Au coeur de “The Normal Heart”

C’est le projet qui me tient le plus à cœur. Celui dont mes amis les plus proches n’ont pas arrêté d’entendre parler depuis plusieurs mois. Après avoir acheté les droits avec Frédéric Borriello, nous avons très vite été rejoints par l’auteur Virginie de Clausade dont l’engagement nous a permis de présenter aux théâtres parisiens une adaptation avec un casting de qualité et hyper mobilisé.

On est en 1984 lorsque Larry Kramer écrit “The Normal Heart”. Il a 50 ans et une carrière de dialoguiste, scénariste, adaptateur, producteur et écrivain déjà solide derrière lui. Il n’a pas encore lancé “Act Up” mais est déjà devenu un activiste presque malgré lui : il a créé “The Gay Men’s Health Crisis” en 1982 après avoir vu le nombre de ses amis décimé par une étrange maladie, dans une indifférence qui lui a été immédiatement insupportable. Son tempérament aussi entier que combatif le rend peu diplomate et compliquera sa capacité à convaincre jusque dans sa propre communauté. Il saura pourtant tirer parti de ses talents.

Ecrire une pièce très largement autobiographique s’est inscrit dans une démarche activiste, pour se se faire entendre de tous, jusqu’au pouvoir public qu’il a largement défiés. “The Normal Heart” couvre les années 1981 à 1984, son combat constituant plus qu’une toile fond à une série de personnages “fictifs”. S’il est difficile de ne pas reconnaître l’auteur derrière Ned Weeks, chacun des autres acteurs principaux de la pièce est inspiré de personnages qui ont réellement entouré Larry Kramer. Aussi admirable qu’insupportable, le “héros” ne semble dissimuler aucun des travers de celui qui voulait se faire entendre sans compromis.

Le 21 avril 1985, “The Normal Heart” voit le jour au “Public Theater” de Broadway pour 294 représentations. Ned Weeks y est interprété par Brad Davis, acteur de premier plan grâce à “Midnight Express” et “Querelle”. Il découvrira cette même année sa séropositivité qui ne sera révélée qu’à sa mort 6 ans plus tard. La pièce voyagera ensuite à Londres et Sydney avant de revenir à Broadway en 2004 puis en 2011. Chacun des personnages bénéficie d’au moins d’une scène emblématique particulièrement forte, ce qui rend la pièce irrésistible pour de nombreux acteurs. Ainsi, Martin Sheen, Richard Dreyfuss, Kevin Bacon, John Turturro, Joe Mantello, Ellen Barkin ou encore Jim Parsons ont interprété l’un des rôles de “The Normal Heart”.

L’histoire de la pièce a également été marquée par la lutte menée par Barbra Streisand pour adapter la pièce à l’écran pendant plus de 25 ans, n’ayant jamais trouvé d’accord avec l’auteur sur l’équilibre entre le respect du texte original et les adaptations nécessaires pour passer les barrières de l’époque. C’est seulement le 25 mai 2014 que “The Normal Heart” sera porté au petit écran par Ryan Murphy sur la chaîne câblée américaine HBO.

Au-delà de ses qualités narratives et de la force de l’émotion qu’elle dégage, la pièce “The Normal Heart” fait bénéficier à ses spectateurs de l’incroyable richesse d’une écriture dans l’Histoire. Activisme, amour, colère, amitiés, obstination, sexualité,  politiques, fatalisme mais aussi espoir s’y côtoient, exacerbés par l’urgence du moment. Devenue une oeuvre théâtrale largement saluée et récompensée de multiples Tony Awards, elle s’inscrit aussi dans un devoir de mémoire qu’une création plus contemporaine pourrait difficilement retransmettre 35 ans plus tard.

Le texte nous immerge dans un monde percuté par une maladie sans nom, impossible à détecter avant qu’elle ne se déclare, au mode de transmission inconnu. Un monde dans lequel un petit groupe d’individus se bat pour se faire entendre par un maire de New-York -Ed Koch- et un Président -Ronald Reagan- qui les ignorent. Pour tous ceux qui auraient la tentation de penser que le sens de l’exagération Hollywoodien est passé par là, Larry Kramer a tenu à rappeler en 2011 que “Tout ce qui est décrit dans “The Normal Heart” est réellement arrivé”.

L’envie de faire exister “The Normal Heart” en France se fonde sur la nécessité d’éclairer une période qui semble à la fois très loin et très proche pour tous ceux de ma génération. La pièce relate un combat qui a été très peu traité et ne peut pas être oublié, très différent de celui des années 90 qui a été plus souvent abordé. Avec une conviction : le sujet a la capacité de toucher tous les publics. En traitant une situation de déni qui résonne tristement aujourd’hui sur d’autres sujets.

Mais au-delà, “The Normal Heart” est tout simplement une excellente pièce, je suis fier du travail qui a été réalisé et mon voeux le plus cher aujourd’hui est qu’elle existe dans un théâtre parisien.

Update

Le 14 février, une lecture de la pièce s’est tenue au Théâtre de la Pépinière devant un public de professionnel. Les retours ont été positifs, plusieurs mains se sont levées pour faire vivre cette pièce en France.

Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas
Lecture de THE NORMAL HEART de Larry Kramer. Photo © Benjamin Boccas

Terrassé par “Les Idoles”

Je n’avais pas compris, pas voulu trop en savoir avant de découvrir. Je m’attendais bêtement à une succession de textes, sans doute vibrants, pour relater ses années où la maladie ravageait le milieu artistique. Mauvais “privilège” de l’âge, j’ai trop connu cette période pour me sentir étranger, trop occupé une partie de ces derniers mois à ce que je considère comme un devoir de mémoire pour passer à côté. J’allais pleurer, (re)découvrir, faire remonter à ma mémoire des souvenirs douloureux que je ne veux pas oublier. Aller voir “Les Idoles” au Théâtre de l’Odéon était un mal nécessaire et utile.

Dès la première seconde, la première cigarette allumée (il y en aura beaucoup d’autres), la découverte du décor, l’apparition en clair obscur des acteurs et la voix de Christophe Honoré lui-même qui s’échappe d’un haut-parleur, je suis emporté. Je réalise mon erreur. Je sais que ce qui va se passer pendant plus de 2 heures va résonner en moi, avec mon histoire, mes souvenirs. Même pas le temps de me demander comment mes voisins de moins de 30 ans, le couple bourgeois de quinqua croisé à l’entrée, la dame qui ressemble à ma grand-mère en corbeille… vont se retrouver dans cette histoire tellement calibrée pour moi que mes yeux en sont déjà rougis. Chacun se dira sans doute la même chose à la fin. Et sera aussi content que moi de mesurer la diversité des spectateurs dans une salle comble.

La méthode qu’Honoré qualifie de “Nécromantique” avait déjà été employée mais je ne l’avais jamais vue. L’idée de convoquer en 2018 six morts marquants du Sida, idoles du créateur, offre le creuset idéal à un spectacle fondé sur la rupture de ton, de fond, des émotions, des lieux, dans un entremêlement des temps qui ne nous perd pourtant pas une seconde. Ce sont aussi des points de vue et des univers bien différents -malgré ce destin commun- qui vont se croiser, portés par des personnalités qui n’auront finalement pas marqué l’inconscient collectif de façon homogène : Hervé Guibert, Cyril Collard, Bernard-Marie Koltès, Jacques Demy, Serge Daney et Jean-Luc Lagarce.

On pleure, bien sûr. Beaucoup en ce qui me concerne. Mais on rit aussi, beaucoup plus que prévu. On est interpellé : je ne savais par exemple pas que Demy était mort du Sida et on comprend pourquoi. On est surpris par des trouvailles de mises en scène d’une intelligence folle, en particulier dans l’utilisation de la vidéo et l’intégration de la musique. On est étonné par des règlements de compte par les ressuscités eux-même, parfois entre eux, parfois malmenés par une figure “extérieure” lorsque Liz Taylor leur reproche leur manque d’activisme dans la société civile. Le tout parsemé d’émotions qui s’égrènent de la colère à une certaine idée de la légèreté, en passant par la sensualité. En fil conducteur : une justesse de chaque instant malgré des situations sur le fil.

Comment ne pas parler des acteurs qui font plus qu’incarner puisqu’ils ont, fidèles à la méthode de Christophe Honoré, participé à la création de la pièce ? Tous sont exceptionnels. S’il ne fallait retenir qu’un moment marquant pour chacun d’eux :

Marina Foïs, sous les traits d’Hervé Guibert, livre un long extrait de “A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie” sur l’agonie de son ami “Muzil” alias Michel Foucault, témoignage qui avait fait couler tant d’encre à l’époque. Marina Foïs, après un début relativement en retrait, y est absolument bouleversante.

Marlène Saldana, principalement dans le rôle de Demy mais toute aussi puissante dans le rôle de Liz Taylor, ose une danse impudique, drôle, bouleversante qu’on n’est pas prêts d’oublier.

Julien Honoré, frère de Christophe, est blessé et donc dans un fauteuil roulant lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, ce qui ajoute certainement et étrangement à la force de l’incarnation de Lagarce.

Jean-Charles Clichet, interprète divinement un Serge Daney dont on se demande si il était ce personnage aussi drôle que touchant en vrai. Son interprétation (excellente au passage) de “I should be so lucky” de Kylie Minogue est l’image que j’ai envie d’en garder.

Harrison Arévalo, par son charme, sa puissance, son aisance sur scène (y compris avec son corps) réussit à faire instantanément oublier cet accent sud américain assez étrange pour interpréter Cyril Collard. Sa scène clé est sans doute le moment offert à Collard de recevoir le César obtenu 3 jours après sa mort. Même si on aimerait tous repartir avec son mini short en jean dans les mains et qu’on réfléchira si on nous propose un tour en cheval.

Youssouf Abi-Ayad, dans le rôle de Koltès, apporte cette touche ténébreuse, complexe, presque vénéneuse. C’est celui qui joue le plus avec la caméra et donc les vidéos projetées avec un regard qui transperce l’écran.

Lors des rappels, en larme, incapable de me lever, je n’avais qu’une envie : les prendre un par un dans mes bras pour leur dire merci de leur engagement, leur justesse, leur force. La dernière fois que ça m’était arrivé, c’était à la fin de “120 battements par minute“, à croire que le sujet me percute plus fort que les autres.

J’ai eu besoin hier soir de revoir Hervé Guibert chez Bernard Pivot, dans une interview qui m’avait tellement marqué à l’époque. Je ne me souvenais pas de l’humour, juste de la noirceur.

J’ai l’envie furieuse de revoir “Les nuits fauves” pour ne plus faire partie de ceux qui ont un peu trop oublié ce que Cyril Collard a représenté. Ce sera fait très vite?

Cette oeuvre me galvanise pour mener à bien un projet de 3 ans dont je finirai forcément par parler ici.

Merci à celui qui m’a offert la place et qui m’a permis d’échanger sur l’émotion en sortant, ce dont j’avais besoin cette fois.

Immersion dans mon expérience “Game of Thrones” (spoilers)

Après avoir expérimenté en 2011 les premiers épisodes de “Game of Thrones”, puis poussé la tentative jusqu’à la première saison dans son intégralité “pour être sûr”, mon verdict était sans appel et irrévocable : je n’avais pas assez de temps pour m’ennuyer devant une série. Trop de personnages, de longs discours inutiles et souvent obscures, des scènes de sexe et de violence souvent gratuites. Je pouvais donc m’enorgueillir d’être un des rares ultra fans de séries au monde à ne pas aimer #GoT, sous les huées de mes petits camarades.
 

Il aura fallu la conjonction de 2 éléments majeurs pour que je me lance dans l’aventure : souffrir du décalage ressenti avec une pop culture désormais omni présente et du temps disponible, beaucoup de temps !
Il y a 3 semaines, en décembre 2018, j’ai donc décidé de prendre le risque de “gâcher” 70 heures de ma vie en me forçant à regarder l’intégralité d’une série potentiellement inintéressante pour moi. Juste avant l’arrivée de la huitième et ultime saison de la saga, attendue en avril 2019.
 

J’ai ainsi vécu une expérience très enviée par les fans et incomprise par les autres : la découverte en binge watching de Game of Thrones après 7 ans de bouche à oreille effréné, d’événements traumatisants dont je savais peu de choses mais quand même (comment échapper à la mort et la résurrection de Jon Snow ?), d’une imagerie que je ne comprenais pas toujours mais qui était bien présente (il y a des dragons et une jeune demoiselle aux cheveux blancs qui les chevauche). Avec en toile de fond une légende autour de la série qu’on ne peut pas ignorer : elle fait mourir ses personnages principaux de façon souvent inattendue à tour de bras. Sachant tout ça, mon aventure a donc forcément été très différente de tous ceux qui ont découvert le phénomène en temps réel.
 

Ai-je succombé à mon tour à la folie “Game of Thrones” ? Mauvaise nouvelle les gars, il va falloir tout lire pour le découvrir. Voici donc une immersion dans mon aventure. Sans éviter les spoilers pour une fois, partant du principe que les fans ont de toute façon tout vu et que les autres s’en moquent. Mais vous êtes prévenus, passez votre chemin si vous n’avez pas vu mais prévoyez de regarder un jour
 
Trois semaines en trois phases
Pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis imposé 2 règles : assurer une attention à 100% à la série en m’interdisant le multitasking (le téléphone en mode avion, aucune source de diversion…) et pas recherche sur internet concernant la série (qui est tel acteur, en quelle année a été diffusée telle saison…) pour m’éviter un sur-spoiling garanti par le moindre article. C’est en vérifiant que l’acteur qui interprète Robb est bien celui de “Bodyguard” que je suis tombé directement sur un article au titre très explicite sur le destin de son personnage, j’en ai tiré les leçons. C’est donc armé des DVD Blu Ray des 3 premières saisons (offert il y a 5 ans) et d’OCS pour les autres saisons que j’ai lancé le premier épisode pour la troisième fois de ma vie. Sans oublier quelques remontants pour tenir le choc.
 

Les deux premières saisons ont confirmé que je trouvais l’ensemble assez ennuyeux. 
On m’avait dit que la fin de la saison 1 allait m’emporter, j’ai surtout trouvé le temps long avant qu’un personnage principal finisse par mourir alors qu’on pense qu’il va être sauvé, technique d’ailleurs largement exploitée dans la série par la suite. L’arrivée d’une ribambelle de nouveaux personnages en saison 2 (souvent venus de nulle part sans explication) a provoqué une lassitude supplémentaire. Il est évident que tout ce que je sais de la série gâche le plaisir : comment par exemple être surpris de la naissance de 3 dragons ?
Concernant ceux dont j’ai compris qu’ils étaient les vrais héros, Jon Snow et Daenerys Targaryen m’apparaissent assez fades, peu charismatiques, décevants. Il y a de bons méchants (Cersei et surtout Joffrey) mais il me manque de bons gentils. Je ne sais pas encore quoi faire de Tyron Lannister, que je pensais méchant mais qui est propriétaire des seuls (rares) moments drôles de la série. Je suis encore dans une pensée manichéenne.
 

L’épisode La Nera qui fait entrer en scène pour la première fois le feu Grégois m’impressionne et me captive. Je découvrirai plus tard que c’est souvent l’avant-dernier épisode de chaque saison qui est le meilleur.
Mais ce sont surtout les bonus inclus dans le Blu Ray qui me sauvent d’un ennui irréversible : ils m’aident à comprendre des liens entre des personnages que je n’avais pas intégré (j’étais pourtant concentré hein) et décortiquent les coulisses d’une production dont on ne peut qu’admettre les exploits techniques. N’empêche, on en m’enlèvera pas de l’idée qu’on n’est pas loin du soap de bas étages (coucheries et pouvoirs) relevé par des scènes de sexe explicites et du gore tous les quarts d’heure. Et malgré le rôle de téléphone portable joué à merveille par les corbeaux, on trouve quand même que les nouvelles se répandent bien vite et sans grande émotions entre les différents royaumes.
 

C’est à la troisième saison que la dimension addictive de “Game of Thrones” a enfin commencé à s’exercer sur moi. 
 
Ce sont bizarrement des personnages assez secondaires et féminins auxquels je me suis attaché, en espérant ne pas les voir se faire buter trop vite : Brienne de Torth et sa relation surprenante avec Jaimie Lannister, Ygrytte qui a enfin dépucelé ce grand nigaud de Jon Snow, Margaery Tyrrel et surtout sa grand-mère, Olenna Tyrell, personnage aussi jubilatoire que Maggie Smith dans “Downton Abbey”. Shae (amante de Tyron qui confirme son capital sympathie) et Ros (prostituée favorite de Theon puis Tyron) font plus étonnamment partie des personnages qui comptent à mes yeux, malheureusement plus pour très longtemps…
 

Le long calvaire de Theon est assez désagréable même s’il fait émerger un méchant qu’on va adorer détester : Ramsay. Les histoires de Jon et Dany continuent à m’indifférer mais des pièces de puzzle commencent à se dessiner, avec quelques récompenses d’avoir bien été attentif tout le temps.
Même si la presse me l’avait spoilée allègrement, j’avoue que la scène du mariage pourpre en fin de saison 3 a constitué un bon petit choc émotionnel. Avant ça, la main coupée de Jaimie Lannister passe pour un micro-phénomène.
Pour la suite, ce sont d’ailleurs souvent les mises à mort qui feront monter en pression l’intérêt pour la série : le roi Joffrey (jubilatoire), Oberyn Martell (gore), Tywin Lannister (dégradante), Lysa Arryn (délivrante) en saison 4.
 

La saison 5 sera pour le coup assez en dessous, en faisant disparaître des personnages dont on se fout un peu (Stannis Barratheon, sa femme et leur fille qu’on aimait bien quand même), Myrcella, la fille de Cersei et Jaimie qu’on n’a pas vraiment eu le temps de connaître. On note d’ailleurs que l’effort mis dans la création de mises à mort à chaque fois différentes pour les personnages clés souffre de plusieurs décès sur le bûcher, brulés vifs.
La mort et la résurrection de Jon Snow n’est ni une surprise, ni particulièrement frappante. Cette même saison 5 nous emmène dans des storylines parfois trop longues (la prise de pouvoir de la religion avec le Grand Moineau, l’apprentissage d’Arya pour devenir “Personne”…). Mais on a maintenant compris que toute mise en place un peu longue trouvera sa justification. Et la marche de la honte de Cersei nous récompense de supporter la dame depuis 5 saisons, même si on se doute que sa vengeance sera terrible.
 

Les saisons 6 (loin devant) et 7 justifient à elles-seules toute l’excitation autour de la série. 
Il aura fallu être patient mais chaque épisode fait avancer l’intrigue, s’appuyant souvent sur des éléments distillés au cours des saisons précédentes. Mon attention est définitivement récompensée lorsque je comprends en saison 7 la raison pour laquelle “Chaos is a ladder” est une mention de Bran qui provoque un émoi assez fort chez Lord Baelysh.
Les personnages principaux prennent enfin un peu d’épaisseur (Jon a gagné des abdos et Sansa du charisme), on a maintenant compris que les méchants sont parfois très méchants, parfois plus ambigus, les gentils aussi. Le manichéisme n’est plus de mise.
 

Des scènes épiques et spectaculaires, en tête desquelles l’impressionnante “Bataille des bâtards”, grandiose, tellement immersive qu’elle en devient suffocante, rythment de nombreux moments où le doute n’est pas permis : même sans l’appui des livres (depuis la saison 5), les showrunners savent très exactement où ils vont, depuis le début. Avec le final de la saison 6, la mort n’est plus distillée par petite touche régulière puisque l’explosion du grand septuaire voit disparaître une dizaine de personnages clés dont ma chouchoute Margaerys.
Comment assurer une montée en puissance en saison 7 ? En assurant un temps fort par épisode, en accélérant l’intrigue, en réunissant (enfin) des personnages centraux dans de grandes scènes marquantes, en faisant prendre conscience de ce que “Winter is coming” signifie réellement. Les fans de la première heure ont d’ailleurs plutôt reproché cette accélération, je l’ai littéralement adorée.
Le problème qui apparaît néanmoins est la surpuissance de Danaerys et ses dragons qui déséquilibre le bras de fer qui s’annonce contre les White Walkers. Mais le souci est diaboliquement bien résolu dans le dernier épisode de la saison. Avec un retournement majeur qui a réussi à me cueillir alors qu’il était évident : non, je ne parle pas de Jon qui couche avec sa tante mais de la perspective d’une saison finale qui se jouera aussi dragon contre dragon(s).
 

Si l’épisode de la “Bataille des bâtards” (saison 6 épisode 9) est considéré par beaucoup comme le meilleur épisode de la série et peut-être de toutes les séries confondues, c’est un autre moment qui m’a bouleversé en saison 6. L’épisode 5, intitulé “La Porte”, le surpasse à mes yeux. On y assiste à la mort de Hodor (et la Corneille à trois yeux qui passe le flambeau à Bran) mais surtout la révélation de l’origine de son nom, qui donne le vertige pour plein de raisons. Peut-être moins spectaculaire mais brillamment écrit par les 2 showrunners et mis en scène par Jack Bender.
Enfin l’absence de risque de spoilers…
J’ai pu depuis quelques jours commencer à parcourir le web pour trouver la réponse à toutes mes questions… et plus encore :
– Comprendre enfin que Lord Baelish/Littlefinger avait un air familier depuis le début puisqu’il était le personnage principal de Queer as folk version UK il y a 20 ans
– Confirmer que Diana Rigg, ex Emma Peel de Chapeau Melon et Bottes de Cuir et “James Bond Girl” il y a 40 ans est bien l’interprète de la divine Olenna Tyrell
– Découvrir que la marche de la honte de Cersei s’est appuyée sur un trucage numérique, la comédienne ayant été doublée pour le corps nu et maltraité, officiellement parce qu’elle était enceinte (mais on comprendrait que ce soit plus prosaïquement par pudeur). Mais ça a quand même coûté 200.000 dollars.
– Le remplacement mystérieux et sans aucune explication entre 2 saisons de l’acteur qui interprète Daario Naharis ne semble pas avoir été vraiment résolu (on préfère le nouveau donc on s’en fout un peu)
– La façon dont les doubleurs du monde entier ont résolu le casse-tête de traduire la révélation de l’origine du nom “Hodor” a fait l’objet de nombreux articles
– Il y avait eu un pilote où Daenarys et Catelyn étaient interprétées par des actrices différentes mais jugé tellement mauvais qu’il a été mis à la poubelle, le réalisateur viré.
Autant de coulisses que tous les fans connaissent depuis bien longtemps, que je continue à découvrir en attendant, comme le reste du monde, la diffusion de la dernière saison avec une impatience notable. Je me sens de nouveau connecté au monde qui m’entoure.

Mon coup de coeur pour “Nouvelle Page”

Je n’ai pas toujours aimé Jenifer. Surtout pas pendant et juste après la Star Ac (oui, je suis de la génération qui se souvient bien). Puis j’ai apprécié l’artiste, sa voix et ses fragilités, mais je passais à côté de sa musique. J’ai commencé à l’écouter au moment où ses albums ont plafonné à 100.000 ventes. “Appelle-moi Jen” et son rap devenu culte sur “Je danse”, “L’amour & moi” (en particulier ses titres “Sur le fil” et surtout “Orage en vue” passé inaperçu),  ses reprises de France Gall  de qualité malgré l’ambiance polémique, “Paradis secret”, un vrai coup de coeur dans l’indifférence générale. Ce qui m’a alors donné envie de découvrir ses albums précédents et de tomber sur en particulier sur “Lunatique”, son dernier vrai gros succès, dont j’aime tous les titres.

J’ai donc plongé sur son dernier album dès sa sortie et la bonne nouvelle est qu’on est nombreux à l’avoir fait cette fois ci. Les chiffres de vente de la première semaine ne sont pas encore disponibles mais le bouche à oreille est positif, les indicateurs Spotify, iTunes et YouTube sont bons, on peut croire au succès de cet album.

Ce que les gens aime

Titre par titre, je n’ai encore une fois pas les mêmes goûts que tout le monde, si je me réfère aux chiffres Spotify au 31 octobre :

1. “Notre Idylle” : 869 474 – c’est le premier single soutenu par un clip et une rotation radio depuis fin août
2. “Les choses simples” (avec Slimane) : 47 272 – l’effet duo Slimane joue forcément
3. “Encore et encore” : 56 054 – il m’a fallu du temps pour comprendre l’engouement, le titre est en fait référencé dans 2 grosses Playlist Spotify… et 
il est poussé comme deuxième single depuis cette semaine
4. “Comme c’est bon” : 48 841
5. “Hey Jen” : 35 800
6. “Des je t’aime qui se perdent” :  33 164
7. “Respire” : 32 896
8. “Reste” : 29 959
9. “L’amour.0” : 29 599
10. “Post mélancolie” : 26 523
11. “Un petit tour” : 23 775
12. “Pour nous retrouver” : 22 86
13. “Derrière les soleils” : 22 041
14. “Nostalgique d’hier” : 21 392
15. “Les choses simples” (proche et intime) : 20 688
16. “Mystère” : 19 581
17. “Ton absence” : 18 662
18. “Baby blues” : 18 211
19. “L’été qui s’en va” : 17 865

Ce que j’aime

La promesse d’un retour aux sources dans cet album m’inquiétait, il est tenu mais avec dans la grande majorité du temps le twist qui fonctionne bien sur moi. Voici donc le classement subjectif de l’ensemble des titres de l’album, à un moment où j’ai de toute évidence plus envie de danse que de mélancolie. Mais, soyons clairs, je les aime tous, même le dernier du classement #EcoleDesFans.  Commençons par là.

19. L’été qui s’en va : en parlant de mélancolie, on y est. Digne du Jenifer d’il y a 16 ans sortie StarAc, celle que je n’aimais pas mais que le public adorait donc bon… Ceci dit, Spotify et moi, on est d’accord sur ce coup là.

18. Derrière les soleils : voir plus haut, même motif, même “punition” ^^

17. Pour nous retrouver : ça bouge bien, c’est sympa, un petit côté funk frais mais il n’en reste pas grand chose.

16. Encore et encore : quelle drôle d’idée de sortir ce titre en second lead. Même commentaire que pour les titres 18 et 19. On comprend l’envie du retour au source au moment où ça cartonnait, le principe de l’écouter alangui sur une peau de bête au coin du feu mais c’est tellement pas le meilleur titre de l’album.

15. Baby Blues : on a dit que j’étais pas en kiff mélancolie donc bon. En revanche, je reconnais que c’est efficace. Il se passe exactement ce qu’on attend dans la dernière partie, ça vaut une quinzième place.

14. Comme c’est bon : autant acheter un album de Christophe Mae, on reconnait en 2 secondes le style et je suis moyennement fan.

J’aurais pu placer les 12 suivantes ex-aequo tellement je les aimes toute. L’exercice a été compliqué, comme personne ne l’attendais, je me suis dit que ça valait le coup de me forcer. Ahah.

13. Un petit tour : le refrain reste en tête, simple et efficace.

12. Post Mélancolie : j’ai pas arrêté de danser depuis la 14, c’est le type de retour au source qui me plait

11.  Mystère : la patte Christophe Mae ne gâche cette fois pas le plaisir et produit en version Jen, ça marche bien.

10. Nostalgique d’hier : la première fois que je l’ai entendue, j’ai pensé aux bals perdus de Bourvil (la référence est directe) et la mélancolie nostalgique a cette fois marché sur moi. J’adore la chanter.

9. Reste : ce titre qui aurait pu être très StarAc doit beaucoup de sa 9ème place à l’interprétation de Jenifer qui casse sa voix comme j’aime

8. L’amour.0 : je pensais que ce titre là cartonnerait dans les écoutes Spotify. Pas tant que ça en fait. Je le voyais pourtant un single potentiel.

7. Des je t’aime qui se perdent : on revient à un titre qui bouge, en tête en 2 secondes, ça marche parfaitement, musique et texte.

6. Notre Idylle : j’ai aimé le titre dès le 29 août. Parfait choix de lead pour l’album. Le titre est à mon avis loin d’avoir fini sa carrière. Les 3 millions de vues sur YouTube seront bientôt dépassées.

5. Respire : voilà ce qu’aurait été mon choix en deuxième single de l’album. Texte sympa d’Yseult. Ce sera sans doute pour le printemps.

3. (ex æquo) Les choses simples (duo avec Slimane) et Les choses simples (proche et intime) : j’aime les 2 versions pareil, le titre du gagnant de The Voice  a notamment la qualité de ne pas ressembler trop a du Slimane (que j’adore par ailleurs), il semble avoir vraiment fait l’exercice d’écrire pour Jen.

2. Hey Jen : j’aime bien que le titre “à message” de l’album, qui aurait pu être lourd et plombant, soit aussi bon. Un tube en puissance.

Mon titre préféré de l’album est loin devant, en boucle depuis une semaine, je représente sans doute une part non négligeable de son nombre d’écoutes (incroyablement trop limité) sur Spotify.

1. Ton absence : je n’ai aucun argument. A sa première écoute, ce titre là m’a embarqué. Ce ne sera pas un tube mais c’est dès maintenant mon coup de coeur absolu de l’année.

Je sais que, quoiqu’il arrive, cet album restera celui qui a accompagné une nouvelle vie loin de Paris, il sera associé pour toujours à mes endroits préférés de Lisbonne, aux séances quotidiennes de sport, aux ballades à se perdre dans les ruelles.

Bizarrement, je ne l’ai jamais vue en concert, je n’en ai même jamais eu l’idée. J’espère que ses dates et les miennes nous feront nous croiser à Paris ou ailleurs <3

Pourquoi un congé sabbatique ?

Ce qui m’a surpris à l’annonce de mon congé sabbatique, c’est la réaction de mon entourage. Je m’attendais à des objections : un break à presque 50 ans pour ne se consacrer qu’à sa vie et ses projets personnels, avec dans l’équation une vie loin de Paris. Forcément, il allait falloir argumenter, justifier, rassurer parfois. Je n’ai finalement pas eu à expliquer. Si je m’apprête à le faire ici, ce n’est donc sans doute que pour moi, même si ça peut au passage répondre aux questions que je reçois régulièrement concernant ma situation. Et pour partager quelques premiers enseignements, plus ou moins avouables.
 
 
Tellement simple à annoncer
 
Dans l’univers pro (clients, collègues, équipes, partenaires…), j’ai eu cette sensation étrange d’annoncer mon départ en congé de maternité à venir ! Les félicitations spontanées, exprimées au travers d’un “tu as tellement raison !” plein d’envie n’empêchaient pas de lire dans les yeux de petites inquiétudes. Les implications de mon absence remontaient, en temps réel. Je ne doutais pas qu’elles seraient bien vite oubliées, elles m’ont donc fait sourire même s’ils fallait les gérer sur le moment. Ca a été au final l’occasion de profiter de pas mal de commentaires agréables à entendre et réconfortants.
 
Dans ma famille, je pense que c’était dans la droite ligne des décisions bizarres que j’ai prises toute ma vie, notamment dans ma “carrière”. J’avais commencé en quittant un job en CDI en agence à 24 ans pour débuter un stage non rémunéré chez Kodak, un an après avoir choisi de faire l’armée sur le terrain plutôt que planqué au service de com. C’était donc une décision de plus à mettre dans la liste “on comprend pas, mais si ça le rend heureux…”.
 
Avec mes amis, les réactions ont toutes été touchantes, encourageantes, galvanisantes. Les raisons semblaient évidentes, j’ai eu assez peu à les expliquer. Tous ceux qui compte ont immédiatement atteint ce subtil équilibre entre “on est un peu triste, tu vas nous manquer” et “on ferait comme toi à ta place, bravo !”. S’il me fallait une occasion supplémentaire de me rappeler de la chance que j’ai d’être entouré de tant de bienveillance, j’aurais sans doute choisi celle là.
 
Tout en m’encourageant, beaucoup m’ont félicité pour mon courage. Je ne suis pas sûr de bien voir où est le courage. J’ai toujours répondu que c’était un cadeau que je m’offrais, pas du tout un acte de bravoure.
 
 
Les raisons évidentes… et les autres
 
J’ai passé 25 ans à travailler sans interruption, beaucoup, trop. Dans un métier qui ne permet pas réellement de décrocher, ni le soir, ni en week-end, ni en vacances. Ce job qui, quand il implique une com de crise ou un gros événement, peut même extraire de sa propre vie pendant plusieurs mois. Ce rythme était compliqué à rendre inaperçu auprès de mon entourage. On m’a beaucoup invité à travailler moins, ne pas m’oublier, je l’entendais mais n’en étais pas vraiment capable. J’admire ceux qui, dans le même champs professionnel, réussissent à ne pas checker leur boite email toutes les 10 minutes, évitent de plonger compulsivement sur leur portable à chaque notification. J’ai essayé sans succès et mes amis pardonnant toujours mes absences, y compris quand j’étais physiquement présent, ne m’y ont finalement pas forcé. J’aurais pu continuer longtemps puisque j’aime mon métier mais le besoin de faire une pause dans un rythme de vie un peu dense n’a pas vraiment surpris.
 
 
En 2009, j’ai vécu un épisode de vie pas très sympa. Je me suis fait une promesse à cette époque : m’offrir le cadeau de profiter réellement de ma vie, de préférence avant mes 50 ans. Je savais que ce ne serait pas en décrochant quelques semaines seulement.
J’ai aussi redouté le moment où, la tête dans le guidon, je finirais pas être moins performant dans mon métier en perdant ce qu’il nécessite de connexion au monde, aux tendances profondes, à la pop culture, aux soubresauts du marché de la com. Mais il fallait aussi cultiver une capacité d’engagement sur tous les sujets, sans exception. Une exigence pour soi mais également pour entraîner des équipes, une organisation, un système parfois. J’ai senti les signes avant-coureurs d’une lassitude il y a quelques mois, moins excité par un brief, plus résigné face à une décision client qui ne me paraissait pas la bonne, moins engagé dans une discussion où il fallait convaincre. Une sensation très ponctuelle mais bien présente.
Et enfin, j’ai construit une vie de célibataire sans enfant dans laquelle je m’épanouis mais dont je ne profite pas complètement si elle ne me permet pas de mener des projets personnels auxquels je tiens. Une pièce de théâtre à monter et un bouquin à écrire étaient en tête de liste. Tout était en place pour tirer complètement parti de ma situation.
 
Les attentats de 2015, quasiment au bout de ma rue avec l’effet traumatique qu’on a à peu près tous connu, m’ont convaincu que ce serait l’occasion de vivre ailleurs qu’à Paris cette expérience.
 
L’inverse d’un coup de tête
 
Je n’ai jamais pensé qu’une telle décision s’organiserait paisiblement dans la précipitation, 3 mois avant de la mettre en oeuvre. C’est donc en juillet 2016 que j’ai décidé de m’arrêter 2 ans plus tard, très exactement en juillet 2018. Ce qui m’a laissé le temps de gérer les annonces autour de moi avec la préparation qu’elle nécessitait parfois. J’ai également pu réfléchir concrètement au format qui me correspondrait le mieux, format dont je n’avais alors aucune idée. Gérer mes propres craintes faisait partie du processus : est-ce que mon boulot n’allait pas trop me manquer ? Allais-je décrocher facilement ? Fallait-il trouver une autre activité pour être sûr de ne pas m’ennuyer ? Mes projets personnels me stimuleraient-ils suffisamment ? Allais-je rester connecté ou décrocher également sur les réseaux sociaux ?…
 
Anticiper une période probable sans salaire n’était pas le moindre des sujets. J’ai donc commencé à mettre de l’argent de côté en même temps que je réfléchissais, en réduisant assez drastiquement mon niveau de vie.
 
J’ai apporté une réponse à chacune de ces questions au cours des 2 ans. Sans aucune certitude, jamais, mais en me nourrissant des conseils de ceux qui l’avaient expérimenté, j’évitais de quitter une rive sans aucune idée de ce que je voulais trouver sur le chemin de l’autre rive à réinventer.
 
J’ai donc pensé un format de congé sabbatique de 11 mois pour me laisser le temps d’une vraie expérience. Les 4 premiers mois ne seraient consacrés à rien d’autre que de profiter, mener mes propres projets, sans aucune projection sur le futur. Je partirais vivre à l’étranger pour me réveiller, la destination serait Lisbonne : une ville coup de coeur avec un climat digne de Los Angeles dans le quasi même fuseau horaire et à 2h30 de Paris, un mode de vie à la fois très différent mais avec cette caractéristique d’une capitale dynamique proche de la mer, un coût de la vie intéressant (sauf le logement désormais aux prix parisiens). Cette envie d’ailleurs serait financée par mon appart parisien en Airb&b, il a fallu me faire violence sur ce point là.
 
 
Ce qui fonctionne jusque là… et le reste
 
Ce qui fonctionne le mieux est que je suis heureux ! J’ai découvert l’absence de charge mentale, le bénéfice de nuits de 8 heures de sommeil, ce que consacrer un temps de qualité à chaque moment signifie, calibrer mieux ce qui est important et ce qui l’est moins.
 
J’ai à peu près suivi la feuille de route que je m’étais fixée. A part un détour imprévu de 2 semaines à Los Angeles grâce à Air France (des billets à 350 Euros !) et à mes amis qui m’ont entraîné sans grande difficulté. Pour le reste, après 3 mois à Paris à profiter de mes amis et à faire du bénévolat sur des événements, je suis à Lisbonne pour quelques semaines, j’écris, je fais du sport tous les jours, j’y découvre la vie quotidienne, de nouvelles habitudes. Je reste super nul en portugais pour une raison indépendante de ma volonté : on me répond en français à chaque fois que j’essaie !
 
J’ai décroché de mon rythme précédent en environ une nuit. Le fait d’avoir mûri le projet pendant 2 ans a forcément joué. Dire que le rythme apocalyptique que j’ai connu ne me manque pas est un euphémisme.
 
 
Grâce à mes projets et à l’écriture, je n’ai pas le sentiment d’endormir mes neurones, bien au contraire. Je suis stimulé chaque jour dans une ville que je dois apprivoiser, avec en toile de fond l’exercice quotidien de la création par les mots. Sur les deux sujets, le chemin est plus important que la destination, sans aucun doute. Quand au théâtre, chaque jour me confirme que c’est un univers où la patience est une qualité à cultiver, ce qui ne me fait pas de mal… J’écrirai sur le sujet quand une échéance concrète se profilera.
 
J’ai en revanche transformé un déménagement à Lisbonne en une vie partagée entre Lisbonne et Paris. Parce que se loger à Lisbonne est une tannée, parce qu’on m’annonce des mois de décembre et janvier pluvieux pas si agréable que ça, parce que je veux être là si ma famille a besoin de moi, parce qu’il est assez vite apparu que Paris resterait ma ville de cœur, parce que même s’ils allaient venir me voir facilement, mes amis allaient me manquer.
 
Le dernier point que je dois m’avouer est que la confirmation par l’expérience de l’adage “personne n’est irremplaçable” n’a pas toujours été simple à gérer. Je savais que je ne manquerais pas dans mon univers professionnel, qu’on ne viendrait pas tellement me chercher, je ne peux que confirmer. Mis à part quelques jolis projets venus d’amis (pour lesquels je joue en général le coach), les seules propositions qui arrivent spontanément sont celles d’influenceurs qui ont besoin d’aide pour gérer leur relation aux marques, d’étudiants et organisateurs d’événements qui me demandent une intervention. Ca m’a perturbé les premières semaines même si je n’ai jamais compté sur ça. Ce n’est plus un sujet aujourd’hui.
 
La seule décision sur laquelle j’avais décidé de ne pas statuer était celle de ma relation aux médias sociaux. Près de 4 mois après le début de ma pause, il est clair que j’en tire plus de bénéfices que de contraintes : je garde un lien avec mes amis via les moments du quotidien partagés en stories sur Instagram, je me tiens à l’affût du monde qui m’entoure sur Twitter, je ne sais pas quoi faire de Facebook (mais ça c’est pas nouveau hein).
 
J’ai déjà quelques intuitions pour la suite. Garder du temps pour moi sera au coeur de la réflexion, c’est sûr.
 
Pour le reste, tout peut encore changer. Rendez-vous dans 7 mois ?
 

Busy week

En une semaine de retour à Paris, un gros programme qui passe par des événements de marques et quelques expériences plus personnelles. Retour sur une quasi dernière semaine dans la capitale où je me suis glissé dans la peau d’un influenceur digital (et mesuré leurs enjeux de gestion d’agenda).

Lundi 1er octobre

A force de voir des Instagrammeurs y passer, l’électro-stimulation  commençait à m’intriguer. C’est chez Body Hit Batignoles et dans une bonne humeur communicative grâce à l’équipe que j’ai joué les cobayes à mon tour. La promesse : une séance de sport de 20 mn équivalent à 4 heures en salle, grâce aux électrodes qui balancent des stimulus électriques à chaque mouvement. La plus grande surprise a été de ressentir en quelques minutes les effets d’une longue séance, shoot d’endorphine compris. Quelques courbatures très supportables mais au niveau de muscles inconnus ont prolongé la surprise quelques jours plus tard. Pour une séance d’essai, n’hésitez pas, c’est par là. Et pour le plaisir des yeux, la tenue de compet’ en photo ^^

Mardi 2 octobre

Bacardi organisait un événement retraçant l’histoire de la marque, en plongeant les invités au coeur de scènes dispersées dans une maison. Ceux qui ont déjà visité “No more sleep” à New York reconnaîtront le principe du théâtre immersif. Le concepteur Big Drama a su retrouver la magie du principe, peut-être clivant, mais magique pour ceux qui se laissent embarquer par l’expérience. Avec une troupe de comédiens / chanteurs / danseurs de haut calibre. Et une seule envie à la fin de la “représentation” : y retourner ! Des morceaux de la “Prophétie del coco” sont disponibles dans mes stories sur Instagram, je laisse les plus courageux faire le chemin.

Mercredi 3 octobre

Fêter les 20 ans d’un personnage mythique, en sa présence, ça ne se rate pas. C’est dans les (nouveaux) locaux de son concepteur / producteur / distributeur Xilam que nous avons fait la fête à Oggy (venu sans les cafards). Les enfants étaient aux anges mais voir les journalistes entamer des danses avec le chat star était un vrai délice. Les pâtisseries (et le gâteau d’anniversaire) customisés aussi !

Jeudi 4 octobre

La première édition était un joli moment, la deuxième édition de la Maison St-Germain a fait monter la magie florale d’un cran. Labyrinthe sans fin, pièces cachées, liseuse d’avenir (qui m’a bluffé), les années folles revisitées pour faire la fête, la direction artistique de Lola Rykiel a fait des merveilles. Les cocktails à base de liqueur St-Germain ont fait le reste. Un rêve à vivre en quelques images.

Vendredi 5 octobre

Bye Paris, bonjour Besançon et les senteurs de mon enfance pour un long week-end. A chaque fois que j’y retourne, je mesure que la ville se modernise tramway à l’appui et devient de plus en plus belle. A visiter ! (non l’office du tourisme n’y est pour rien).

Séries trop complexes : gage de qualité ou coup de poker ?

Depuis quelques années, sous l’impulsion d’une considération des séries télé quasiment à la hauteur d’un art noble, la complexité s’est invitée dans les scénarios. Mais la ligne de démarcation entre la fascination troublante et l’agacement ultime est souvent ténue. Parfois ça marche en créant une véritable addiction, parfois c’est le drame, avec à la clé un rejet définitif.

Le sujet n’est pas nouveau et le ressenti très personnel. Ainsi, dans le passé, des séries exigeantes telles que “The leftovers” ou “Here and Now” (annulée faute d’audience) m’ont totalement embarqué alors que le carton planétaire “Game of thrones” m’a perdu à jamais à force d’ellipses et multiplicité de personnages difficiles à suivre.

Il se trouve que j’ai vécu l’expérience à quelques jours d’intervalle cette semaine en terminant deux séries que j’avais mises de côté pour un moment où je disposerais du temps de cerveau nécessaire. Avec à l’arrivée, une révélation et un rejet. Et cette fois-ci, je ne suis pas le seul, ce qui vaut une conclusion sans appel pour les scénaristes et showrunners qui doivent apprendre à ne pas aller trop loin.

American Gods

Un homme sort de prison, sa femme et son meilleur ami viennent de succomber à un accident de voiture, un drame linéaire percuté par une multitude de séquences oniriques, d’événements allégoriques, de scènes de sexe plus ou moins graphiques, d’effet spéciaux science-fictionnant et de situations globalement illisibles. Il faut plusieurs épisodes -ou la lecture préalable du pitch public de la série qui spoile allègrement- pour comprendre que notre personnage central est plongé dans une guerre entre les anciennes divinités et les nouvelles puissances que sont les médias, Internet, les technologies…

Au final, sans prétendre comprendre les divagations issues du roman de Neil Gaiman, l’univers de la série fascine. On s’attache à des personnages pourtant en lévitation, on sourit devant un humour parfois décapant, on se réjouit devant les cabotinages de Gillian Anderson -encore plus jeune que dans X Files – et ses imitations savoureuses de David Bowie et Marilyn Monroe. Au final, on fait abstraction de longues scènes incompréhensibles et de l’inévitable affichage de scènes de sexe frontal pour marquer sa-liberté-de-chaîne-du-câble. Même les “previously on”, qui aident parfois à s’y retrouver,  sont incompréhensibles en restant dans le ton exact de la série.

Déjà disponible en J+1 en France sur Amazon Prime dès sa diffusion, Canal + Séries a eu la bonne idée de la mettre à son catalogue, toujours disponible “A la demande” pour les retardataires comme moi.

Westworld – Saison 2

Le cas de Westworld est particulier : j’avais adoré la première saison malgré sa complexité narrative, la deuxième saison m’a complètement perdu très exactement pour la même raison.

Pour une fois, je ne me sens pas seul. Comme Pierre Langlais dans Télérama et beaucoup d’autres, j’ai pu assister à une force qui se transforme en faiblesse. On ne comprend rien à ce qui se passe pendant la plupart des épisodes, le temps devient bien long, aucune storyline ne vient nous sauver de l’ennui. Même l’attachement qu’on avait construit pour certains personnages s’efface.

C’est donc avec beaucoup d’efforts -et de temps libre- que je suis allé au bout d’une saison dont les labyrinthes ne m’emmèneront pas vers celle d’après.

Pour ceux qui ont besoin de vérifier de leurs propres yeux, la saison 2 est toujours disponible sur le replay de OCS.

Hollywood, prends garde à toi

On comprend bien les créateurs qui ont vu dans quelques-uns de plus gros succès critiques à la télé une complexité largement saluée. Sur des chaînes où l’audience n’est pas la mesure de succès prioritaire. C’est forcément tentant. Pourtant, à trop jouer avec les limites, ils pourraient perdre les critiques autant que les simples téléspectateurs comme nous. Auquel cas, il ne reste plus qu’à retourner au cinéma.

Sharp Objects, objet tranchant immanquable

Au lendemain de la diffusion de dernier des 8 épisodes de la mini série de HBO, en US + 24 sur OCS, “Sharp Objects” s’affirme clairement comme l’un des événements majeurs de l’année série.

Pour la réalisation toujours ciselée de Jean-Marc Vallée, pour l’interprétation (d’Amy Adams mais pas que), pour l’atmosphère poisseuse qui rappelle quelques autres bijoux télévisuels. Mais ce que les articles (nombreux à l’issue du premier épisode) ont moins couverts, c’est que l’ensemble sert une storyline glaçante addictive.

Pour découvrir comme je l’ai fait sans trop savoir, il faut plonger de ce pas dans l’univers torturé de “Sharp Objects” sans rien lire de plus…

Pour ceux qui auraient besoin de quelques arguments supplémentaires, quitte à déflorer un peu l’histoire, je déconseille la bande-annonce ci-dessous, faussement rythmée, peu représentative de l’univers réel de la série.

Une intrigue qui tient ses promesses

On pourrait penser lors des premiers épisodes que l’histoire ne constituera qu’un prétexte pour une galerie de portraits de femmes face aux démons d’une famille qui a dévissé suite à un événement tragique. Pourtant, l’enquête qui ramène la journaliste Camille Preaker (Amy Adams) auprès de sa mère, son beau-père et sa demi-soeur, après un internement psychiatrique et des années d’automutilation, est omni-présente. A l’inverse de “The Leftovers” ou “Big Little Lies” dont on ressent la filiation, le dénouement de l’intrigue compte. Les fans de twists (coups de théatre) en auront pour leur compte sans tomber dans l’accumulation caricaturale de “How to get away with a muderer”. Outre l’auto-mutilation, une maladie va se révéler centrale dans l’intrigue. Impossible d’en dire plus sans trop révéler l’issue, mais après vérification, cette maladie existe réellement.

De nombreux talents pour le meilleur

Quand l’univers du réalisateur de “Big Little Lies” rencontre celui de la scénariste de “Buffy” et “UNreal” pour servir l’auteur du livre dont a été tiré “Gone Girl”, on peut imaginer les fondamentaux de “Sharp objects”. Jean-Marc Vallée, Marti Noxon et Gillian Flynn ont ainsi créé un objet poisseux et souvent oppressant, rappelant parfois celui de la première saison de “True Detective”.

Très engagée, jusqu’à devenir productrice déléguée, Amy Adams habite un personnage torturé, alcoolisé, noir à tel point que l’actrice a déclaré fin juillet qu’une saison 2 était exclue, le rôle étant trop éprouvant.

Le reste du casting, moins cité, participe pourtant largement à la qualité de l’ensemble, Patricia Clarkson dans le rôle de la mère bourgeoise déviante et Chris Messina dans celui du détective ténébreux en tête.

Bénéfice collatéral : si vous pensez avoir une famille compliquée, vous allez assez vite relativiser au fur et à mesure que les épisodes s’égrènent et découvre les travers d’une famille dysfonctionnelle. Une image plus décontractée des actrices devrait aider à faire redescendre la pression pour tous les heureux téléspectateurs de “Sharp Objects” qui n’entendront plus jamais l’oeuvre de Michel Legrand ni ne verront une fiole bleue sans un frisson dans le dos.

Mes Gay Games

Participer en tant que bénévole aux Gay Games Paris 2018 n’était pas exactement une façon anodine de démarrer un congé sabbatique de 11 mois. La dimension rassurante d’un agenda pas complètement vide est pourtant rapidement devenue une motivation anecdotique face à l’énergie d’un événement qui m’aura marqué pour longtemps, pour des raisons parfois inattendues.

Lorsque j’ai décidé qu’un break professionnel m’était nécessaire pour me ressourcer, ne pas perdre l’envie, continuer à progresser, c’était sans le moindre doute. Retrouver du temps pour moi et pour mes proches en constituait le bénéfice collatéral majeur, dans un programme très flexible entre voyages et projets personnels, sans réelles obligations. Mais il m’était impossible de démarrer avec une perspective unique de vacances à durée indéterminée.

Un simple précaution préalable

Redoutant quand même la possibilité d’un petit trou d’air après 25 années de travail connecté ininterrompues, j’ai identifié l’arrivée des Gay Games en plein mois d’août comme un excellent moyen d’occuper mes premières journées off à Paris de façon utile, au service d’une cause qui compte pour moi : la lutte contre toutes les discriminations à travers l’inclusion de toutes les diversités (âge, religion, genre, orientation sexuelle…) par le sport et la culture.

Si ma mobilisation devait se concentrer au départ sur les aspects communication, ce que je maîtrise forcément le mieux, j’ai dès le début de l’événement compris que mon accomplissement viendrait d’ailleurs. Tout n’était pas rôdé, parfois approximatif, mais l’envie de partage, d’échanges, de faire bien se sont révélés plus fort. J’ai donc choisi de m’investir en tant que simple bénévole appliqué à des missions d’exécutant sans autre velléité qu’aider, être utile.

Bénévole bon élève

Ma première intervention étant à l’accueil du village place de l’hôtel de ville la veille de l’inauguration, j’y ai assez vite trouvé un QG, un point de repère, un rendez-vous quotidien tôt le matin, tard le soir ou parfois les deux. En 8 jours, j’aurai donc participé à l’accueil des visiteurs au welcome desk, à l’entrée du village mais aussi à l’extérieur. Je n’aurai rien refusé : passer quelques heures à la consigne (en mode « animateur de l’endroit pas fun »), accueillir et brieffer des bénévoles retardataires (en mode « tour operator »), ranger le welcome desk, jouer les cobayes dans les activités sportives ou même organiser les files d’attente aux toilettes lors de la soirée de clôture. Le tout en m’éloignant de toute prise de responsabilité pour profiter à plein de mon rôle de contributeur bon élève. Bizarrement, j’ai retrouvé des sensations que j’avais connues à l’armée : aux côtés des exécutants, dans un esprit fraternel.

Multitasking

Mais je ne voulais pas m’enfermer dans la facilité d’un lieu conquis et d’une équipe connue. Chaque jour, je suis parti à la découverte de nouveaux environnements et missions toujours différentes. Ramasseur de notes du jury à la Danse sportive, remetteur de médailles à la natation, support vigilance sécurité au Festival de courts-métrages, accueil des athlètes au badminton font partie des missions qui se sont présentées à moi. Au sein de staffs mobilisés, inclusifs, souvent impressionnants d’investissement. J’ai pu y confirmer que le badminton est VRAIMENT un sport, qu’un tango entre 2 femmes peut être très touchant, que gagner une compétition de natation à plus de 70 ans créé une fierté énorme…

Bénéfices collatéraux

A l’issue de la grosse semaine de Gay Games, il me reste des moments d’émotion, beaucoup de rires, de danses, de fête, de partages. J’ai échangé avec des centaines de personnes, me suis attaché à quelques visiteurs / visiteuses régulier(e)s, fais plus de hugs à des inconnus en 8 jours que dans les 49 années qui ont précédé. J’ai rencontré quelques personnes qui resteront sans doute pas loin dans le futur. J’ai redécouvert des amis qui m’ont impressionné au travail. J’ai rencontré pas mal de mes instagrammeurs préférés qui m’ont accueilli avec un grand sourire à chaque fois. J’ai pleuré pendant la cérémonie de clôture, de fierté et de tristesse. Je n’étais pas le seul.

J’espère que ma prochaine aventure sera aussi incroyable mais la barre est haute.

“Pose”, le pari osé et réussi de Ryan Murphy

C’est sans conviction mais sous la pression d’un bouche à oreille positif que j’ai choisi d’entrer “Pose” dans le choix cette année très sélectif de séries estivales à découvrir.

En fin d’année dernière, le plus grand casting d’acteurs transgenres (pour la plupart amateurs) de l’histoire avait marqué les esprits.

Cet univers transgenre et ses codes me sont assez étrangers, ils peuvent m’amuser dans une version Drag Queen avec “Ru Paul Drag Race” mais ne garantissent pas sujet captivant pour une fiction. De plus, la patte du prolifique Ryan Murphy (au commande de la série) ne suffit pas toujours à me convaincre même si ses excès militants me dérangent rarement.

Au-delà de l’effet d’attente créé par la presse américaine, Il ne me restait que la promesse d’une diversité de sujets pour espérer trouver un intérêt autre que documentaire et historique à la création FX. Et 8 épisodes, c’est court.

S’il est parfois compliqué de partager un avis avec un éclairage nouveau sur une série ultra-commentée, je n’ai pas à me forcer ici puisque beaucoup d’articles me semblent avoir été écrits par des auteurs qui n’avaient pas vu la série mais s’étaient appuyés sur un dossier de presse œcuménique.

De quoi parle vraiment la série ?

Pose explore le New York de la fin des années 80 et se penche sur la vie de plusieurs personnages de mondes et cultures différentes. Elle aborde l’émergence de scène cuturelle et littéraire underground et queer comme la Ball culture, la vie des quartiers populaires et l’arrivée du monde du luxe à l’aube de l’ère Trump“. C’est le pitch sur la base duquel la série a été lancée, commentée, encensée. C’est aujourd’hui encore la trace qu’il en reste sur Wikipedia.

Dès le premier épisode, il apparaît clairement que le sujet central est bien l’univers Queer, au centre de tout, même s’il permet de croiser une multitude d’autres thèmes parmi lesquels la danse (pas que le voguing rendu mondialement célèbre par Madonna) et le Sida, inévitablement.

Ce premier épisode assume sa dimension didactique pour ceux qui, comme moi, ne connaîtraient rien à la Ball culture. Il faut découvrir un système qui dépasse largement le principe de battles thématisées et haute en couleur pour confronter des “Maisons” constituant un système communautaire d’entraide dans les populations  blacks et latinos de l’époque.

Le temps de réaliser qu’on s’est fait berné par une fausse promesse, c’est trop tard, on est déjà accro et on en veut plus !

Dès le deuxième épisode, les bases étant posées, ceux de ma génération penseront davantage à la célèbre série “Fame” (qui s’étendait de 1980 à 1986) dans une version Queer et militante qu’à un documentaire sur la culture Queer.

Tous les attributs d’une série populaire

Créer des personnages attachants dans des mondes et des situations extrêmes est sans doute ce que Ryan Murphy sait faire de mieux. Il y parvient ici de façon encore plus exceptionnelle qu’habituellement.

On se passionne instantanément pour des protagonistes sensibles ou détestables ou les deux à la fois. Transgenres et gays sont au centre, mais permettent de croiser le monde de la danse (une pensée pour la prof de “Fame” encore une fois) et percuter celui de la bourgeoisie new yorkaise flamboyante.

On pouvait redouter un casting amateur, il créé parfois une authenticité attachante et permet quelques révélations parmi des actrices inconnues (ici avec la réalisatrice transgenre de l’épisode 6). A gauche, Indya Moore dont la prestation a particulièrement été remarquée bien que MJ Rodriguez (à droite) tienne le rôle central de l’histoire.

La vraie révélation pour moi se trouve du côté du casting masculin avec un artiste très reconnu dans l’univers du musical : Billy Porter excelle dans tous les registres, du rire aux larmes.

La promo aura retenu les quelques acteurs déjà connus du grand public : Evan Peters (“American Horror Story” de Murphy déjà), Kate Mara (“House of cards”) et James Van Der Beek (“Dawson”). Tous dans des rôles courageux mais relégués au second plan.

Merci à Canal + qui vient de justifier mon abonnement en programmant la série en temps réel. En attendant la saison 2 qui vient d’être commandée par FX, il reste une furieuse envie de mieux découvrir cette culture avec un documentaire Kiki qui lui est dédié et, pourquoi pas, en visitant les quelques soirées qui lui sont dédiées à Paris.