateforme n’est complètement à l’abri du risque de disqualification.

Retour au téléchargement illégal ou volatilité des consommateurs ?

Face à la frustration, les réponses consommateurs sont souvent extrêmes. Au moment où le premier épisode de la dernière saison de “Game of Thrones“ a été téléchargé illégalement plus de 55 millions de fois en 24h dans le monde (1,3 millions en France), la question du retour à une consommation hors plateforme légale se pose. D’autant que des services comme Popcorn Time offrent une qualité qui n’a pas grand-chose à envier aux plateformes payantes sans les complexités et le risque qu’engendrent le téléchargement peer-to-peer et l’accès par VPN. L’illégalité s’affranchit en plus des cadres réglementaires qui imposent une chronologie des médias fluctuantes par pays et des quotas de productions locales forcément contraignantes dans des équations de production / diffusion déjà complexes.

Papillonner entre les différentes plateformes d’un mois à l’autre, en profitant d’offres de premier mois gratuit pensées pour faire du recrutement, en y intégrant une consommation par piratage est un dommage collatéral moins extrême qui ne peut pas échapper aux spécialistes mais est finalement assez peu évoqué par les analystes. La véritable réponse viendra peut-être de la capacité du marché à structurer des offres points d’entrée vers l’ensemble des contenus à des tarifs optimisés.

Mon point de vue sur les innovations attendues

On doit tous espérer qu’un modèle rémunérateur viable avec une réelle valeur ajoutée du service (qualité du flux, interface, connexion communautaire…) voient le jour pour continuer à financer une production d’une telle richesse.

En termes de point d’accès centralisés vers les différentes plateformes, l’Apple TV pourrait reprendre complètement un sens qu’elle avait un peu perdu, si Apple TV+ n’induisait pas une méfiance sur la mise en avant des contenus. Les opérateurs auront sans doute leur rôle à jouer (mais sont-ils vraiment sur le coup ?), des acteurs tels que Molotov, aguerris à l’enjeu des droits, pourraient trouver une évolution intéressante.

En termes de marketing, chaque plateforme devra travailler sur une identité et une éditorialisation montrant un ADN reconnaissable et des spécificités, au-delà du marketing de chaque série qui est déjà très en place. Il me semble que le chemin à parcourir reste gigantesque dans le domaine. Un capital sympathie se grignote vite, certains pourraient en faire la cruelle expérience.

En termes de contenus, au-delà des productions anglo-saxonnes, les récents festivals SERIES MANIA et CANNESERIES ont montré le dynamisme du secteur partout dans le monde en récompensant des séries espagnoles, israeliennes, belges, norvégiennes, québécoises ou françaises. Le début de travail mené par Netflix pour faire de productions locales des succès internationaux pourrait s’accélérer pour reconstituer des catalogues de qualité et attractifs, s’affranchissant au passage de fins de droits et licences complexes sur les séries américaines. Là encore, la pensée marketing d’intégration dans l’identité des plateformes jouera un rôle clé pour assurer le bon niveau de considération par les utilisateurs.

Série espagnole primée au Festival CANNESERIES

Mais surtout, en termes d’usage, on pourrait rêver d’innovations qui paraissent évidentes mais sont aujourd’hui inexistantes ou déléguées. Par exemple structurer dans la plateforme une interface qui montre et organise les prochaines diffusions des épisodes et séries qu’on suit ou veut suivre, sur le modèle des applications TV (Show) Time ou Beta Series, serait tellement malin. Et intégrer une logique réellement communautaire sur le modèle de “Sens critique“ (ou “Rotten Tomatoes“ au niveau mondial) complémentaire à l’approche algorithmique simplifierait la vie de tout le monde. A commencer par la mienne.

Je serais ravi de constituer des playlists des séries que je conseille / regarde plutôt que de répondre quotidiennement à la question : “tu conseilles quoi comme série ? “. Et je serais encore plus content de suivre les recommandations de ceux auxquels je fais confiance pour me guider vers les « immanquables » malgré mes goûts éclectiques et bizarres (oui, je kiffe aussi bien “Dynasty“ que “Dark“).

Et puisque la question sur les recommandations séries reste plus que jamais d’actualité, la liste des prochaines séries à ne pas manquer selon moi à partir de cette semaine jusqu’à l’été est ici en bonus.

Retour au début du dossier.

La révolution de la SVOD décryptée (4 / 5)

[Previously On] : Dans le duel au sommet des bouleversements de la SVOD, Netflix pourrait montrer des signes de faiblesse avec des contenus qui disparaissent et une concurrence qui créent de nouvelles envies pour une base de clients fragile, en capacité de se désengager chaque mois.

Face à de nouveaux entrants peu innovants, Netflix peut pourtant marquer des points

C’est sans doute le plus gros étonnement : aucun des géants se lançant dans la bataille ne semble à ce stade proposer une approche réellement disruptive face aux principes structurés historiquement par Netflix.

Plutôt que de chercher à créer une expérience enrichie, chacun préfère montrer ses muscles.

Parfois avec un catalogue impressionnant : Marvel et la franchise X Men de la Fox chez Disney face à l’Univers DC chez WarnerMedia, le préquel de “Game of thrones“ sur WarnerMedia via HBO face au préquel du “Seigneur des anneaux“ sur Amazon Prime Vidéos, un volume impressionnant de succès planétaires pour NBC Universal ou Fox Play (sur Canal+ Séries en France jusqu’à nouvel ordre)… Parfois avec des grands noms signés en exclusivité : Ryan Murphy et Shonda Rhimes pour Netflix, Spielberg, J.J. Abrams et Ron Howard pour Apple TV+…

Parfois avec des investissements dans de nouvelles productions surpassant “Star Trek : Discovery », “The Crown“ ou même “Game of thrones“ : 1 milliard de dollars pour les 5 saisons du préquel du “Seigneur des anneaux“ d’Amazon PrimeVideo face aux 100 millions de dollars pour les 10 épisodes de la saison 1 de “Mandalorian“ de Disney+. Dix millions de dollars par épisode deviendrait un mètre étalon pour les séries ambitieuses.

Comme tous aiment à le répéter, la qualité prime plus que jamais sur la quantité. Y compris pour Netflix qui a pourtant pu mesurer à quel point ce ne sont pas les produits d’image qui font de l’audience sur la plateforme, plutôt consommée pour ses contenus mainstream, parfois cheap (ce qu’on sait même si la firme de Los Gatos fait de ses audiences un secret d’état absolu).

A l’arrivée, quelques atouts restent du côté de Netflix.

D’abord, une capacité à innover et prendre des risques sur le contenu comme récemment avec l’épisode interactif “Bandersnatch“ de “Black Mirror“ prolongé avec la série “You vs Wild“ avec Bear Grylls. Mais également une innovation qui s’étend aux formats à l’instar de “Bonding“ constituée de 7 épisodes de 15 minutes conçus pour mobiles par Blackpills Studio et lancée cette semaine.

Ensuite l’excellence du savoir-faire pour intégrer des productions hors langue anglaise, qu’elles soient maison (l’allemand “Dark“ par exemple) ou rapatriées (l’espagnol “Casa de papel“, le français “Dix pour cent“…). Avec un petit bémol sur les productions françaises qui n’ont à ce jour pas convaincu (“Marseille“, “Osmosis“, “Huge en France“…) . En la matière, Amazon Prime Video n’a pas fait mieux avec “Deutsch-Les-Landes“, on attend donc toujours la première bonne production française pour une grande plateforme américaine (peut-être avec “Family Business“ prochainement sur Netflix ?). Le roi incontesté dans le domaine reste Canal + qui a su convaincre critiques et public avec “Le bureau des légendes“, “Engrenages“, “Baron Noir“, “Versailles“, “Hippocrate“ et une bonne dizaine d’autres. Mais la filiale de Vivendi a gâché ce précieux temps d’avance en commettant une erreur stratégique sur laquelle on reviendra.

Présentation Disney +

Côté technologie, il y a encore tellement à faire pour optimiser l’expérience. Il semblerait que les acteurs se contentent de la moyenne plutôt que de miser sur l’excellence. Les points d’attention sont listés, rien n’est annoncé. Sauf révélation majeure, les utilisateurs devrait donc composer avec une qualité de streaming toujours pas au niveau et loin de s’adapter aux téléviseurs 4K ou OLED, des interfaces utilisateurs qui n’inventent rien malgré la difficulté démontrée par Netflix à faire découvrir sa profondeur de catalogue, des systèmes de recommandations défaillants qui peinent à établir une note fiable, des algorithmes qui poussent assez mal et de façon enfermante des pièces de catalogues liées au visionnages précédents, une personnalisation à faible valeur ajoutée et une dimension communautaire qu’un Spotify a parfaitement intégré (notamment avec ses playlists) mais totalement oubliée de l’expérience streaming vidéo…

Nous n’en sommes qu’aux prémices des annonces, Disney et Apple se sont contenté d’un tableau impressionniste des plateformes, préférant miser sur les gros labels et les grands noms. De acteurs majeurs -tels que Warner qui pourrait créer la surprise- n’ont pas encore vraiment dégainé, tous les espoirs sont permis.

Mais s’il n’y a pas d’évolution majeur,  c’est sur le terrain du prix que la guerre pourrait se jouer en 2020. Une fausse bonne nouvelle pour les clients et un très mauvais signal pour la dynamique de ce segment de marché stratégique. Pour les tarifs d’entrée, Netflix risque d’hésiter à augmenter ses 7,99 Euros mensuels alors que Canal+ Séries vient de se positionner à 6,99 Euros, tarif sur lequel Disney+ semble s’aligner pour son lancement au premier semestre de l’année prochaine.  D’autant que quelques modèles introduisant la publicité (à l’instar d’Hulu ou CBS All Access au USA) pour des abonnements inférieurs à 5 Euros sont annoncés, parmi lesquelles la française Salto.

A tarif égal, la longueur d’avance acquise par Netflix pourra lui profiter encore quelques mois mais au jeu des comparaison des contenus, le leader pourrait ne pas tenir la charge très longtemps.

Lire la suite ici

Retour au début du dossier ici

La révolution de la SVOD décryptée (3 / 5)

[Previously on] : Le paysage de la SVOD va complètement changer de visage et rendre la vie des accros aux séries pas forcément plus simple. De nouveaux géants, un millier de séries et des moyens d’y accéder complexifiés. Les observateurs prévoient un duel au sommet de Netflix face à Disney+ mais ce n’est pas forcément aussi simple.

Et si Netflix était un géant aux pieds d’argile ?

Si devant les marchés financiers, le patron Reed Hastings et sa garde rapprochée tentent de faire bonne figure en accueillant toute cette concurrence comme une réjouissante preuve de dynamisme d’un marché encore à conquérir, la réalité est nettement plus compliquée. Ironiquement, les contours et piliers d’un marché largement bâti sur le succès de Netflix en constituent les principaux freins pour le futur proche. De nombreuses études continuent à prédire que la longueur d’avance acquise par le pure player lui garantirait un leadership pour les années qui viennent. Et pourtant…

Reed Hastings, co-fondateur et directeur de Netflix

La bourse semble ne plus complètement croire en une croissance significative de ses 150 millions d’abonnés dans le monde pour faire face à l’explosion inévitable des coûts. Et le principe de l’abonnement pas cher sans engagement, en grande partie à l’origine de l’attractivité de la plateforme dès son lancement, rend particulièrement sensible toute augmentation du prix. La hausse récente aux USA n’a d’ailleurs pas été sans conséquence en termes de désabonnements immédiats.

Au niveau des contenus, deux grands axes sont à considérer, tous deux profondément percutés par le nouveau terrain de jeu.

Du côté des créations originales, il va falloir plus que jamais marquer les esprits avec des productions populaires et de qualité qui font l’événement, face à des plateformes concurrentes qui font monter les prix et les ambitions. C’est par exemple ainsi que les droits d’adaptation de la série événement préquel du « Seigneur des anneaux » ont échappé à Netflix au profit d’Amazon qui a déboursé quelques 250 millions de dollars. Et face aux 25 créations originales annoncées par Disney+, au savoir faire de HBO qui profitera à WarnerMedia et aux énormes moyens déployés par Apple TV+ avec la signature de grands noms, la pression monte. Les deals annoncés par Netflix avec les showrunners à succès Ryan Murphy et Shonda Rhimes assurent une production future efficace mais pas forcément le nouveau “Game of Thrones“.

Du côté du catalogue qui assure un volume conséquent et une diversité de contenus conformes à la promesse originelle, Netflix ne pourra pas bientôt compter que sur ses propres créations. Si elle a pu constituer une offre de qualité avec notamment “House of cards“, “Orange is the new black“, “Stranger Things”, “Narcos“  ou “Sense8”, nombre de ses séries à succès labelisées « Netflix Originals » en France ne sont pour autant pas des produits maison et pourraient lui échapper : “Better Call Saul“, “Riverdale“, “Dynasty“, “The Good Place“ ou encore “Designated Survivor“ sont proposés en exclusivité sur Netflix en Europe mais produits et diffusés par des grands networks américains historiques (en l’occurrence, AMC, CW, NBC et ABC).

Pire, l’hémorragie a déjà commencé avec l’arrêt de tous les héros Marvel (“Luke Cage“, “Iron Fist“, “Jessica Jones“, “Daredevil“…) appartenant à Disney. Et pour donner un sursis à “Friends“ en 2019, Netflix a dû débourser 100 millions de dollars alors que la série est destinée à rejoindre la plateforme WarnerMedia avec toutes les productions HBO, DC Universe et WC.

Lire la suite ici.

Retour au début du dossier ici.

La révolution de la SVOD décryptée (2 / 5)

[Previously on] : La révolution de la SVOD commence à se jouer. En dépit d’informations partielles qui arrivent en ordre dispersé, on commence à percevoir le risque : empirer ce sentiment pour le consommateur d’être perdu face à trop de contenus disséminés sur trop de plateforme…

Qu’est-ce qui attend un fan de séries en France en 2020 ?

Pour ce qu’on sait à ce jour, dans le courant de l’année 2020, le nombre de séries disponibles en France sera de l’ordre du millier. Une offre vertigineuse répartie sur au moins une dizaine de grandes plateformes différentes. Aux déjà existantes offres Netflix, OCS, Canal + Séries (incluant FOX Play et son immense catalogue), Amazon Prime Video et YouTube Premium, un fan de séries devra ajouter Disney +, APPLE TV+, WarnerMedia, NBCUniversal et Salto, l’arlésienne issue de l’union de TF1, France Télévision et M6 qui semble reprendre corps. Une projection qui exclut les plateformes SVOD par chaîne française (sur le modèle de CBS All Access au Etats-Unis) mais aussi Hulu, première concurrente de Netflix aux Etats-Unis, dont les ambitions internationales restent très floues et enfin, les quelques offres gratuites qui se profilent.

Si comme moi, vous voulez profiter en temps réel des nouvelles saisons de “Big Little Lies“ et “The Deuce“ (HBO aux USA / OCS en France), “Dark“ et “The Crown“ (Netflix), “Killing Eve“ ou « Le bureau des légendes » (Canal + Séries), “American Gods“ et “The Marvelous Mrs Maisel“ (Amazon Prime Video), “Weird City“ et “Wayne“ (YouTube Premium)….

Et si vous ne voulez pas rater les nouveautés dont tout le monde parlera parmi lesquelles “The Mandalorian“ dans l’univers Star Wars et « Loki » dans l’Univers Marvel (Disney+), “The Morning Show“ avec Jenifer Anister, “Little Voice“ du créateur showrunner culte J.J Abrams qui retrouvera Jenifer Garner et “See“ avec l’Aquaman Jason Momoa (Apple TV+), le préquel de “Game of Thrones“ et “The Nevers“ qui marque le retour du créateur de “Buffy“ Joss Whedon (sur HBO probablement pour la plateforme Warner), les prochaines saisons de “The Good Place“ et “Will&Grace“ (probablement rapatriées sur la futures plateforme NBCUniversal) ou les séries françaises exclusives promises par Salto qu’il ne faut pas sous-estimer…

… pas d’autres choix que de s’abonner à 10 plateformes, pour un budget probable de plus de 80 euros mensuels ! (Les séries citées le sont en pures spéculations : pour certaines rien ne dit qu’elles seront diffusées dès 2020 ni même que les saisons supplémentaires existeront)

Le challenge s’étend aussi à la multiplicité des moyens d’accès. Déjà aujourd’hui, consommer les séries de 5 plateformes nécessite une petite organisation si on veut comme moi en profiter sur un grand écran TV de qualité et pas seulement sur mobile. On pourrait imaginer des points d’entrée centralisés en un seul et même endroit mais on en est loin. Chaque foyer doit trouver son propre fonctionnement selon son équipement, ses opérateurs et ses propres habitudes. Ainsi, je passe par l’écran d’accueil de la box (SFR) pour Netflix, le replay de la même box pour OCS, l’application intégrée au smarthub de la TV (Samsung) pour Amazon Prime Video, la Chromecast (Google) depuis un mobile ou une tablette pour Canal + Séries et YouTube Premium. Si on pense que le grand écran de qualité a encore de beaux jours devant lui, l’enjeu de l’accès va constituer une autre bataille.

Autant dire qu’il faudra faire des choix et des paris, à moins que les consommateurs commencent à papillonner d’une plateforme à une autre en changeant chaque mois pour accéder au catalogue de nouveautés aux bons moments ?

La suite est ici

Retour au début du dossier ici